Fan Man, William KOTZWINCKLE, éd. Cambourakis.
Beatnik party
Lire Fan Man, c’est comme partager de la fumette sous un soleil printanier, mec, partage chaleur douceur rires. Les ondes vibrent, mec, la musique de l’écriture et toi ne font plus qu’un. Et ça, mec, c’est sacrément bien.
L’écrivain William Koztwinckle est désarmant de talent. Auteur d’une dizaine d’ouvrages traduits en français, il est capable, de livre en livre, de nous entraîner dans un univers noir débridé (Midnight Examiner), de dynamiter les mythes fondateurs de la jeunesse américaine des années 50 (Book of Love), de raconter avec une pudique simplicité la tragédie d’un couple qui perd son nouveau-né (Un nageur dans la mer secrète).
Paru en 1974 et livre culte outre-atlantique, Fan Man nous arrive enfin et avec lui, la redécouverte de la philosophie de cette Beat Generation, le Flower Power, l’amour libre, les valeurs hippies.
Notre guide s’appelle Horse Badorties et c’est le type le plus cool de New York, ville qu’il parcourt inlassablement. Notre clochard baba ne se sépare jamais ni de sa besace, sorte de caverne d’Ali baba portative où notre héros entrepose les « articles essentiels à la survie dans la rue » (à savoir : un joyeux bazar), ni de son incroyable ventilateur japonais à piles, sans oublier son parapluie géant (Pourquoi diable s’encombrer d’un parapluie alors que le soleil brille tout le long du livre ? Il faut attendre la fin et saisir ainsi la philosophie de Horse).
Même s’il a une idée à la seconde (bien vite remplacée par l’idée de la seconde suivante), Horse ne dévie jamais de sa quête : recruter de « jolies poulettes », des adolescentes fugueuses, pour la Chorale de l’Amour.
Horse Badorties plane très très haut et pourtant, il est l’échange permanent, le créateur de lien social ; il discute avec tous ceux qu’il croise, passe des coups de téléphone et de talkie-walkie sans arrêt, toujours dans l’achat ou le troc impulsif et saugrenu (Horse collectionne tout et n’importe quoi, d’où le titre). Personnage aussi lunaire que poétique, son décalage n’en n’est que plus attendrissant.
Totalement déjanté, Fan Man est avant tout habité par de bienveillantes ondes et un humour loufoque irrésistible.
Renaud Junillon, librairie Lucioles
