« Le Baiser du rasoir » de Daniel Polansky (Bragelonne) – coup de maitre des éditions Bragelonne

Comme quoi ça a du bon de côtoyer des personnes aux goûts sûrs : après recommandation, on m’a donc envoyé (merci Boss) Le baiser du rasoir. A priori, bon, je ne pense pas que je l’aurais remarqué. Enfin bon, le voilà dans la boite aux lettres puis dans ma pile de lecture, et à la veille de ce méga giga pont (tant pis pour vous si vous ne l’avez pas fait, moi j’en ai profité un max), c’est celui que j’ai choisi de mettre dans le sac !

Grand bien m’a pris : un super polar inséré dans un  univers de Fantasy avec brio, des personnages comme je les aime, pas tellement sympathiques mais qui évoluent dans un milieu qui l’est encore tellement moins que finalement on en vient à l’oublier ; des assassinats très noirs d’enfants, mutilés et porteurs d’un fléau ; une ville sans foi ni loi, où se côtoient différentes ethnies (et là, on salue l’imagination de l’auteur, qui ne reprend pas les « races » traditionnelles de la Fantasy mais en crée qui sont particulièrement adaptées au ton et à la noirceur de l’ambiance) ; un soupçon de magie mais qui ne relègue pas aux oubliettes l’intelligence humaine ; … .

Le Prévôt, que nous suivons tout au long de l’ouvrage, se tient délibérément à l’écart d’une société et d’une ville qui lui ont pris autant qu’elles lui ont apporté. Torturé, solitaire, sans illusion, dealer, il est pourtant également un cœur bourru mais tendre, qui prend sous son aile un gamin des rues, tient particulièrement à l’amitié d’une poignée de ses proches. Il s’improvise également justicier lorsque des cadavres d’enfants sont découverts dans la ville et qu’il constate que personne n’a ni les capacités, ni la volonté d’arrêter le coupable. Un soupçon de magie, une grosse dose d’intelligence et de perspicacité, et le voilà sur les traces d’une menace que la ville ne semble pas entrevoir.

Attention, Le baiser du rasoir est une lecture exigeante : l’intrigue est très complexe, même si menée avec un art et une finesse tels que ce n’est pas l’impression que l’on en garde en refermant le livre. Le lecteur virevolte entre les pistes, fausses-pistes, digressions (jamais ennuyeuses), visites des quartiers, peintures des personnages (aucun détail n’est laissé au hasard), enquêtes, bagarres et autres aléas. Tout va très vite, mais pas assez pour occulter le sens du détail de Daniel Polansky et la minutie avec laquelle il crée l’univers de Basse-Fosse. Des bâtiments aux ethnies qui peuplent la ville, en passant par un langage spécifique, des codes vestimentaires, des codes de conduites, des lois, des us et coutumes, d’une histoire locale, …, l’auteur a fait de Basse Fosse une ville aux allures de réel.

Pour les connaisseurs, on retrouve quelques références à peine voilées mais habilement déguisées à Sherlock Holmes et l’Angleterre victorienne, comme l’annonce déjà la couverture, qui évoque assez facilement Jack L’Eventreur et son époque. Daniel Polansky ne renie pas ses sources donc mais les grandit grâce à une écriture intelligente, qui sert une intrigue sur mesure et façonne un univers qui m’a absorbée. Comme quoi, entre belle et efficace écriture et bonne et exigeante lecture, il n’est pas toujours besoin de choisir.

Un auteur à suivre donc, puisque Le baiser du rasoir est un premier tome. Et un coup de maître des éditions Bragelonne.

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