Entretien clowny et dugland, pour Gonzo à Gogo editeur tabou

 
 
 
 
Salut les clowns, je vous laisse vous présenter, rapidos ? qu’on y passe pas la nuit ?

Et pourquoi pas la nuit Dugland ? C’est le meilleur moment pour lire un roman noir… Bon j’me présente : Ange Rebelli  qui s’y colle parce que son comparse Jack Maisonneuve avec qui il a concocté « Gonzo A Gogo » le roman noir et rose tâché à l’hémoglobine est bien loin en train de pouponner un petit dégénéré de son acabit. Bref, je suis un  ex sexreporter es gonzo. Quézaco gonzo ? C’est cette nouvelle forme de porno qui a conquis le monde en 10 ans via internet et qui conséquemment m’a réduit au chômage (plus de magazines où officier, à la place des milliers de vignettes gratuites dispo chaque jour sur le web). Le gonzo c’est aussi  une forme de littérature ou de nouveau journalisme inspiré par Hunter Thompson, l’auteur de « Las Vegas Paranoïa ».  L’art du subjectif. Je suis un reporter qui s’implique dans ses sujets si vous voyez ce que je veux dire. Jack Maisonneuve lui, est journaliste « sportif » mais il s’est également fait passé pour un spécialiste des drogues auprès d’un organisme scientifique de santé. Lui et moi, on a fait un peu tous les métiers, ça nous adonné de la perspective à défaut de profondeur. Fans de romans noirs depuis toujours, on a joint nos efforts pour en écrire un ensemble. Ça a pas été de la tarte mais ça a fonctionné parce que le même genre de folie nous habite.

 
 
 
J’ai lu les diverses chroniques, la récurrente c’est Frédéric dard, vous l’aviez vu venir celle là non, ?

Celle-là, oui, parce qu’on me l’avait déjà dit notamment quand j’ai écrit « Sexreporter » (Ed Tabou) mon premier opus, une sorte d’autobiographie romancée . Dard, je l’ai rencontré et interviewé (pour « Penthouse ») il y a une dizaine d’années. C’était au Fouquets (!). Quand il m’a vu arriver, il m’a dit « Toi t’as une bonne gueule, assied-toi, quesse tu bois? ». On s’est donc bourré la gueule consciencieusement et je me rappelle plus très bien du reste à part une diatribe sur les belles sœurs, qu’elles étaient bonnes à b… et qu’il fallait pas s’en priver. Je lui ai pas donné tort. J’aime bien Frédéric Dard mais pas San Antonio. Pour moi, ça ne va nulle part. C’est comme une bonne blague à Toto, il n’en reste pas grand chose, hormis le style bien sûr, bien déjanté et très créatif. Pour les autres références citées par les chroniqueurs (Grosniqueurs?), si je cumule avec « Sexreporter » : ça va de Dard à Audiard en passant par Boudard, Hunter Thompson, Léon Bloy (!), Truman Capote, Mickey Spillane, Céline, Henry Miller… jusqu’à Sergio Léone, Scorscese et Tarantino ! N’en jetez plus… ! Mais comme dit Jack, ça n’engage que ceux qui les font ces références. Nous ça nous fait plaisir même si on ne prend pas ça très au sérieux. Et malgré tout ou plutôt à cause de ça (?), la presse nationale nous ignore encore ! Tous ces tocards de branchouilles parisianistes qui baisent en rond… Race de dégénérés ! Ils viendront nous manger dans la main quand nous serons riches et célèbres…

 
 
Comment on écrit à deux, ? vous ne me répondez pas l’un tient le stylo, l’autre ouvre les bières on nous l’a déjà faites ….

C’est exactement ça ! Comment as-tu deviné Dugland, tu es un génie ? Jack boit et se met à fumer comme un pompier et les idées fusent de sa petite tête échauffée,

moi je me dépêche de noter parce que ça dure jamais trop longtemps, après il est épuisé, vidé et il faut attendre 3 jours pour recharger les batteries. Entre temps j’écris et c’est reparti pour un tour.
Parfois on échange, il se colle derrière l’écran. Il lui faut un long temps de gestation pour cela et là encore ça fuse, il te pond un chapitre et il n’y a pratiquement rien à reprendre. Moi je suis plus
laborieux, je tape vite mais il faut reprendre beaucoup jusqu’à ce que je sois content. Résultat, on met chacun le même temps chacun à sa manière. Il a beaucoup travaillé sur la structure et moi sur le reste. La tête et les jambes ? Pour ce qu’il y a entre les jambes, c’est kif kif bourricot.

 
 
Une part de vécu dans le livre ?

Oui la mienne pour tout ce qui concerne la vie « gonzo », les tournages, le sexreportage… J’étais rédacteur, photographe, caméraman reporter à l’occasion, pendant l’âge d’or du « gonzo » à la fin des années 90. J’en ai vu et vécu ! Jack lui, c’était les drogues, je l’ai déjà dit, un spécialiste en chimie moléculaire ! Comme il était en dehors de tout mon vécu, il avait l’esprit plus clair. Même la scène de concert punk, avec l’épisode de la castagne, c’est du live transposé. La réalité dépasse toujours la fiction :  j’ai failli crever deux fois dans des bastons de concert, à quelques mois d’intervalles. J’avais remonté un groupe de rock et j’étais un chanteur performeur un peu trop provocant paraît-il. Mais passons, c’est une autre histoire. Un bon auteur se doit de vivre avant d’écrire, n’est-il pas ? La dernière fois que je suis allé dans une réunion de polar, plus par curiosité que par réelle attraction, sur les 3 auteurs invités, 1 travaillait dans la finance, 1 dans les centrales nucléaires, l’autre dans un bureau d’études. J’ai rien contre mais où sont passés les autres ? Les tarés congénitaux, les déficients mentaux, les alcoolos… Tous ceux qui ont créé et entretenu la flamme du roman noir ? Il fut un temps où les journalistes et les romanciers étaient des poètes de la rue, des buveurs, des baiseurs… Ça ne les a pas rendus meilleurs mais leur « pâte » avait à notre goût plus de goût ! J’ai connu Robin Cook juste avant qu’il ne décède, à l’occasion d’une interview, c’était un mec épatant, d’une humanité incroyable, ce qui ne veut pas dire gnangnan. Et surtout c’est un écrivain hors classe. Jack l’adore aussi. Idem pour Hafed Benotman, notre postfacier, ex braqueur, écrivain noir (chez Rivages) doté d’un style sans égal. David Goodis, Jim Thompson, Horace Mac Coy, Richard Burnett…  Vous croyez p’têt que leur vie a été rhytmée par la machine à café et les congés payés ?! (Et pourquoi pas !?). Et André Héléna, Ange Bastiani pour les français d’après guerre… Et Chrisédélis Réal, prostituée et écrivaine, que Jack adore et qu’il m’a fait découvrir… Tous ces auteurs sentent bon le foutre, la sueur des mauvaises cuites, le désespoir de ceux qui donnent tout pour être libres. Je ne veux pas donner dans le romantisme à fleur de pavé, mais où est passée cette saveur tout à la fois délicate, doucereuse, amère et forte qui caractérise l’essence même du roman noir ? Si ça ne manque à personne, à nous si. C’est pour ça qu’on a relevé le gant.

 
Vous vous êtes rencontré comment ?
On se connaît depuis des lustres, même s’il est plus jeune que moi, on est de la même génération, celle du punk des années 80. On s’est perdu de vue et puis on s’est retrouvé quand j’ai sorti « Sexreporter » qu’il a bien aimé. On est parti sur une idée de scénario tiré de « Sexreporter » et on a abouti à une fiction noire sous forme de roman : « Gonzo À Gogo ». Une bonne partie de ma vie, j’ai donc été sexreporter, journaliste spécialisé dans les canards de boules : interviews, reportages, photos, tournages, salons érotiques, boites à partagas… . J’ai été et je suis encore journaliste plus traditionnel, mais j’exècre ce milieu petit bourgeois dans l’âme. Voilà pourquoi j’ai préféré longtemps l’univers du porno plus  proche du populo. C’était finalement plus humain et moins hard  que l’ambiance des boîtes de propagandes médiatiques. Quand à Jack, vous trouverez sur la page facebook du livre (facebook.com/GonzoAGogo) son portrait photo et texte, vous verrez son pedigree en entier et notamment son passé d’ancienne star des podiums de la mode (c’est pas une blague! il a été le précurseur de Pete Doherty…).
 
 
La bande son du livre ?

Résolument punk old scholl, rockabilly ou métal lourd (Typonegative !) ou rap gansta ou techno trans en ce qui me concerne avec du Jean Sébatien Bach et du Wagner pour certaines scènes. On pourrait dire du Ennio Morricone aussi puisqu’on nous a dit que la fin du bouquin faisait western, mais ça serait trop appuyé, trop référentiel. Jack qui vit maintenant en Italie dirait Cellantano (Adriano) car il est fan, Nino Ferrer ou reggae rude boy, et Hard Core 80.

 
 
Editions tabou, un choix ou personne ne voulait de vous ?

Soyons francs, personne ne voulait de nous ! On nous a dit, d’un air atteré et affecté, quand on a bien voulu nous répondre : votre truc c’est too much ! Résultat c’est Tabou, éditeur de bouquins liés au sexe qui m’avait déjà édité qui l’a fait. Lui, n’a peur de rien. Ça le fait marrer de mettre les pieds dans le plat et d’éditer des horreurs qui vont choquer le bourgeois. C’est un décalé. Dans le porno, c’était pareil, beaucoup d’abrutis mais aussi beaucoup de gens en marge du système, de bargeos divers et variés. Ils étaient là, vivant devant moi, toute cette sous humanité et ils étaient incroyables à voir, à entendre, à vivre. Il fallait en parler, raconter, parce que tous ces gens, malgré ou à cause de leurs défauts, sont les ingrédients mêmes d’un bon roman noir : désespoir, cramer la vie, pas d’avenir, se brûler, gagner et perdre, aimer, baiser, crever. C’est de l’or dur ! Aujourd’hui le gonzo, celui dont j’ai vécu les prémices est devenu roi. Il est le reflet du vaste système de frustration mis en place pour mieux gouverner. Il est aussi le reflet d’une liberté émancipatrice… C’est le paradoxe ! Si les éditeurs ou la grande presse qui font partie du même consortium ne flairent pas l’intérêt d’en parler, c’est leur problème. Si tu ne fais pas partie de leur cénacle de ratés et de médiocres, tu n’existes pas. Ils se cooptent et se reproduisent entre eux, ces bâtards, comme des rats de laboratoires. Nous c’est plutôt rats des villes, rats des champs, jungle d’asphalte. L’instinct de survie et aussi celui du meurtre nous habite. Maintenant on sait que c’est pas la peine de frapper à la porte. Faut défoncer la serrure d’un coup de latte, entrer dans la citadelle et mettre la main sur leur butin et leurs putains. Après on fout le feu et on se casse. Nous sommes les nouveaux barbares du roman noir… Yeah ! Notre bouquin n’est peut-être pas le meilleur, mais il a de la pâte, il a de la rage, il a de la folie… et du style, en tout cas un certain style, bref tous ces ingrédients qu’on ne retrouve jamais dans une littérature policée et policière. Aujourd’hui, un mois après la sortie de GAG, les bonnes critiques s’accumulent et je remercie au passage les blogs, et en particulier le votre, parce que personne ne vous paye pour parler en bien de tel ou tel bouquin. Ça nous flatte plus d’être chroniqués par des passionnés que par des branchés. Et en ce qui concerne « Gonzo À Gogo » par exemple, un roman noir sorti de nulle part chez un éditeur de bouquins de boules, c’était pas gagné !

 
 
Votre avenir ? à part la  cirrhose…

Pas de clichés ! Je suis très diététique, ma devise c’est : se reconstruire pour mieux se détruire. Jack et moi on est capable des pires excès mais on a aucune addiction. On veut rester libres et contradictoires. Peut-être deux romans à la suite, un écrit par moi et un co-écrit avec Jack. Comme il est un peu lent et éloigné, j’ai le temps d’en écrire un autre entre temps ! Ça dépendra de l’éditeur aussi, faut vendre le bouzin ! Et des lecteurs… s’ils nous supplient, surtout les filles, on fera peut-être un effort. D’ici là le monde se sera peut-être écroulé et nous partis ailleurs pour d’autres aventures, qui sait ?

 
 
J’aI lu les autres chroniques, ils sont passé a côté parfois, oui ou non ?

Qu’importe. Jack me disait avant la sortie du livre, tu verras, ils vont sortir des trucs auxquels on a même pas pensé ! Il avait raison, par exemple certains ont trouvé que la fin du roman avait un côté western spaghetti (hein Dugland !), d’autres nous ont comparé à plein d’auteurs de renom. On est ravis, chaque lecteur a son point de vue, le roman lui appartient désormais plus qu’à nous. Ainsi va la vie des livres…

 
Ange Rebelli, le 10 juillet 2012.
Pour les lettres d’amour, d’insultes et les rencards foireux rejoignez nous sur Fèce Bouc avant qu’on ne se fasse virer).

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