Bienvenue dans le royaume de la déglingue en milieu urbain.
L’Écosse ça évoque le Rugby, Sean Connery et son accent incompréhensible, le Whisky et son élaboration minutieuse par de géniaux apothicaires *, le port d’une couverture pour chien en guise de jupe pour homme et surtout une propension vénielle à détester les anglais.
Mais là, Barry Graham a envoyé un troupeau d’éléphants hystériques dans le magasin à clichés pour touristes. N’ayez aucun espoir de recoller les morceaux.
Pour éviter toute rémission, il situe ses textes tantôt à New-York, tantôt à Édimbourg et non pas à Glasgow. Là au moins, le décor s’y prêterait, surtout le jour d’un derby Celtics / Rangers, où une horde de décérébrés commémorent, plusieurs fois l’an, les guerres de religions. Tandis qu’à Edimbourg, on conspue avec élégance les anglais en ouverture des matchs du XV du chardon, en chantant juste le « Flower of Scoltland », qui -vous m’excuserez- relègue assez loin le « Boudin » de la légion étrangère française au panthéon des chants velus invitant à la marave.
L’ensemble est composé d’un court roman, de nouvelles et de textes variés, qui font valdinguer le lecteur aux confins du royaume des loquedus et des naufragés urbains.
Françoise est une jeune hollandaise bisexuelle qui se prend d’amour pour un acteur américain et le rejoint aux Etats-Unis pour tenter sans succès de vivre avec lui. Lynn et Kévin attendent avec anxiété la soirée d’anniversaire de leur mère, pour laquelle leur père doit ramener un disque de Barry Manilow et de quoi à l’écouter. Sherbo décide de reprendre la boxe après avoir revu Tam, un entraineur de boxe sulfureux …
Je n’avais pas lu un truc pareil depuis « Le peuple d’en bas » de Jack London ou « Dans la dèche à Paris et à Londres » d’Orwell.
Lorsqu’il s’agit de décrire la vie misérable ou minable de ses personnages, souvent menacés d’inanition jamais de déshydratation, Graham excelle au point de rendre parfaitement la précarité des univers, jusqu’à l’insalubrité des lieux, sans rien dissimuler d’une violence ordinaire. Toutefois, au cœur du sordide, des élans de tendresses, d’amour et d’empathie surgissent et agissent par contraste comme des exhausteurs du goût aigrelet de l’ensemble.
A mon sens deux textes se dégagent : « Va-t-en le plus tôt possible » où Graham relate une soirée d’anniversaire à huis clos dans une famille à la dérive et « Ce qui se passe » sur le retour d’un boxeur amoché sur le ring, classique, sauf que ça n’est pas du Scorsese et que la rédemption du héros peau d’balle !
Allez, un troisième pour vous faire plaisir et pour démontrer que Graham n’est pas qu’une brute, mais aussi un abbé bouddhiste sachant s’interroger sur l’amour que deux jeunes personnes se vouent et sur ce qui peut le mettre en danger, je vous suggère « Fonctions corporelles », mais en dehors des repas et des heures de vaisselles.
Vous l’aurez compris, Danny Boyle n’a pas scénarisé la cérémonie d’ouverture des JO à partir de ce recueil. Il est vrai que Barry Graham nous immerge plutôt dans l’Ecosse de la « mars-barre » frite (souvenir de colonie de vacances) que dans celle du single malt tourbeux, dégusté avec la Princesse Anne à Balmoral.
FORTINO
* On me dit dans l’oreillette, que ce breuvage ancestral ne serait pas un remède et qu’il ne faut pas en abuser, surtout quand on se prépare à conduire. Évitez donc de manger trop gras, trop salé, trop sucré et trop alcoolisé … lisez et commettez ainsi tous ces excès par procuration.

août 11th, 2012 at 23:37
[...] proctologue à l’œil de lynx pourrait situer à peu près sur une carte des États-Unis. Après Barry Graham et ses chroniques sur les descendants des pictes qui ne profitent pas totalement de la [...]
octobre 18th, 2012 at 15:00
[...] à détourner de leur usage premier des substances médicamenteuses. Dans une de ses nouvelles Barry Graham déclare que c’est en désintoxication qu’il est devenu accroc, Patrick affirme que c’est en [...]