Interview de Ian Tregillis (vf)

 

Avec seulement un roman, « Bitter seeds », Ian Tregillis est devenu un de mes auteurs favoris, et c’est avec un immense plaisir que je publie un long entretien effectué par mail avec lui, encore une fois je le remercie d’avoir pris le temps de me répondre.

« Bitter seeds » a été publié en 2010 aux USA, mais il n’y a hélas aucune traduction en français de prévue, alors je vous fais une petite présentation rapide du livre. D’abord, il y a tout ce que j’aime dans ce roman, enfin, ce que j’aime de plus en plus, à savoir un mélange d’uchronie, de polar, et de fantastique. J’avais vraiment envie de faire découvrir cet écrivain aux lecteurs français, c’est maintenant chose faite…

L’histoire se déroule pendant la deuxième guerre mondiale, Raybould Marsh, un espion britannique est le témoin d’une scène inhabituelle en Espagne, et finit par découvrir que l’Allemagne nazie a dans ses rangs des surhommes, des hommes et des femmes disposant de pouvoirs spéciaux, un de ces superhéros nazis est en fait une femme, Gretel, capable de voir très très loin dans le futur. De retour en Angleterre, Marsh réussit à convaincre ses supérieurs de la réalité de cette menace, les services secrets décident alors de faire appel à des sorciers pour les aider à gagner la guerre…

Voilà l’interview en vf, avec les réponses traduites :

 

Est-ce que vous pouvez vous présenter, à l’attention des lecteurs qui ne vous connaissent pas, qui ne connaissent pas « Bitter seeds » et le « Milkweed triptych » ?

J’ai beaucoup de chance d’avoir une quelconque carrière en tant qu’écrivain. J’ai toujours l’impression d’être un fraudeur la plupart du temps ! Dans la vie de tous les jours, je suis physicien. J’ai étudié l’astrophysique et écrit une thèse sur les radio-galaxies (galaxies émettant d’importantes quantité d’ondes radio). Je m’efforce d’écrire de la fiction les soirs et les week-ends.

J’ai écrit quelques nouvelles, parues à des endroits comme Tor.com et Apex Magazine, j’ai aussi écrit pour plusieurs romans de la série « Wild Cards ». Mon écriture s’est cependant concentrée sur mes propres romans. J’ai vendu une trilogie à Tor Books en 2008. Mon premier roman, BITTER SEEDS, est paru aux USA en 2010. La suite, THE COLDEST WAR, va paraître cette année (il est déjà disponible en audiobook), et le dernier volume de cette trilogie, NECESSARY EVIL, sera publié en 2013. (Ils seront aussi publiés par Orbit au Royaume-Uni, à des intervalles de 2 mois, entre décembre 2012 et Mars 2013)

Et je viens juste de vendre un nouveau roman, sans aucun lien avec les autres, SOMETHING MORE THAN NIGHT, mais comme l’encre n’a pas encore séché sur les contrats je ne sais pas encore quand il sera publié.

Concernant ma carrière d’écrivain, je dis toujours pour résumer : mieux vaut être chanceux que doué. C’est encore mieux d’être les deux, mais si on ne peut pas, autant choisir la chance ! Ca a marché pour moi…

J’ai grandi dans le Midwest. Comme beaucoup d’écrivains, j’ai toujours été attiré par l’écriture, dès l’enfance. (Pour moi, c’est la seule forme d’expression artistique pour laquelle j’ai la moindre petite parcelle de talent. Je n’ai aucun talent pour la musique, encore moins pour les arts visuels.) Mais j’étais un idiot, pendant de longues années je pensais que je pourrais assouvir mon intérêt pour l’écriture seulement quand la vie m’en laisserait l’occasion. En d’autres termes, je n’avais pas compris qu’il fallait se donner du temps pour écrire ! C’est comme ça que j’ai gâché beaucoup de temps, en attendant jusqu’à la fin de l’université pour commencer à écrire. J’ai trouvé un nouvel emploi qui m’a obligé à déménager à plus d’un millier de miles de ma famille et de mes amis. Ca semblait le bon moment pour me lancer dans cette entreprise tellement solitaire.

J’ai ainsi passé quelques années à apprendre les bases en proposant des critiques dans un atelier d’écriture en ligne. Rejoindre cet atelier a littéralement changé ma vie. Après ça, j’ai entendu parler d’atelier d’écriture face-à-face, et finalement j’ai postulé pour rejoindre l’atelier d’écriture Clarion d’une durée de six semaines. Un de mes professeurs était Walter Jon Williams, qui s’est révélé habiter relativement près de moi. A la fin des six semaines, il m’a invité à rejoindre son groupe d’écrivains locaux. Je ne savais pas quand j’ai trouvé cet emploi que j’emménageais au beau milieu d’un important groupe d’écrivains professionnels de science-fiction et de fantasy ! J’ai eu l’incroyable chance d’avoir tous ces grands écrivains qui m’ont pris sous leurs ailes : Walter, Daniel Abraham, Melinda Snodgrass, Sage Walker, George R R Martin, S. M. Stirling…

Vous vivez au Nouveau-Mexique, vous pouvez nous en dire un peu plus sur l’importante communauté d’écrivains de science-fiction  dans cet état ?

J’ai déménagé au Nouveau-Mexique pour un travail après l’université. Je ne savais pas du tout que j’arrivais au milieu d’une vibrante communauté d’écrivains de science-fiction ! Comme expliqué plus haut, j’ai eu l’incroyable chance d’avoir Walter Jon Williams comme professeur à Clarion. A vrai dire, c’est lui qui m’a plongé dedans, et je l’en remercie. A une heure de route de chez moi, vivent Daniel Abraham (qui écrit aussi sous le nom de M. L. N. Hanover) et son partenaire en écriture Ty Franck (ils écrivent ensemble en tant que James S. A. Corey), George R. R. Martin, S. M. Stirling, Melinda Snodgrass, Sage Walker, Pati Nagle, Jane Lindskold, Bob Vardeman, Walter Jon Williams… La liste continue. Et j’en ai sûrement oublié plusieurs !

Grâce à cette densité d’écrivains de science-fiction, et à un groupe de fans tout aussi actif, nous avons une extraordinaire convention annuelle de science-fiction au Nouveau-Mexique. C’est vraiment une merveilleuse communauté, et je suis vraiment chanceux d’en faire partie. Toute ma vie sociale hors de mon « travail de tous les jours » tourne autour ou découle de l’écriture.

Comment un scientifique tel que vous se retrouve à écrire une uchronie sur la deuxième guerre mondiale, avec des sorciers anglais contre des surhommes nazis ? Comment avez-vous eu l’idée de « Bitter seeds » ?

J’ai toujours aimé la science-fiction. Ca a commencé quand je suis rentré à la maison après mon premier jour d’école. Ma mère m’a posé devant la télévision, et là devant mes yeux il y avait une rediffusion de la série de SF britannique « Doctor Who ». Je n’ai plus jamais été le même…

Peu de temps après ma tentative d’écrire sérieusement, j’ai lu un article sur un très étrange épisode de la seconde guerre mondiale. Le ministère de la Marine britannique l’appelait Projet Habakkuk : le projet de construire un porte-avions à partir de glace. Une glace spéciale, mais quand même… Quel merveilleux concept !

Malheureusement (ou heureusement) le projet n’a jamais dépassé le stade du prototype. (Je crois qu’ils sont allés jusqu’à construire un petit prototype sur un lac des rocheuses Canadiennes.) Mais je ne pouvais chasser l’image de vaisseau-icebergs naviguant sur l’Atlantique nord. Alors j’ai fini par me demander : ça alors ! Et si le projet avait été un succès ? Et si ces improbables vaisseaux de glace avaient menacé de changer le cours de la guerre ? Et la réponse est tombée comme un cheveu sur la soupe : c’est évident Ian, l’Axe aurait envoyé un espion saboter le chantier naval. Un espion avec des capacités très spéciales… Une fois que j’avais imaginé cet espion, il n’y avait qu’un pas à faire pour imaginer le projet qui l’avait créé lui et toutes les autres progénitures de ce projet. Parmi lesquelles, mais un peu en arrière-plan, j’ai pensé à une folle capable de voir le futur. J’ai écrit une nouvelle à propos de cet espion et de ce vaisseau de glace. Ce n’était pas très bon, et n’a jamais été publié. Après l’avoir écrite, je me suis tourné vers d’autres choses, mais mon imagination revenait sans cesse à la deuxième guerre mondiale et à ces superhéros secrets travaillant pour le Troisième Reich. J’ai commencé à me demander et si les services secrets alliés tombaient sur ces projets secrets ? Qu’est-ce qu’ils feraient ? J’étais particulièrement intéressé par l’idée d’un homme ordinaire, quelqu’un sans la moindre capacité spéciale, dont le travail serait de contrecarrer les superhéros ennemis. Et c’est de là que vient Milkweed.

Quand vous avez écrit les trois romans, « Bitter seeds », « The coldest war » et « Necessary evil », est-ce que vous aviez en tête toute l’histoire ? Est-ce que vous aviez le plan en entier ? Ou est-ce que l’histoire venait au fur et à mesure que vous l’écriviez ?

Avec l’aide de mon groupe d’écriture, j’avais le plan entier de la trilogie avant d’avoir écrit quoi que ce soit. Ca devait être fait comme ça à cause de Gretel, la folle clairvoyante ! A l’origine je pensais que ce serait un seul roman, et que je l’écrirai simplement pour me faire la main. Notre groupe d’écriture avait à cette époque des réunions mensuelles, avec une règle : afin de participer à une réunion vous deviez présenter un extrait de vos écrits. Cela poussait tout le monde à être sérieux et consciencieux. Mais j’en avais assez de batailler pour venir avec une nouvelle histoire chaque mois, alors j’ai décidé de passer un an à tenter d’écrire un roman. J’étais un peu nerveux en y pensant, j’avais peur que le groupe me dise que c’était une idée stupide qui n’en valait pas la peine. Je leur ai timidement présenté un court résumé de mon idée (deuxième guerre mondiale, superhéros nazis, sorciers anglais, espions, explosions, bla bla bla…) Mais au lieu de me dire que c’était une idée stupide, ils ont été très enthousiastes. Ils m’ont immédiatement convaincu que l’histoire ne tiendrait pas dans un seul livre, et ils avaient raison. L’idée que je leur avais présentée finit par devenir THE COLDEST WAR, le deuxième livre de ma trilogie. En 15 minutes, ce roman d’entrainement tout simple et autonome que j’envisageais s’est transformé en une histoire beaucoup plus grande et beaucoup plus complexe. Et grâce à Gretel il était clair dès le départ que toute l’histoire devait être planifiée à l’avance. J’avais décidé qu’elle serait capable de voir très loin dans le futur. Mais ça signifiait qu’elle pouvait voir le futur à travers les multiples livres de la série. Ce qui signifiait que si je voulais que tout se tienne de manière satisfaisante, je devais disséquer son plan et partir à rebours de là. Tout le groupe s’est réuni un samedi après-midi et à l’aide de marqueurs de couleurs et d’un grand tableau blanc, nous avons élaboré le plan de la trilogie pendant environ 8 heures. Au bout du compte, et assez bizarrement, les livres finaux ont très peu de ressemblance avec le scénario que nous avions esquissé. Mais cette session marathon m’a donné un point de départ, et m’a permis d’affiner le plan au fur et à mesure.

Ceci étant dit, j’espère que les lecteurs trouveront que la trilogie se tient. J’ai fait du mieux que j’ai pu… Mais au final ce n’est pas à moi de dire si oui ou non le résultat est un succès.

« Bitter seeds » se déroule pendant la deuxième guerre mondiale, « The coldest war » en 1963, est-ce que le troisième livre se déroulera aussi plus tard (je suis curieux je sais…) ? Pourquoi ce saut dans le temps ? C’est plutôt intéressant, ça vous permet d’explorer une toute autre époque tout en revenant sur les conséquences de ce qui s’est passé dans le premier livre.

Aha ! C’est une très bonne question. Le troisième livre est la suite directe de l’histoire : le premier chapitre de NECESSARY EVIL reprend directement après la fin de THE COLDEST WAR. Quand je pensais que j’écrirais un seul livre avec tout ça, l’idée originelle était de raconter une histoire pendant la guerre froide. Peut-être un peu inspirée par John Le Carre, je voulais raconter l’histoire d’un espion retiré du service actif obligé de replonger dans le monde des secrets contre sa volonté. C’était l’histoire proposée à mon groupe d’écriture. Mais ils m’ont dit : « Le roman tout entier est basé sur une histoire qui s’est passée pendant la deuxième guerre mondiale, avec des superhéros et de la magie noire… Tu ne peux pas laisser tomber tout ça ! Tu es fou ? » Et donc, avant d’en arriver à la partie de l’histoire qui me fascinait vraiment, j’ai d’abord dû écrire tout un roman se passant dans les années 1940. Mais je suis content qu’ils m’aient convaincu de le faire ainsi. C’est amusant de réfléchir aux conséquences à long-terme des actions des personnes, et de jouer avec la façon dont certaines décisions ont un effet boule de neige et causent de nouveaux problèmes des années plus tard.

Dans « Bitter seeds » la magie n’est pas comme la magie de Harry Potter ou celle du « Nom du Vent » de Patrick Rothfuss, il y a un coté alchimique, un coté sombre à cette magie, vous pouvez nous en parler un peu ? Et nous dire comment vous est venue l’idée de cette sorte de magie ?

Je dis souvent que la magie pratiquée par les sorciers dans BITTER SEEDS n’est en fait rien d’autre qu’une forme de démonologie, mais sans les suites de chiffres… Il y a longtemps, j’ai lu THE DEVIL’S DAY de James Blish (note : cycle publié en français sous le titre des Pâques Noires, comprenant « Un cas de conscience », « Pâques Noires ou « Faust aleph zéro », et « Le lendemain du jugement dernier »). C’était ma première rencontre avec le concept de démonologie, l’idée de magiciens capable d’invoquer des êtres surnaturels et malveillants pour violer les lois de la Nature. J’ai toujours trouvé ça très intriguant. (En théorie, pas en pratique!)

J’ai aussi toujours été intéressé par l’anthropolinguistique. Je ne suis pas particulièrement doué quand il s’agit des langues (même si j’ai aimé étudier l’espagnol pendant plusieurs années) mais j’éprouve une attirance sans fin pour tout ce qui touche à la linguistique. Une de mes amies est anthropolinguiste. A l’époque ou j’effectuais des recherches pour cette trilogie, il se trouve qu’elle m’a parlé d’une incroyable légende sur laquelle elle était tombée pendant ses études :

On raconte qu’il y a très longtemps, les anciens Grecs commencèrent à s’interroger à propos de la plus vieille civilisation au monde. Assez logiquement, ils ont pensé que la plus vieille civilisation au monde devrait être celle parlant le plus vieux langage. Donc, si ils trouvaient quel langage était le plus vieux, ils pourraient identifier la plus vieille civilisation, et par la même trouver l’origine de l’humanité. Ou quelque chose dans le genre. Mais comment trouver le plus vieux langage ? Eh bien, ils décidèrent que le plus vieux langage devait être le langage parlé naturellement par l’homme, en l’absence de toute autre influence. Alors, selon la légende, ils prirent un quelconque nouveau-né de la région, et firent en sorte de l’élever sans qu’il entende le moindre langage. Et bien entendu, toujours selon la légende, après quelques années, l’enfant a commencé spontanément à parler, oh je ne sais pas, Sumérien ou quelque chose comme ça. Je doute que ce soit réellement arrivé… Mais dès que j’ai entendu cette légende, j’ai pensé wow ! J’ai tout de suite su que ce serait la base de mon système de magie.

En continuant de lire sur le sujet, j’ai appris que depuis plusieurs siècles il y avait un grand intérêt de la part des érudits européens pour tenter de reconstruire le langage « originel » de l’humanité, de retrouver le langage parlé dans le Jardin d’Eden, avant la Tour de Babel. Du coup je me suis demandé et si ce n’était pas les anciens Grecs qui avaient tenté cette expérience avec les enfants, mais des savants du moyen-âge ? Et si ça avait marché ? Parce que,de toute évidence, le langage le plus vieux, le langage de la Création, le langage de Que La Lumière Soit, ne pouvait être un langage humain…

Comment avez-vous écrit les trois livres ? Avez-vous fait beaucoup de recherches ? « Bitter seeds » est plutôt réaliste et documenté concernant la deuxième guerre mondiale, l’armée allemande, le MI6 et le MI5, ou le SOE (services secrets britanniques).

Merci à toi de dire ça. J’espère que c’est assez réaliste, ou du moins que ça contient une légère couche de vraisemblance historique. J’ai essayé avec beaucoup, beaucoup de force de faire le plus de recherches possible. Savoir si j’ai réussi ou non, ce n’est bien entendu pas à moi de le dire. Je ne déclarerais jamais être un expert en histoire, jamais, même en faisant un immense effort d’imagination. Mais en écrivant ces livres, j’ai amassé une entière bibliothèque de matière à recherches. Les noms et les dates étaient les choses les plus faciles à trouver, les livres d’histoire sont là pour ça. Les recherches les plus difficiles concernaient les détails de la vie de tous les jours à Londres en 1940 : ce que portaient les gens, comment ils se parlaient, comment ils riaient, pleuraient ou mangeaient ? Il a fallu beaucoup creuser, mais j’ai fini par trouver quelques ouvrages de référence de grandes valeurs.

Dans votre esprit, au fond de votre cœur, vous considérez ces livres comme étant l’histoire de Raybould Marsh ou comme l’histoire de Gretel ?

Encore une bonne question ! J’ai toujours pensé aux livres du « Milkweed Triptych » comme étant l’histoire de Marsh. Tous les personnages sont (je l’espère) changés et affectés par l’histoire qui les touche, mais pour moi, c’est vraiment le récit de la vie de Marsh. Même si les vies et les destins de Marsh et Gretel sont si étroitement liés qu’il est difficile de les séparer. Gretel est l’axe autour duquel tourne l’histoire tout entière. Mais Marsh est le pauvre gars qui doit s’occuper d’elle…

« Bitter seeds » me fait un peu penser aux livres de Tim Powers « Les puissances de l’invisible » ou « Le bureau des atrocités » de Charles Stross, avec ce coté uchronique, histoire secrète avec des nazis, des espions et des démons. Vous connaissez ces livres ?

Je suis un immense fan de Tim Powers. Je pense que c’est un savant fou littéraire. Je dis souvent aux gens que si la magie existait vraiment, elle pourrait fonctionner comme dans un roman de Tim Powers !

Par coïncidence, j’ai lu LES PUISSANCES DE L’INVISIBLE il y a juste quelques semaines. Ca ne va probablement pas vous surprendre, c’est mon livre préféré de Tim Powers. Je sais que beaucoup de ses fans préfèrent certains de ses autres livres, mais celui-là m’a plus à tous les niveaux. C’est comme si il avait pu être écrit pour moi. C’est triste qu’il soit sous-estimé, à mon pas si humble avis.

La première fois que j’ai entendu parler des romans de la « Laverie » de Charles Stross, j’étais près de la fin du premier jet de BITTER SEEDS. Ne voulant pas être « contaminé », j’ai attendu jusqu’à ce que je finisse le deuxième livre de la trilogie avant de jeter un œil aux livres de Charles Stross. (Je pensais être en sécurité à ce moment-là car l’intrigue du dernier livre était entièrement consruite par les deux précédents livres!) Quand j’ai proposé THE COLDEST WAR à mon éditeur, j’ai pris LE BUREAU DES ATROCITES et je l’ai littéralement dévoré. J’adore les romans de La Laverie et je suis impatient de lire le prochain.

Est-ce que vous avez déjà pensé écrire un roman de hard-sf, à l’instar de Kim Stanley Robinson ou Greg Egan, comme vous êtes physicien ? Ou vous voyez l’écriture comme un moyen de vous évader, de laisser votre travail de côté ?

J’écrirai une histoire ou un roman de hard-sf si une idée s’empare réellement de moi. J’ai écrit une ou deux nouvelles dans ce style, mais pour d’étranges raisons, mon imagination est plus attirée par la magie que par la science. Ou peut-être devrais-je dire que la partie écrivain de mon imagination penche dans cette direction. En tant que lecteur, j’aime la science-fiction pure et dure et je lirai toujours avec plaisir tout ce que je peux me procurer. J’aime les bons space opera par exemple.

La hard-sf en particulier est quelque chose que je tend à éviter dans mes réflexions. Je pense que c’est exactement ce que tu dis, écrire est vraiment le moyen de m’évader de mon travail quotidien (même si écrire des romans nécessite aussi beaucoup de travail!) Alors, si je commençais à travailler sur un projet de roman qui nécessitait que tout soit soit scientifiquement exact, au niveau des calculs et plus encore, j’aurais vite l’impression d’avoir ramené mon travail à la maison. Ma vie d’écrivain et mon travail de tous les jours sont deux moitiés de ma vie totalement séparées, et j’essaie de maintenir ça. (Même si parfois je me sens comme divisé en deux personnes différentes) Ecrire sur la magie est difficile, mais d’une autre façon, elle doit être cohérente dans son ensemble (ou du moins elle doit apparaître ainsi au lecteur). C’est pourquoi il y a aussi beaucoup de travail, mais je ne sais pourquoi, ce travail m’attire plus que d’essayer de creuser à propos de technologies futures par exemple.

Vous pouvez nous parler de votre prochain livre, comment il est né ?

Chez moi, les idées s’accumulent lentement sur une longue période. Des petits bouts d’informations entendues par hasard, des mots intéressants, des idées cools qui me viennent en lisant… Tout ça est jeté sur des morceaux de papier, et ces papiers vont dans un dossier. Les morceaux de choix qui m’ont vraiment accroché finissent habituellement par me trotter dans l’esprit pendant un long moment, parfois des années. Une fois de temps en temps, quelques-unes de ces idées sans rapport entre elles s’entrechoquent et s’assemblent. Comme des flocons de neige qui s’assemblent, qui roulent le long d’une colline pour former une boule de neige. Finalement, si je suis patient, la boule de neige devient assez importante pour contenir un livre…

La graine de SOMETHING MORE THAN NIGHT date d’avant que j’ai l’idée des livres du Triptyque Milkweed . J’avais envie d’écrire un polar fantastique avec des anges depuis longtemps. C’était le point de départ. Alors, pour m’amuser, j’ai commencé à lire des classiques des polars, des écrits de Dashiel Hammett et Raymond Chandler. J’ai découvert que j’aimais vraiment ces livres… du coup je me suis demandé si je pouvais combiner des éléments de roman noir des années 30 et mon projet avec des anges. Ca semblait fonctionner. Après, pendant que j’écrivais les livres de Milkweed, j’ai pris conscience de certains cotés de mon écriture que j’aimerais améliorer. Et finalement, je me suis mis à réfléchir à quelle forme donner au livre afin qu’il me permette d’étendre mes capacités et d’essayer de nouvelles choses…

Sur votre site internet il y a quelques références à Lovecraft, est-ce que c’est un écrivain important pour vous ? Quel est votre roman ou la nouvelle préféré ?

Les gens me regardent toujours bizarrement quand je dis que mon histoire préférée de Lovecraft est « La couleur tombée du ciel ». Ce n’est pas sa meilleure, mais c’est juste tellement… bizarre. Quand même : une dangereuse couleur extraterrestre ?

C’est difficile de ne pas être influencé par Lovecraft, surtout quand on commence à jouer avec l’idée de grandes et anciennes entités dont les motivations et projets sont incompréhensibles aux insignifiants humains… Bien que j’ai tenté de les rendre relativement uniques, les Eidolons de BITTER SEEDS doivent beaucoup au Mythe de Cthulhu.

Quel genre de livres lisez-vous ? Quels sont vos auteurs préférés (polar ou sf) ? Est-ce qu’il y a un auteur en particulier qui vous a fait penser « Wow, c’est ça, c’est ce que je veux faire, je veux faire comme lui! »

J’admire tellement d’écrivains. J’ai déjà parlé de Tim Powers. Je suis un grand admirateur de Roger Zelazny et Peter S. Beagle. Si je pouvais écrire à propos de magie comme Tim Powers, avec la puissance de la narration à la première personne de Zelazny et la prose poétique à couper le souffle de Peter S. Beagle… eh bien, je pourrais mourir heureux si je pouvais seulement atteindre une fraction de tout ça. Mais eh, c’est une bonne chose d’avoir de se fixer des buts impossibles, non ? J’aimerais aussi pouvoir écrire avec la sensualité de Sage Walker.

En dehors de la science fiction, un de mes auteurs préférés est Raymond Chandler. J’adore les livres avec Philip Marlowe. Il était capable d’écrire comme personne d’autre. En terme de savoir-faire pur et simple, il est cependant possible que Dorothy Parker le surpasse.

Est-ce que vous savez si un éditeur français est interessé par « Bitter seeds » ? Orbit va le publier au Royaume Uni, et nous avons quelques livres d’Orbit traduits en français…

Que dieu t’entende ! Je ne toucherais plus terre si les livres de Milkweed finissaient par être traduits en français. Ce fut une incroyable surprise quand Orbit a acheté la trilogie pour une publication au Royaume Uni. En tant qu’américain écrivant sur des personnages britanniques et allemands pendant la deuxième guerre mondiale, j’avais toujours pensé que mes livres ne seraient jamais publiés en dehors des Etats Unis…

Grâce à vous et à votre site internet j’ai découvert la série de G.R.R. Martin « Wildcards », j’ai acheté presque tous les livres sauf un ou deux, je ne les ai pas encore lus, mais je sais que je vais les adorer… Vous pouvez nous parler un peu de l’histoire de « Wildcards » ? Et de comment vous avez fini par rejoindre l’équipe de cette série de romans ?

J’espère que tu aimeras les livres ! Je suis heureux de t’avoir roulé et t’avoir poussé à explorer la folie qu’est « Wildcards » ;-)

Wild Cards est un « monde partagé » dans un univers de superhéros qui dure depuis très longtemps. « Monde partagé » signifie que les livres par un groupe d’écrivains se partageant le monde et les personnages. Mais les livres ne sont pas pour autant des recueils de nouvelles, ce sont des vrais romans avec une réelle intrigue de la première à la dernière page. Parfois, les livres sont morcelés en chapitres, avec un écrivain différent pour chaque chapitre, avec habituellement différents points de vue selon les personnages. Et certains livres de la série que nous appelons romans « mosaïques » ont des écrivains changeant entre chaque scène.

Ecrire un roman Wild Cards demande beaucoup de travail, que ce soit pour les écrivains ou pour les éditeurs George R R Martin et Melinda Snodgrass.

George et Melinda sont les créateurs de la série. L’idée de départ est qu’un virus alien a été laché sur Terre dans les années 40. Le virus « wild card » a tué 90% des personnes l’ayant contracté. Parmi les survivants, 90% sont déformés et deviennent ce qu’on appelle les « jokers ». Les rares survivants qui ne sont pas déformés, le 1% de chanceux, qu’on les appelle les « as », se retrouvent dotés de superpouvoirs. Les romans explorent ce qu’aurait pu être un monde où les superpouvoirs seraient quelque chose de banal.

Je me suis retrouvé dans le consortium Wild Cards grâce à beaucoup de chance, et en étant au bon endroit au bon moment. C’est arrivé à peu près au même moment que lorsque Walter m’a introduit dans la communauté d’écrivains du Nouveau Mexique, Melinda et George reprenaient la série après un long hiatus.

Comme le dit George, il voulait faire « Wild Cards : The Next Generation »

Et pour relancer la série, il voulait faire venir un tout nouveau groupe de jeunes écrivains dans l’aventure. Je participais aux réunions du groupe d’écriture depuis quelques mois quand il a demandé à Melinda et à Daniel Abraham si ils avaient des idées sur des écrivains pouvant être des bonnes recrues. Tous les deux ont donné mon nom.

Ma chance a continué après avoir rejoint Wild Cards, parce que c’est par cette expérience que j’ai rencontré mon merveilleux agent.

 

 

Liens :

le site de Ian Tregillis

Tor.com

Orbit Books

Wildcards : site n°1, site n°2

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