Résumé:
Aaron Greene est coursier dans une banque d’Atlanta. Un matin, en allant à son travail, il disparaît. La piste du kidnapping est hautement improbable. Qui pourrait en effet vouloir s’en prendre à cet employé aux revenus très modestes et à la situation précaire ? Et pourtant la demande de rançon ne tarde pas à tomber. Les ravisseurs réclament 10 millions de dollars. Non pas à la famille d’Aaron, mais à la banque qui l’emploie. Bien sûr, la direction n’a aucune intention de payer pour ce salariéà peine visible dans l’organigramme.
C’est compter sans l’habileté des ravisseurs : à travers les médias, ceux-ci vont dresser l’opinion publique contre l’établissement bancaire, qui, semble-t-il, n’accorde pas la même valeur à la vie d’un petit employé qu’à celle d’un dirigeant. Alors que la presse se déchaîne, que les avocats et autres conseillers en communication de la banque sont en alerte, Cody Yates, un journaliste mêlé malgré lui de près à l’enlèvement, et l’inspecteur Victor Menotti vont tenter de résoudre une affaire qui va se révéler beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.
Avec ce thriller palpitant, construit comme une magistrale partie d’échecs, Terry Kay nous offre une magnifique réflexion, plus d’actualité que jamais, sur la valeur d’une vie humaine au temps du libéralisme sauvage et du capitalisme triomphant.
Mon avis :
Etrange est je pense le mieux qui m’est venu en premier lorsque j’ai fermé ce livre. Une impression de « pas déjà fini », avec un arrière goût de « tout ça pour ça »… Mais ce n’est absolument pas une impression négative. Plutôt un coup de chapeau : 500 pages pour finalement ne pas en savoir beaucoup plus qu’au début, sans jamais lasser la lectrice exigeante que je suis, c’est tout de même une prouesse.
Mais quelques mots d’abord de l’intrigue : le jeune et timide Aaron Green, employé à temps partiel comme préposé au courrier dans une banque est enlevé, tout en douceur et avec quelque chose comme de la gentillesse dans la rue par un petit groupe de personnes qui assurent vouloir l’aider. Cloîtré dans une luxueuse propriété, il vit une captivité dorée, entouré de ravisseurs attentionnés et qui tentent de lui faire comprendre qu’il est une personne importante.
Et en effet il semble l’être devenu : l’affaire est reprise par les média du monde entier lorsqu’une rançon est demandée à la famille, modeste. De partout, stars, entrepreneurs et particuliers se cotisent pour rassembler la somme exorbitante que la banque qui emploie le jeune homme refuse de payer. Chacun se sent concerné, tout le monde se saisit de cet exemple d’inégalité entre les hommes en fonction de leur statut social. Sauf que voilà, malgré cela, personne ne sait qui est Aaron Green, ses professeurs ne se souviennent pas qui il est, ses collègues ne se seraient probablement aperçu de son absence que lorsqu’ils auraient constaté que le courrier n’était plus livré…
Car c’est peut-être à cela que l’auteur a consacré son livre : cette hypocrisie de ceux qui se saisissent d’une affaire, en parlent, la commentent, donnent leur avis, sans vraiment s’intéresser à celles et ceux qui sont directement concernés ; une critique acerbe de la société qui se gorge d’affaires et de scandales sans pour autant en comprendre les tenants et aboutissants, sans se l’approprier, seulement en se projetant (« est-ce que pour moi ça se serait passer comme ça ? » ; « j’agis car j’aimerais qu’on le fasse pour moi ») mais sans jamais prendre en compte la personne concernée en premier lieu.
C’est sévère, mais très probablement justifié quand on y pense, et il fallait oser nous mettre face à nos contradictions.
Le développement est également surprenant, peut-être tout simplement parce que l’essentiel n’est pas là ! Pas de solution, pas d’explication claire de cet enlèvement, juste des soupçons, des interrogations et des doutes. Et un dénouement.

L’histoire de M. Tout-le-monde perdu au milieu de M. et Mme Tout-le-monde, chacun trop tourné sur lui-même pour vraiment voir ce qui se passe autour et y jeter un œil critique, et de celles et ceux qui, ayant souffert de cet anonymat confinant à la transparence, tentent de le jeter à la face du monde. Moi j’aime !