La tête à l’envers, les pieds au mur – Rob Roberge – 13E note Editions par FORTINO

La tête à l’envers, les pieds au mur – Rob Roberge – 13E note Editions

Il y a plein de raisons de désespérer des États-Unis. Par exemple Mitt Romney, le mormon qui a bâti sa richesse sur sa propension à la nécrophagie d’entreprises en faillite, vient de désigner son vice-président, en la personne d’un ancien moniteur de fitness ultralibéral, qui doit lui permettre de droitiser et de viriliser son image. Selon des journalistes de Libération, il ne faut pas sous estimer le dénommé Paul Ryan, car lui, contrairement à Sarah Palin, la MILF de l’Apocalypse, il connait le nom des journaux qu’il lit !

Comme dirait une de mes relations, que peut-on attendre d’une Nation créée par des fondamentalistes religieux, des repris de justice, des prostituées et des Irlandais incapables de cultiver correctement des pommes de terre dans leur pays d’origine.

Et bien j’ai une réponse à lui adresser : on peut guetter Rob Roberge et ses histoires tellement improbables qu’on les croit vraies, surtout quand elles sont servies par une narration sans faille.

Avertissement : c’est encore un recueil de textes en provenance directe de Pauméville, que seul un proctologue à l’œil de lynx pourrait situer à peu près sur une carte des États-Unis. Après Barry Graham et ses chroniques sur les descendants des pictes qui ne profitent pas totalement de la mondialisation heureuse, voici leurs cousins d’Amérique.

Roberge campe une galerie de perdants, d’accidentés de la vie, de rancuniers, de teigneux, de défoncés, de hors la loi de toute sorte, sans complaisance, mais avec sympathie. Au fil des pages, pas de salle de sport tout en chrome et en miroirs géants, ni de berline hybride et encore moins de tonnelle ombragée pour déguster un smoothie à base de lait de soja bio. On est le plus souvent dans le désert, là où le gazole sert à capturer des serpents, où la méthamphétamine décante en libérant des miasmes de solvants, où les prolos valdinguent d’un boulot à un autre, jusqu’à ce qu’un accident les handicape.

Imaginez un journaliste dans une revue pour retraités, ancien boxeur dilettante, contraint de d’affronter un chimpanzé boxeur, invaincu au cours de tous ses combats précédents ; un ancien peintre en bâtiment, blessé dans un accident, se morfond tandis que sa mère pilote l’avion des Rolling-Stones ; un homme qui engage dans une course de stock-car la voiture que son frère, mort d’une tumeur, lui a laissé en héritage ; un autre, qui a vu son père policier tuer un homme, se remémore son grand-père médecin qui avait abusé pendant la grande dépression ses patients, en pratiquant sur eux des greffes de testicules de boucs pour leur rendre leur virilité …

Tout au long du recueil, l’auteur se joue de tous les clichés de la société américaine, entre farce et cauchemar, comme l’illustrent les deux textes tonitruants qui l’ouvrent et le concluent : la richesse, la réussite par le sport, les hommes de loi, la famille, la gratitude etc., ainsi sortis de leur écrin habituel et projetés dans un monde plus ordinaire, perdent de leur clinquant, jusqu’à devenir glauques.

Bref, Rob Roberge peut nuire à l’optimisme béat de tous ceux qui croient au rêve américain et à un certain nombre d’autres fadaises du même acabit. En prophylaxie ou en thérapie, je vous le recommande en lieu et place de tous les charlatans, vendeurs de bonheur en kit.

« La perte précède les mots, voilà comment j’en suis venu à comprendre les choses. La première fois que j’ai entendu parler d’un ligament croisé antérieur, c’est quand le médecin m’a dit que le mien était déchiré -tellement amoché que les deux extrémités n’étaient plus reliées entre elles. Je suis le deuxième marqueur -de tous les temps- dans l’histoire du basket universitaire de Floride, derrière Rick Barry. Vérifiez donc – Ben Thompson derrière Barry, devant tous les autres. J’ignorais que j’avais un croisé antérieur jusqu’à ce que je le perde, j’ignorais que j’avais un avenir jusqu’à ce que je n’en aie plus. » (p-73)

 

Ps : même la couverture- à l’érotisme fugace- vaut le coup dans ce livre, décidemment, 13E Note ça pulse (Oui je sais c’est tout pourri, mais je n’ai jamais envisagé de faire carrière dans la réclame)

FORTINO

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