Si, comme l’affirme Victor Hugo, « L’être est la somme de ce qui a été » (bon, lui, il le disait sans doute mieux), de quels choix dispose-t-on en ignorant tout de ce qu’on est ?
Paul Cole, acteur en tournée qu’un mauvais coup reçu en plein adultère a rendu amnésique, se réveille dans une chambre d’hôpital à plus de mille kilomètres de chez lui, quasiment sans souvenirs et sans argent. Les dernières réminiscences de cet homme perdu tiennent entièrement dans un portefeuille dans lequel se trouve la perspective d’un état-civil, d’une adresse et d’un corps de métier.
Nanti de ces maigres renseignements, l’handicapé se fixe l’objectif de renouer avec son ancienne vie, seule possibilité selon lui de retrouver la mémoire…
Avec Mémoire morte, quête identitaire d’un pauvre hère, l’auteur ne nous épargne rien de la façon dont notre société déshumanisée traite les inadaptés (mention spéciale aux administrations), n’offrant aux laissés pour compte qu’un repli sur soi menant à la dépression. Au point, le comble pour un ancien queutard, de tomber amoureux d’une fille quelconque dont la seule distinction aura été de lui témoigner un peu d’affection.
Si j’en crois la rumeur, il aura fallu un déménagement pour que ce magnifique roman, conté dans un style simple et efficace laissant la part belle à la psychologie, sorte de sa boite.
Le génial créateur de Parker et Dortmunder se serait-il mépris sur l’expression « faire un carton » ?
