
Les années 80 m’inspirant à peu près autant que la cité phocéenne (pour ceux qui se voudraient nostalgiques, je rappelle que c’est à peu près dans ces années-là que le maillot de l’OM était floqué du logo Bouygues), ce n’est rien d’écrire que je n’étais pas pressé d’attaquer un livre au titre aussi évocateur.
Comme quoi, les préjugés… Parce que cette immersion dans le milieu marseillais de cette époque est une réussite en tous points : l’écriture y est particulièrement travaillée, avec un emploi de l’argot qui apporte indéniablement en crédibilité et le choix de chapitres courts qui rythment la vie de ce commissariat.
Mais c’est encore au niveau du fond que Jean-Louis Pietri tape dans le mille, avec des personnages vraisemblables et charismatiques. Il y a d’abord la belle Madeleine, qui s’est entichée d’un braqueur sur le retour. Lorsque son jules se fait serrer, la classieuse hétaïre n’a d’autre choix que de devenir l’indic de l’inspecteur Maury. Elle devra user de tout son charme et son instinct de survie pour louvoyer entre flics et voyous, dont elle se fait tour à tour trophée ou messagère. Il y a également les membres de cette brigade (outre Maury, le Jésuite, Mariani ou la belle fred Nolane, méritent la découverte), des fonctionnaires en proie au doute parce que sans moyens et livrés à la vindicte populaire, que l’attaque vienne de gratte-papiers en quête de scoop ou de politiques dont le boulot consiste essentiellement à protéger leurs arrières.
Il y a cette lutte, par à-coups, sur le long terme, contre un homme de la trempe de Victor Menconi, véritable tête à penser de la mafia…
J’espère sincèrement qu’il ne s’agissait pas, pour l’auteur, policier à la retraite, d’exorciser une vieille affaire et que ce premier roman en appellera d’autres qui allieront avec le même panache réalisme et romanesque.