Islanova par Bruno D.

Monumental et énorme ! Je ne parle pas bien sûr des 775 pages et des 940 grammes du dernier Camhug Islanova mais je cause de la profondeur du propos, de la conviction et de l’engagement de nos auteurs, de la volonté de porter à la face du monde que nous arrivons en fin de cycle et que si nous ne réagissons pas vite fait, notre futur sera cruel.

Islanova, pour commencer, c’est une grande bouffée d’air pur et vivifiant, en plein cœur des Vosges et aux portes de l’Alsace, où Julian,Vanda et leurs deux enfants, famille recomposée, coulent des jours heureux. Une vie paisible ou les blessures passées sont enfouies, où l’insouciant bonheur s’écoule au sein d’une nature généreuse écrasée sous un soleil de plomb. Sous une frondaison impressionnante, l’espèce humaine apparaît toute petite et n’est pas l’espèce dominante.

120 pages pour nous présenter les personnages, planter le décor et craquer l’étincelle qui va détruire des hectares de forêts et embraser la vie de nos protagonistes. Nonchalance nécessaire pour lancer  le rythme endiablé qui va suivre, celui qui va broyer nos dernières illusions et nous entraîner, vous, moi ,derrière Charlie et Leny, Julian et Vanda ; parce que je vous le dis avec les Camhug, ça va pulser sévère, et on va passer par tous les stades et toutes les couleurs.

Le rouge, celle du sang qui coule dans nos veines et que l’on fait gicler au nom d’idéaux barbares ou friqués sans aucun état d’âme. Le vert, celle de la nature jeune et renaissante, qui purifie l’air que nous respirons. Le blanc, symbole de la paix et de la pureté, le début de chaque jour avec la blancheur de l’aube. Le bleu enfin, la couleur de l’eau, nimbée par les rayons du soleil, l’eau sans qui la vie n’est pas possible, ici, au fin fond de l’Afrique ou dans l’espace, obligatoire à toute forme de vie. L’eau richesse banale des pays civilisés, où le geste d’ouvrir un robinet est  juste normal et naturel.

Ce pavé de Jérôme Camut et Nathalie Hug, ce n’est pas une histoire, une évolution, c’est une RÉVOLUTION. C’est un décodage fin et précis de nos 70 dernières années avec ses horreurs, ses aberrations et tout ce qui fait qu’aujourd’hui l’échéance et l’addition se rapprochent… A moins qu’ISLANOVA, projet fou piloté par le charismatique Vertigo ne vienne changer la donne.

Des personnages complexes et mystérieux vont jalonner ce scénario ; Abigaël, Shana, Aguir, Nowak, Melvin, Mukena, Larousse, Morgan, Dicabo, Vorcheck, Kit, vous les croiserez au cours de votre périple et tous auront leur part de responsabilité.

Islanova ,c’est une lutte pour mettre l’eau à la disposition des pays les plus pauvres, pour irriguer la vie dans le monde et partager les richesses. Mais c’est aussi une ZAD (Zone à défendre), sorte de furoncle contestataire, tour de contrôle du mouvement, installée sur l’île d’Oléron et qui va défier La France, son gouvernement et les autorités du monde entier.

Mais Islanova, c’est surtout un cri d’alarme lancé par Jérôme et Nathalie. 800 pages pour une réflexion ouverte et sensée autour de notre civilisation, une bible, une liste des erreurs à ne plus commettre pour évoluer et continuer à vivre, différemment, plus humainement, en partageant et en se recentrant sur les richesses de notre planète qui ne nous appartiennent pas.

Le partage pour la vie, la tolérance pour avancer, la bienveillance pour comprendre : «juger une situation que l’on ignore est stupide et il est plus urgent de comprendre l’autre, même s’il paraît fou furieux».

Bien sûr, le 13 novembre 2015 et le Bataclan, la guerre au cœur de Paris et l’incapacité de nos dirigeants à assurer la sécurité de nos concitoyens ont accéléré le mouvement. Ce traumatisme ancré au plus profond de nous n’est que la partie apparente de cette folie. Les Camhug dénoncent ici la manipulation de masse et la radicalisation de notre jeunesse, l’endoctrinement sous toutes ses formes et la déliquescence totale de l’état qui ne réagit plus qu’en fonction du politique.

Islanova, c’est tout ça à la fois, profond et dense, une mise en lumière des maux qui nous rongent et une  remise à plat obligée pour un nouveau départ avant le point de non retour. «L’avenir n’attend que notre bon vouloir». Islanova, c’est le monde pourri que nous allons laisser à nos enfants autant que notre aveuglement et notre égoïsme. C’est un cri, une voix, celle de Vertigo portée via les ondes dans le monde entier et celle de W3, média indépendant rapportant les événements sans bidouillage de l’info.

Islanova c’est la révolte des sans dents, l’émancipation des peuples, nos tristes divagations d’adultes et un gros coup de pied dans la fourmilière mondialiste du profit atomiseur d’âmes, mais c’est surtout une fenêtre ouverte vers notre futur et l’espoir d’une route vers un nouvel Eldorado.

L’eau sert de vecteur et de révélateur à l’éveil de nos conscience. Elle est omniprésente dans les pays dits civilisés, toute puissante et dévastatrice dans l’océan lorsque les vents se déchaînent et vraie denrée rare lorsqu’elle s’épuise ou vient à manquer. Ce roman écol’eaugique (je revendique l’orthographe), véritable plaidoyer pour l’accès de l’eau à tous se boit facilement, malgré la richesse et la gravité des sujets abordés, grâce à une écriture fluide et aux chapitres courts, marque de fabrique de nos écrivains à quatre mains depuis leur fameuse trilogie.

Islanova ne vous décevra pas pour peu que vous sachiez en décrypter toutes les subtilités afin d’en sucer la substantifique moëlle. Jerôme Camut et Nathalie Hug portent de tout leur talent et leur humanité cette œuvre majeure, qui jette plus qu’un pavé dans la mare et soulève bien des questions. Un avertissement en guise d’espoir pour peu que l’on y voit autre chose qu’un thriller écologique.