FRED GEVART : ECRIVAIN

 Rappel Auteur de BOIS chez ECORCES

Petite présentation ou pas ?

Je me rends compte qu’en dehors de la fiction, j’ai beaucoup de mal à parler de moi-même. Alors je vais essayer de ne pas me planquer derrière un personnage. J’ai 35 ans et je vis à Lille. C’est Je suis médecin et j’exerce mon activité à l’hôpital. J’essaie dans la mesure du possible de consacrer beaucoup de temps à l’écriture. Donc je ne fais pas de sport, je vais peu au cinéma, ou au restaurant, ce à quoi mes deux petites filles m’aident pas mal. Je ne paye pas non plus mes factures avant la deuxième ou troisième lettre de rappel. Je consomme un paquet de cigarettes Marlboro par jour depuis l’âge de quinze ans. J’ai commencé par écrire des poèmes à l’âge de 14, avant de mettre l’écriture entre parenthèses jusqu’en 2000. Entre-temps, je m’étais procuré tout un arsenal de guitares électriques mais j’ai fini par déposer les armes. Puis j’ai repris la plume, au début en alexandrins, avant de faire la rencontre qui a changé ma vie littéraire sur un site appelé ABC poésie. C’était un vieil html à  fond mauve, sur lequel les poèmes étaient commentés et notés de un à dix par les membres. Pas mal de ces types étaient pointilleux sur l’alternance rime masculine / féminine, et devaient compter les pieds jusque dans leur sommeil. Bref, j’y ai fait la rencontre de konsstrukt (christophe siebert) grâce à qui j’ai compris qu’on n’écrivait pas simplement pour faire joli. Il a dû se faire virer en deux semaines, de celui-là. De forum en forum, j’ai atterri sur les méandres poétiques, puis sur Pol’art noir, ce qui m’a permis d’approfondir mes lectures, qui se portaient déjà à l’époque sur la littérature noire (pas trop sur le polar à énigme ni sur le thriller), et, dans mon écriture, d’apprendre à mieux structurer mes intrigues. (Bon, tu as lu bois, et cette phrase ne doit donc pas manquer de te faire sourire. Mais je t’assure que jusqu’en 2005, mes textes étaient encore plus fracassés que ça.) Voilà, sinon, je suis fou de ma Nathalie, depuis plus de seize ans.  

Ton premier livre ?

Bois n’est pas mon premier livre, même si c’est mon premier roman publié. En 2005, à l’époque des méandres poétiques, j’avais sorti un petit recueil de poèmes en prose avec albert foolmoon, un très bon ami alors, qui avait illustré les textes. Le recueil s’intitule Hôpital Terminus, aux éditions lézard actif (http://www.lezardactif.fr/joomla/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=1&Itemid=2), mais il est épuisé (en même temps, nous avions tiré à 100 exemplaires, je crois)

Côté nouvelles, il y en a une, intitulée Lagavulin, qui est sortie dans l’anthologie Identités, réunie par Lucie Chenu aux éditions Glyphe en 2009, et qui, par certains côtés, notamment le pragmatisme du personnage principal, pourra rappeler Bois.

D’autres nouvelles sont sorties dans le fanzine de SF géante rouge, dont j’ai par ailleurs été le lamentable rédacteur en chef durant deux numéros (pas les mêmes que ceux où mes textes sont au sommaire.) Notamment Reproduction Interdite, une courte nouvelle dont on peut trouver le texte ici (http://choeurs-de-citoyens.svetambre.org/index.php?post/2011/01/17/Reproduction-interdite%2C-par-fredgev), et qui, je crois, est à ce jour ce que j’ai fait de mieux.

Sinon, Bois est mon quatrième roman. Le premier est sorti en épisode sur des sites aujourd’hui désertiques. Il s’intitulait le choix, et je crois que je le retravaillerai un jour.

Un deuxième roman est actuellement chez les éditeurs, mais j’essaie de ne pas y penser. Je ne l’ai pas envoyé à beaucoup de monde. Et l’attente est longue.

Sinon, juste avant Bois, j’avais écrit un troisième roman que j’ai bien l’intention de garder au fond d’un tiroir jusqu’à la fin des temps. Il m’a servi de matière première pour la rédaction de Bois et c’est dans ce roman que sont nés Michalski et Marlène.

Tes auteurs favoris ?

À chaque fois qu’on me pose cette question je réponds toujours trop vite par une liste un peu hétéroclite où je passe rapideement de Ellroy à Malcolm Lowry. Etc.. Pour cette fois, je vais essayer de m’expliquer un peu mieux. J’ai mis fin aux quelques années de parenthèse sans lecture dont je parlais plus haut en découvrant Stephen King. Et même si j’apprécie beaucoup moins ses romans des quinze ou vingt dernières années que ceux de ses débuts (à l’époque, il n’avait pas arrêté de boire…) je reste entièrement admiratif de son œuvre et de sa personne. Je ne connais aucun autre écrivain aussi doué que lui pour donner vie à ses personnages en deux ou trois mots. Pour moi, la longue nouvelle sur les étudiants qui jouent à la dame de pique sur un campus en 1968 dans Cœurs perdus en Atlantide reste un sommet d’émotion. Le style qui m’a le plus marqué, ces dix dernières années, c’est celui de David Peace. Le Red Riding Quartet, et surtout 1974, fut sans doute une des lectures les plus marquantes de ma vie. D’ailleurs, au début, Bois commençait ainsi : «  Un hurlement dans ton sommeil. Sur la montre de ton père, il n’est même pas cinq heures. » Mais Cyril, à raison, m’a conseillé d’enlever cette référence par trop évidente. J’ai également été fasciné par 44 jours. En revanche, curieusement, avec GB84 et ses romans tokyoïtes, la sauce n’a pas pris pour moi. Pour ce qui est du fond, (on n’écrit pas pour faire joli, hein…) je dirai sans hésiter que mes auteurs favoris sont Dick et de Christopher Priest. Il y a un passage, dans Ubik, assez fulgurant, où le héros se retrouve dans une espèce de crevasse existentielle, un truc de fou. Je me demande comment il a réussi à faire ça. Pour ce qui est de Priest, même si je n’apprécie pas trop son style, je dois dire que sa façon de morceler ses intrigues et ses mises en abyme sont un modèle pour moi. Enfin, j’adore les romans qui savent parler de l’alcool. C’est pourquoi une des lectures les plus bouleversantes de ma vie fut celle de « Sous le Volcan », de Malcolm Lowry. Qui m’a permis d’éprouver ce vertige, mais de très loin, comme un rescapé qui regarderait une tempête. Et je ne voudrais pas oublier le meilleur texte que j’aie lu cette année. C’est dans le recueil « le Livre des fêlures », chez 13eme note édition. Une nouvelle de Daniel Jones, un écrivain canadien que je ne connaissais pas, qui est mort en 94, à 35 ans, mais qui m’a fait chialer dans mon lit à deux heures du matin.  Sinon, je m’en voudrais de ne pas citer Palahniuk, Manchette, John Kennedy Toole, Bukowski…

Allez, juste pour la petite histoire. Le meilleur roman noir que j’aie lu cette année, c’est Blaze, de Richard Bachman… Mais comme je le disais plus haut, je ne lis plus de Stephen King.

D’ou est parti cette trame ?

De deux choses. La première, c’est un vieux démon qui me hante depuis quelques années. J’avais écrit une nouvelle dans laquelle un type, dans un mobile home, tapait sur une vieille machine à écrire. Il racontait une histoire un peu sordide de flics racistes. Je l’avais rédigée en structure alternée, et on ne pouvait pas savoir, à la fin, quelle était la partie « fiction », et quelle était la partie « réalité ». La nouvelle s’intitulait « se libérer de Cody », et j’en ai bien peur, était un peu ratée. Mais cette idée m’obsédait tellement qu’elle a fini par contaminer tout ce que j’écrivais.

La deuxième chose, c’était la déchirure intime que provoque l’abstinence. Un choix sans cesse renouvelé de renoncement à ses démons, justement. Comme je te le disais, juste avant « Bois », j’ai écrit un autre roman, où Michalski avait également un cancer. Mais dans ce roman, incapable d’accepter la mort, il passait une espèce de pacte faustien avec un scientifique spécialisé dans la Cryonie, de manière à être congelé de son vivant, pour être réveillé à intervalles réguliers, afin de voir grandir sa fille. Ca faisait trois cent pages, et là encore, c’était raté. Je crois qu’à l’époque, je n’avais pas vraiment saisi qui était Michalski. Sa fascination pour quelque chose qui lui échappait, mais qu’il savait détestable. Non pas sa mort, mais lui. C’est alors que j’ai eu l’idée de l’amnésie. Et que j’ai écrit Bois.

Et je crois que maintenant, je suis enfin libéré de Cody.

As tu envoyé beaucoup de manuscrits et comment as tu connu les éditions écorces ?

Je connais Cyril depuis l’époque où nous fréquentions assidûment le forum Pol’art noir. Il appréciait ce que je faisais, et c’était réciproque. Quand il a fondé les éditions écorce, il m’a très vite suggéré d’écrire quelque chose, mais je m’en suis montré incapable durant près d’un an. Et puis, le jour où j’ai tenu Retour à la nuit entre mes mains, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai tout de suite décidé de faire quelque chose, et vite. Alors j’ai donné un coup de pied au cul de Michalski.  En quatre mois, j’ai fait le premier jet, et c’est après que le vrai boulot a commencé. Cyril est un éditeur formidable, et je ne pense pas que je me serais sorti de ce labyrinthe sans sa confiance et ses encouragements.

Tu te trouves pas un peu seul, dans ce genre de construction littéraire ? ( plutôt anglo-saxon)

Je crois que beaucoup de gens commencent par ça, parce que c’est exaltant, au début, ce genre de construction intellectuelle. Quand le livre n’est encore qu’une montagne de promesses, qui ne seront souvent pas tenues et qui finiront au fond d’un tiroir (j’en ai des classeurs entiers). Alors la tentation est grande d’abandonner. Mais je suis fasciné par ce vertige que peut procurer un texte… C’est un équilibre difficile à trouver. Au cinéma surtout, puisque tout passe en un seul morceau.. Et encore, même David Lynch se plante parfois (Inland Empire à mon sens). Bon, Lost Highway est quand même un des meilleurs films de tous les temps. En littérature, dans le genre construction barrée, le chef d’œuvre c’est La maison des feuilles, de Mark Z Danielewski. Mais il a fait encore plus cinglé – et complètement raté et ridicule à mon avis- dans O Revolutions. Dans Bois, j’ai peur d’en avoir trop fait. Enfin je n’en sais rien. Il me plaît comme ça. De toute façon, il s’agit là de quelque chose que je ne peux plus changer.

Ton avenir livresque ?

Pour l’instant, il y a ce roman dont je te parlais, qui tournicote encore. J’essaierai de tenir bon. Et puis le suivant est en chantier. Il parlera de Rock. D’un groupe de Rock.

C’est de toi la page de sandrine sur wikipédia ?

 Oui. Et je l’ai rédigée une ou deux semaines avant « l’affaire Houellebecq »…

 Sinon, pour finir sur une note personnelle, et tu n’es pas obligé de reprendre ces propos. Je suis extrêmement touché de ce que tu me dis, sur ton abstinence. Deux amis m’ont dit beaucoup, vraiment beaucoup de bien de ce livre, et avec le tien, ce sont les avis les plus enthousiastes que j’ai eu. Alors, je me dis que le thème central du roman est bien passé. Mon image de l’abstinence est peut-être valable. Je sais qui ça a touché et j’en suis fier. Et tant pis si ceux qui ne savent pas ce que c’est ne comprennent pas tout à fait mon livre…

 

Merci à toi écrivain pour ce fabuleux voyage

BY HOLDEN

2 Responses

  1. albert Says:

    j’ai hâte de lire ce livre dis donc ! je m’en vais l’acheter et te lâcher mes avis dès la dernière page finie.

  2. holdenunwalkers Says:

    j’attend tes avis gas, celivre est l’excellente surprise de 2011, les grand éditeurs devraient faire gaffe, ecorces, Kykos font de l’excellent boulot
    en attente de te relire

Leave a Comment

Please note: Comment moderation is enabled and may delay your comment. There is no need to resubmit your comment.