NID DE VIPÈRES, ANDREA CAMILLERI (FLEUVE/NOIR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "NID DE VIPÈRES, ANDREA CAMILLERI"On ne présente plus Andréa Camilleri, cet italien de 92 ans qui popularise à travers ses romans le commissaire Montalbano. Se déroulant dans la province imaginaire de Vigata en Sicile, c’est toujours un plaisir non dissimulé que de retrouver Salvio Montalbano dans ses aventures alambiquées mises en scène par un écrivain très prolifique.

Adaptées à la télévision avec une trentaine d’épisodes, on ne peut s’empêcher de penser à Luca Zingaretti qui prête ses traits au fameux commissaire.

Avec Nid de vipère, on n’échappe pas à la règle et à ces images déjà vues. En effet, cet épisode a déjà été tourné et diffusé sur France 3 il y a un an. Retrouver la fine équipe, Mimi Augello, Fazio, l’inénarrable Catarella, le fantasque légiste, le Docteur Pasquano et la très belle Livia, la fiancée de Salvio est d’autant plus facile qu’on a l’impression de déjà les connaître pour les avoir vus sur le petit écran.

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Une mention toute particulière au traducteur Serge Quadruppani, parce que traduire un Camilleri et rendre cette atmosphère très particulière est une gageure dont il se tire avec brio. Un scénario de Montalbano, c’est quelque chose de particulier. On n’est pas en Italie, on est en Sicile, et ça fait toute la différence ! Nonchalance et art de vivre à la sicilienne, Salvio Montalbano est avant tout un épicurien pour qui la bouffe est primordiale. Le temps du repas est aussi sacré que la religion ; les bons ingrédients, la bonne cuisson, le bon assaisonnement est obligatoire, car il faut bien vous dire que le Commissaire Montalbano est une institution, un personnage charismatique, et un fin enquêteur que rien ne détourne de son objectif premier, mais seulement une fois que le ventre est plein. Têtu et quelquefois déroutant (demander donc à sa copine Livia), il parvient toujours à ses fins lorsqu’il a mangé à sa faim, en prenant surtout son temps et en empruntant quelquefois des chemins très détournés.

Le quart d’heure sicilien (ceux qui sont déjà allés en Sicile comprendront) n’est pas une légende et dans cette histoire d’usurier, de meurtre, et de maîtresses cachées, Salvio et sa bande auront bien du grain à moudre. Pour une fois, on ne parte pas trop des Sinagra , mafia locale  et pourtant, la haine, l’amour , le bien, le mal ont des visages bien différents.

Liens complexes de la famille au cœur de ce roman, Andréa Camilleri nous prouve qu’il n’ a rien perdu de sa verve, de son écriture et nous livre une fois de plus une vision de la condition humaine sans beaucoup d’illusion. Son style semble léger comme d’habitude, mais sa façon de décrire presque en souriant, les travers des êtres humains en fait un acteur incontournable du roman noir italien.

Vous l’avez compris, je suis fan des aventures de Montalbano, ne serait ce que pour cette façon bien particulière de nous faire pénétrer cette culture sicilienne ou il fait malgré tout bon vivre, dans une certaine nonchalance et malgré des individus répugnants.

Salut à toi ô mon frère, Marin Ledun (Série noire-Gallimard) par Le boss

Résultat de recherche d'images pour "Salut à toi ô mon frère"C’est assez déconcertant cette facilité qu’a l’auteur de sauter du coq à l’âne avec ses écrits. Et c’est tant mieux, la surprise est toujours au bout des mots…

Bon prenons l’auteur, à première vue, soit vous l’avez rencontré soit vous l’avez lu, soit vous vous avez vu des photos… Et donc c’est pas franchement le gars que t’invite pour rigoler… Docteur en je ne sais plus quoi, écrivain sérieux, se battant pour des causes sérieuses, bref, mais si vous aviez fait attention, son deuxième livre sur l' »eta », recelait des perles d’humour. Mais soit.

Marin est il le gars qu’on invite au bar pour nous raconter des blagues ? Est-il le joyeux luron de votre mariage ? L’ami qui fait rire au repas de famille ? L’homme possédant toujours un coussin péteur dans sa poche ? Pour les anniversaire de vos enfants, le clown parfait….etc. A priori non !!! Ceci dit, c’est mieux ainsi….

Et voilà que notre poule préférée nous balance à la tronche ou nous pond plutôt, un livre décapant, à l’humour cynique et sardonique.

Humour humour, oui mais au vitriol. On rigole beaucoup par les situations cocasses, les réflexions d’une smala folle de sagesse. Mais c’est aussi un livre lettré, érudit, j’en reste impressionné. Vous pouvez donc lire, vous cultiver et rire de bon cœur tout en réfléchissant aux problèmes de fond que pose l’auteur. Évidemment qu’il y a le rire, sinon c’est à pleurer de voir cette bêtise ambiante si bien retracée que l’on côtoie tous les jours qu’un mec en haut fait, ou bien en bas, on se le demande parfois…

On retrouvera les thèmes chers à l’auteur, dont il soupoudre ses livres depuis longtemps.

Bon cela reste un crève cœur le titre, vu que j’ai horreur des bérus… Mais bon, j’en reste assis tranquillement sur mon humble postérieur, quel putain talent, et j’aurai pas misé un kopeck sur ce livre.

On attend une suite, et vite, les livres noirs et remplis d’humour ne sont pas foisons.

Achetez le ou pendez vous !!!

Les chiens de chasse, Jørn Lier Horst (Gallimard), traduction de Hélène Hervieu

Est il normal de se méfier de ce qui vient d’en haut ? Oui en général !!!

En mode moonwalk je suis donc renté dedans… Et j’en suis sorti en dansant le twist, bien guilleret, j’avais loupé le premier, je ne louperai pas les autres.

C’est  écrit finement, par contre c’est pas un livre d’action, on oscille entre chaque chapitres, entre le père et la fille, tous deux en quête de vérité sur une vieille  d’affaire…

Le père la fille le père la fille, le père la file la fille la fille, etc. voilà comment le livre se découpe jusqu’à la la fin, vous noterez, que parfois la fille a deux chapitres pour elle^^, ah la parité !

Bon c’est un police procédural, c’est à dire pour Perrine qu’on suit l’enquête pas à pas à travers les pensée du flic et de la manière dont se déroule  une enquête, de la base jusqu’au jugement. C’est le rebondissement d’une vieille affaire qui démarre le livre. Aurait-on emprisonner un innocent ? On ajoute à cela une enquête en cours aussi, sur une disparition. Beaucoup de nouveaux éléments au cours de la lecture viendront semer le doute dans l’esprit du lecteur.

L’auteur nous balade pas mal, il est doué le bougre, pour nous mettre sur des fausses pistes du début à la fin. C’est la force du livre avec aussi son écriture paisible, cool, le nord quoi !

Il y a cette force de cet écrivain, à ne pas nous faire lâcher ce livre. Cette alternance de chapitres ainsi que de révélations sur l’affaire, entre fille et père, est assez réussie.

Histoire de… condé qui découvre que peut être il y a eu un hic, on va partager les doutes. Fille et père,  à la poursuite d’une vérité. Nous avons donc deux différentes avancées tout au long du livre, tout en se posant la question : putain de bordel de merde, ils  y arrivent ou bien ?

Vous lirez !

Dix-sept ans après son incarcération pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecilia Linde, Rudolf Haglund retrouve la liberté… Et son nouvel avocat affirme être en mesure de démontrer que Haglund a été condamné sur la base de preuves falsifiées.
William Wisting, à l’époque jeune policier en charge de l’enquête, est devenu une figure exemplaire et respectée, incarnant l’intégrité et les valeurs d’une institution souvent mise à mal dans l’opinion publique.
Au cœur d’un scandale médiatique et judiciaire, suspendu de ses fonctions, Wisting décide de reprendre un à un les éléments du dossier. Les policiers auraient-ils succombé au syndrome des «chiens de chasse», suivant la première piste que leur indique leur instinct, au risque d’en négliger d’autres, et s’acharnant à étayer leurs soupçons pour prouver la culpabilité supposée de leur «proie»? Ou l’enquête aurait-elle été manipulée ? Mais par qui, et dans quel but ?

Avant la chute, Noam Hawley (Série Noire)

Cela démarre très fort pour ne jamais en finir !!! Enfin si, il y a une fin, comme tout à chacun, toi qui me lit, un jour tu mourras… Bon,  ceci dit, vous avez ou aurez un ouvrage, très dense entre vos petites  minimes.

Conseil du jour tant qu’a acheter un livre, prenez celui là…

Il faut suivre ce garçon, bordel de merde, ce Noam Hawley est un génie, du cinéma à l’écriture donc et prévoyez du temps, cela ne se lit pas comme un vulgus livrus comme on en lit tant.

Ce livre a le mérite d’être à la fois un roman , une critique sociétale fine et d’aborder l’humain dans tous les genres. On passe du salopard de Bourge à l’artiste en quête de rédemption, à la femme soumise, celles  aux vies dissolues, à des vies  toutes simples ou presque…

On disait donc critique sociétale, avec une belle analyse de la tenue de l’information  et de sa manipulation. Passer d’un héros à une merde en trois coup de cuillère à pot. On se croirait à la Fox, toute ressemblance serait fortuite….

Prenez donc un homme qui survit à un crash d’un avion, il récupère un enfant lui aussi seul survivant et nage à s’en faire péter les côtes jusqu’à la cote. Mais qui est cet homme ? Dernier passager impromptu d’un vol privé jusqu’à son crash. Crash dont on ne sait rien, et qui nous vaudra de passer, tous les passagers et le personnel au crible. Cela avec des chapitres qui leurs seront dédiés et qui alterneront avec un récit au présent.

Avant d’en venir à une fin, très surprenante, l’auteur va nous malmener pendant plus de six cent pages. Mais ce n’est pas un livre facile, pas un « derviche turner ».  C’est un bouquin profond même si le fil conducteur passera par la vérité sur le plongeon dans l’avion in the sea.

Un soir d’été, onze personnes embarquent à bord de l’avion privé de David Bateman, un magnat de la presse. Onze privilégiés, dont Scott Burroughs, un artiste peintre sur le retour. Seize minutes plus tard, l’avion s’abîme en mer, entre l’île de Vineyard et New York. Deux personnes survivent miraculeusement à la catastrophe : Scott, et JJ Bateman, quatre ans, désormais orphelin et héritier d’une immense fortune.
L’enquête sur les circonstances du crash débute sous le feu des projecteurs et la pression médiatique menace de rendre la situation incontrôlable. D’autant que les investigations révèlent d’étranges coïncidences, qui semblent indiquer que le drame n’est pas un simple accident. Les passagers se sont-ils vraiment retrouvés par hasard sur le même vol ou leur rencontre résulte-t-elle d’un plan machiavélique ?

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Les derniers mots, Tom Piccirelli (Série noire – Gallimard) par le boss

Résultat de recherche d'images pour "tom piccirilli les derniers mots"Découvert avec La rédemption du marchand de sables, je ne m’attendais pas à retrouver l’auteur de si tôt, avec le début d’une trilogie de plus. Livre culte, que celui sus cité, c’est avec envie que je me suis tapé celui-là, (Marin, désolé tu passes après….)

La rédemption, la faute, cela a l’air d’être un thème récurrent chez l’auteur. On devrait l’allonger sur un canapé et le faire parler ou avec une gégène, bref.

L’auteur a toujours la pêche, et une sacrée. Bienvenue dans une famille, pour le retour du frère prodigue… Une intrigue rondement menée, de l’humour, beaucoup de questionnement, d’introspection, bref Tom balaye un grand coup oscillant entre le sens de la famille et de  toutes les palettes émotionnelles liées. 

La grande force de ce livre, au delà d’un scénario non convenu, c’est l’histoire de cette famille de voleurs, du grand-père au bisaïeul « elvis vers cela ». Des personnages bien épais, sur une trame qui ne se dévoilera qu’à la fin. Une putain de fin par ailleurs, je mets au défi les lecteurs de la trouver avant, ou bien d’avoir un soupçon. D’intrigues en intrigues se superposant diablement tout en s’entremêlant comme deux serpents, c’est presque un alexandrin !!!

L’écriture est riche, les dialogues de même, tout est calibré au millimètre prés, pour un plaisir de lecture noire d’une grande maîtrise. (Putain on dirait une pub pour un café !) 

La fille qui brûle, Claire Messud (Gallimard) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "La fille qui brûle, Claire Messud"La fille qui brûle est le 5ème roman de Claire Messud publié chez Gallimard et l’occasion pour nous de présenter la voix singulière de cette romancière américaine, née d’un père français et d’une mère canadienne, déjà remarquée pour Les enfants de l’empereur ou La femme d’en haut. C’est d’ailleurs à ce dernier roman que l’on peut rattacher La fille qui brûle puisque ces deux textes ont en commun de se pencher sur la condition féminine aux Etats-Unis.

Julia et Cassie ont grandi dans la petite ville de Royston, Massachusets, et sont amies depuis toujours. L’âge aidant, leurs envies les emmènent à la recherche de nouvelles sensations, qu’elles pourront trouver dans un ancien asile situé en pleine forêt, à proximité de Royston. Là, les jeunes filles peuvent donner libre cours à leur imagination et s’inventer des vies plus intéressantes et dangereuses que la leur. Mais l’adolescence approche, les amitiés se ternissent, les fils se distendent et les deux jeunes filles vont peu à peu se perdre de vue, suivant des chemins radicalement opposés. C’est par le récit de Julia que l’on suivra le parcours de Cassie qui, de conflits familiaux en mauvais choix, finira par devenir l’ombre d’elle-même, avant de disparaître.

Loin de se résumer à un énième roman sur l’adolescence et la perte des illusions, La fille qui brûle vaut surtout par le tableau que dresse Claire Messud de la société américaine et le sombre constat qu’elle fait de la difficulté pour les femmes de mener leur vie comme elles le souhaitent. La différence essentielle entre Julia et Cassie réside dans le cadre familial. Alors que Julia grandit entourée de ses parents qui l’aiment et savent l’écouter comme la conseiller, Cassie vit seule avec sa mère pendant des années, à subir mille fois le récit de la mort de son père. Lorsque sa mère rencontre le docteur Shute, Cassie ne se doute pas que celui qui va devenir son beau-père emmène avec lui le début de ses ennuis.

A travers les portraits de Bev (la mère de Cassie) et de son nouveau compagnon, Claire Messud égratigne violemment la religion et ceux pour qui elle n’est qu’un moyen de diriger la vie des autres. La famille en prend alors pour son grade mais la société aussi, à l’échelle de Royston en tout cas.

Pendant quelque temps, la ville a spéculé, analysé, calculé, imaginé. Tout le monde voulait une histoire, une histoire avec une intrigue, avec un mobile, un suspense et sa résolution. (…) Un cadavre aurait donné la meilleure histoire, celle qui aurait eu la vedette, et nous aurions tous pu être effondrés, choqués, emplis de remords et – trop tard – d’amour.

Rares sont ici les adultes dignes de considération, la plupart se contentant de détourner le regard ou de colporter des rumeurs quand un soupçon d’empathie aurait pu permettre à Cassie de choisir une autre voie. Mais, à travers le regard de Julia, on comprendra aussi que, même entre adolescents, l’incompréhension dresse parfois des murs infranchissables et que la transition vers l’âge adulte se vit la plupart du temps seul(e).

Roman sombre mais pas désespéré, La fille qui brûle nous offre un beau portrait de jeune fille en lutte avec le monde comme avec sa famille, une adolescente qui veut avoir la main sur son destin et ne pas se laisser étouffer sous le poids des contraintes familiales et sociales. Le propos est acerbe, l’écriture est juste et excellemment traduite par France Camus-Pichon.

Yann

DU BRUIT SOUS SILENCE, PASCAL DESSAINT (RIVAGES/NOIR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "DU BRUIT SOUS SILENCE"Un petit tour dans le sud au pays de l’ Ovalie, ça vous dit ? C’est ce que nous propose Pascal Dessaint dans cet ouvrage écrit déjà il y a une vingtaine d’année. Tout ce que vous voulez savoir sur le rugby sans jamais vouloir oser le demander, c’est un peu ce que vous trouverez au cœur de ces pages. Explications et traditions, une plongée en apnée  nécessaire dans ce milieu sportif suite au meurtre d’un de ses plus brillants éléments du RCT (Racing Club Toulousain).

Une intrigue donc et une opposition entre le nord et le sud symbolisée par nos deux enquêteurs, l’un de la région toulousaine (Benoît Terrangle) ayant pratiqué le rugby et l’autre fraîchement arrivé de Dunkerque (Elie Verlande). Opposition de culture, de climat, de style de vie, de compréhension dans une région, une ville, un département ou tout tourne autour du rugby et de son club phare.

Maurice Tamboréro (pas Cambérabéro hein), star de l’équipe toulousaine, habitué aux combats sur le rectangle vert et aux ballons difficilement maîtrisables, se prend une dernière balle, en plomb celle là, qui va le laisser sur le carreau sans combattre.

Le pire dans tout ça, c’est que l’enquête est confiée à un «étranger», un dunkerquois qui ne connaît rien aux subtilités de ce jeu et aux coutumes locales.

Ecrit  par un auteur natif du nord et toulousain depuis 1984, ce crime commis dans un univers particulier est pour Pascal Dessaint l’occasion de défier bien des préjugés. En pleine évolution et professionnalisation, le monde  du rugby évolue, l’argent est de plus en plus présent certes mais surtout, surtout, les athlètes ne sont pas que des tas de muscles sans cervelles. Il décode de façon fort adroite, certains diront professoral, cet environnement passionné et explosif aux multiples tenants et aboutissants. Dans cette ville dite «rose» ou coule la Garonne et ou plane l’esprit de Nougaro, le vrai tempo est donné par le RCT, ses stars et ses couleurs rouges et noires.

Nos policiers sont comme dans de nombreux romans, fragiles et traînant leurs problèmes avec eux. Ils vont se trouver confrontés à la loi du silence et seront des plus perplexes un bon moment. Elie en particulier mettra un certain temps avant d’apprivoiser cet environnement. Sexe, argent, starisation, entre enquête crédible et originale, la narration m’a quelque peu dérouté par instant avec au sein d’un même chapitre, des passages d’une période à une autre et d’un acteur à un autre !

Ce roman à la thématique plus sociale qu’il n’y paraît à priori fut pour moi une bonne porte d’entrée pour découvrir l’écriture de Pascal Dessaint rencontré au Bloody Fleury en février 2018. Republié dans la fameuse collection Rivages/noir en mars 2017, mais datant de 1999, je suis sûr que depuis l’auteur a  perfectionné son art pour nous offrir des histoires encore plus incisives et percutantes !

JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET (JIGAL POLAR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET"Court, dense, noir et pratiquement sans illusion, ce troisième écrit de Philippe Hauret tout en restant dans la même thématique que les deux précédents, le noir sociétal, est cette fois ci différent. Pas de meurtre, pas d’enquête, juste la rencontre d’individus ou plutôt le croisement de deux couples que tout semble opposer.

L’auteur est doué pour mettre en pleine lumière notre monde moderne et déliquescent où se débattent femmes et hommes pour survivre et parer au plus pressé. Lobotomisation des esprits rincés à longueur de journée par les chaînes d’infos en continu, asservissement au travail qui sert juste à se payer au mieux un toit, de la viande hachée pour se nourrir, et du pif pour oublier la médiocrité de l’existence, c’est une mécanique sournoise et bien en place qui régit le semblant de vie de Lino, employé anonyme d’une grosse boîte sise au 37éme étage d’une tour parisienne. Sa rencontre avec Jessica, jeune femme SDF à la beauté sauvage et rebelle, va venir bouleverser son petit univers réglé de tranquillité et d’incertitudes larvées.

Profond et pernicieux dans son récit, Philippe Hauret excelle dans sa description brute et sans pommade  d’un monde aux valeurs très relatives dans lequel trône toujours en haut de la pyramide le Dieu «Argent». En son nom, l’homme est capable de tout : écraser les autres pour en obtenir plus, le tout pour ma gueule est plus que jamais d’actualité et qu’importe les moyens. Que ce soit la puissance des fonds de pension américains, la menace par une arme ou la séduction dolosive, dormez braves gens et surtout ne pensez à rien, on s’occupe de tout !

Destruction du lien social par la perte du travail ou la violence, des rêves se brisent de la première  à la dernière page. Même riches, vous n’êtes pas à l ‘abri, peur d’être volés, de ne pas en avoir assez, de ne pas pouvoir obtenir ce que vous voulez par de vils jeux de faux pouvoirs, l’auteur dresse un constat amer sur la difficulté des nantis dans un monde de pauvres, et des pauvres dans un monde de riches à la tentation permanente. Melvin, jeune businessman, son pognon et sa Charlène d’un coté, Lino et Jessica de l’autre, vont traverser ce roman dans une réflexion sur la vie, la mort, la fatalité, et la course au bonheur dérisoire d’une vie meilleure.

« La vie est courte, imprévisible, dangereuse ». D’enfances brisés qui peuvent conditionner une vie en passant par une satyre des bourgeoises botoxées, liftées dont le seul « métier » est de faire fondre la carte bleue, Philippe Hauret ne nous épargne aucune réduction à sa vision sombre et étouffante de la société inhumaine.

On n’hésite pas à tous les niveaux à laisser les gens sur le carreau et on ne se rend même pas compte que ces actes auront une incidence désastreuse sur la vie des autres ! Quelques jolies tournures comme « vieux bambou desséché » ou « caviste = librairie à jaja » viennent égayer un contexte général des plus moroses.

En voulant ouvrir les yeux et modifier leur destinée, Jessica, Lino, Melvin, Charlène, subiront bien des bouleversements. Encore une superbe réussite, noire à souhait, publiée chez Jigal qui devient décidément un spécialiste des romans courts et coup de poing dans cet univers bien particulier qu’est le noir sociétal (Hauret, Bablon, Otsiémi, Martin etc….). Bravo et mention particulière à la superbe couverture !

Ah , dernière chose Monsieur Philippe Hauret, et là, c’est le caviste qui parle, un Bourgogne rouge à 4€ la bouteille, tu peux toujours courir… Même avec un guépard aux trousses… (sourires).

La 6ème extinction, James Rollins (Fleuve Noir) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "la sixième extinction rollins"Premier contact pour moi avec la «Sigma Force» et l’univers de James Rollins, dixième opus né de l’imagination de  l’auteur. Même si j’ai entendu pas mal de réflexions genre «roman de gare» etc…, en m’y plongeant sans arrières pensées, je vous avouerais humblement qu’au vu des 80 premières pages, oui, j’ai eu peur devant une apparente banalité du scénario maintes fois vu au cinéma ou lu dans diverses œuvres !

Une station de recherche, isolée et secrète, nichée au fin fond de l’ouest américain laisse échapper quelque chose de particulièrement virulent en même temps qu’un SOS inquiétant «Tuez-nous tous» est lancé sur les ondes. Du déjà vu, du réchauffé me suis je dit, pas très original.

Juste le temps de rencontrer Jenna, ranger californienne et Nikko, son chien binôme, de faire connaissance  avec les membres de la Sigma force et de se familiariser avec ses personnages (Gray Pierce , Lisa etc…) ; pour finalement réaliser que cette mise en route proposée par l’auteur est obligatoire, au vu des événements qu’il va soumettre à notre sagacité.

Après avoir craint le pire, je reconnais m’être trompé lourdement et je me suis laissé emporter avec plaisir et sans aucun soucis dans ce gros pavé de 580 pages. Des protagonistes plein de ressources et de charisme auxquels on s’attache très facilement dans cette histoire riche et pas si improbable que ça. Entre Jurassic Park, Indiana Jones, Jules Verne, King et Crichton, ce roman va à l’allure d’un TGV lancé à pleine vitesse (tiens ,on reparle de gare). Mystérieux avec des rebondissements multiples, des vérités scientifiques ou une bonne dose de fiction, l’auteur emploie les grands moyens, un talent certain, et une maîtrise parfaite pour emmener son lecteur dans un tourbillon d’aventures plus exaltantes les unes que les autres.

Le combat pour la vie ou plutôt pour la survie est âpre, sans appel et chronométré. Se déroulant sur plusieurs niveaux, dans l’Ouest américain et ses paysages sublimes, en Antarctique et son rude climat, sur le continent sud américain au cœur d’une canopée luxuriante, c’est une lutte sans merci pour nos héros de la Sigma Force.

Documenté, réaliste et bien au cœur des nouvelles technologies, ce roman distrayant vous en apprendra beaucoup sur les ARN, ADN et AXN. Ce livre transpire à chaque page d’une science en mouvement qui fait peur, d’apprentis sorciers cherchant à manipuler l’évolution déjà en marche, d’une 6ème extinction programmée, de révélations faisant froid dans le dos et surtout d’un futur proche qui ressemble de plus en plus à ce que nous vivons ! Ecologie et luttes souterraines se déroulant au fin fond des laboratoires, subventionnées par des organismes privés aux motivations nébuleuses, James Rollins aborde une foule de questions toutes plus existentielles les unes que les autres. Il enfonce d’ailleurs le clou à la fin de son livre ou sur 15 pages hors roman, il nous livre ses sources et ses vérités, ses notes historiques… Encore plus glaçant !

Alors, toujours un roman de gare ? NON, une vraie aventure étayée par un travail de recherche sérieux, sur lequel viennent se greffer nos héros de la Sigma Force. Une histoire darwinienne, riche et addictive ; un très bon moment pour passer de longues heures heures de lecture tranquillement installé chez vous, au creux de votre fauteuil, et qui m’aura donné envie d’aller mettre mon nez dans les précédents livres de James Rollins. Mission accomplie !

Derrière les panneaux il y a des hommes, Joseph Incardona (Finitude, Pocket) par Seb

Résultat de recherche d'images pour "Derrière les panneaux il y a des hommes"« Les rafales de vent portent dans leur sillage l’odeur stagnante provenant des toilettes. En ce moment, il existe ailleurs des milliers d’endroits plus agréables où passer l’après-midi. C’est un des grands mystères de l’humain que l’abnégation. Ce qu’on est capable de s’infliger par inertie – l’existence serait une sorte de prison, séquestré malgré soi dans un lieu et un temps déterminés -, ou par choix – dans ce cas, il serait question de rigueur morale, le sale boulot que quelqu’un doit bien exécuter pour qu’un minimum d’organisation sociale puisse subsister. Thanatopracteur, croque-mort, ambulancier, égoutier, infirmier. Flic. 

Cet exergue plante le décor. Quelle brillante analyse du métier de flic. On sent tout de suite que l’auteur a bien cogité sur le sujet. Mais ne vous y trompez pas, ce roman très noir n’est pas un ouvrage sur les flics. Non. C’est un livre qui parle de la douleur. La Grande Douleur, l’ineffable, l’inénarrable, l’indicible. Celle qui efface tout, qui désagrège, celle qui éteint tout. Qui fait de vous une simple enveloppe inerte, une coquille vidée de toute vie, un ersatz à peine agité de soubresauts, un condamné attendant la mort. C’est aussi un exercice difficile sur la différence et les multiples visages de ce que l’on nomme « le mal ».

L’histoire. Nous sommes quelque part en France, plutôt au sud. Le long ruban frénétique de l’autoroute. L’autoroute et son petit monde bien à lui, ses stations, ses aires, ses humains et ses spectres. Ses saisons et ses grandes migrations, et ce vide, si grand, si profond. Pierre écume l’autoroute depuis six mois. Il vit avec Ingrid. Pierre était un homme brillant, un légiste. Un jour, sur l’autoroute, alors que tout allait bien et que la vie semblait leur envoyer un beau sourire, alors qu’ils faisaient une halte, on a enlevé leur fille. Elle n’avait pas douze ans. La fin d’un monde, le leur, la fin de l’innocence, celle qui leur avait fait croire qu’ils pourraient passer entre les gouttes de la misère du cœur. Depuis Pierre est mort, il ne respire que pour trouver celui qui a ôté leur enfant de leur vue, de leurs mains, celui qui leur a interdit à jamais le parfum de Lucie. Il ne leur reste que le pouvoir de la mémoire, la magie du souvenir, et ça fait renaître des vagues douloureuses, le ressac de l’enfer. Tandis que Pierre chasse le prédateur, Ingrid se délite dans leur appartement. Elle agonise à petit feu, elle tient le coup juste le temps nécessaire pour que son homme fasse justice. Parce que Lucie était la deuxième à disparaître sur cette portion de bitume, Pierre est certain que « la bête » est toujours là, qu’elle sévit et qu’elle va encore frapper. Alors, à ce moment-là, il se rapprochera un peu plus du monstre, et la boucle sera bouclée.

Je n’ai pas l’habitude d’annoncer des coups de cœur en veux-tu en voilà. Ce bouquin en est un, un vrai, un beau, tonitruant de noirceur, tellement sombre qu’il fait plier la lumière. Ici, entre ces pages crasseuses et poisseuses, nous sommes dans l’égout, au milieu des miasmes et des papiers gras, surnageant dans la pestilence des vies brisées, des névroses et des injustices. Mais tout cela est porté par une écriture sublimée, tantôt précise tantôt brute, mais jamais vulgaire. Les formules, on se les prend en pleine face, les désirs, on les éprouve, les obsessions, on les sent nous bouffer de l’intérieur. La détresse elle, nous encercle, elle ne nous laisse aucun espoir ; d’une certaine manière l’anéantissement de l’espoir est une libération, le moyen fatal d’accomplir le travail, d’aller au bout. Un but, une mission, se focaliser sur la cible pour ne pas trop penser, ne pas trop réfléchir à autre chose qui serait trop douloureux, ne pas risquer de faiblir et rater l’objectif. Viser le cœur de la « chose » et ne surtout pas la louper, et une fois cela fait, tourner et tourner encore la lame dans la plaie. Pour l’éternité. Pour Lucie.

Je n’ai pas souvenir d’avoir croisé récemment une telle plume, si dense, si épurée et si fatale. Je pourrais, pour la décrire, lâcher une stupide logorrhée d’onomatopées, mais comme vous méritez mieux, et que le livre mérite mieux, je vais faire un effort. D’abord l’écriture, elle porte tout, et les personnages font le reste du boulot. Pierre, Ingrid, Pascal, Julie, même le personnage très secondaire de Jacques Baudin, tous sont là, devant nous, bien réels, de sang et d’eau, d’os et de doutes. Et tant de douleur.

Ingrid, la pauvre Ingrid, rongée par le regret, par toute la peine du monde. L’auteur a cette phrase pour elle : Une belle femme qui tombe tout en bas, c’est encore plus avilissant. La beauté n’a pas le droit de se meurtrir. »

Les personnages ici sont tellement travaillés, ça mérite un beau coup de chapeau. J’ai l’impression maintenant que j’ai fini ce roman, que chaque personnage est une peinture qu’un artiste a achevée et que tous ces gens sont là, dans la même pièce, pour jouer le grand drame. Ils pèsent de toute leur histoire, influent de leur caractère, de leur vécu, transpirent leurs aspirations et leurs grandes déceptions. Si vous avez lu pas mal de bouquins, vous savez que ce n’est pas facile à faire, donner ce corps, cette épaisseur à un personnage. Certains mettent le paquet sur le héros, celui qui est devant, sur la scène, avec la lumière du projo sur la gueule. Et puis ils délaissent les autres, des faire-valoir, ils les esquissent juste, parce qu’ils pensent que ça ne sert à rien, ou bien parce qu’ils ont tout donné sur le premier d’entre-deux. Pas dans ce roman, chacun a droit à sa part de dignité, de secret, de doutes, d’humanité quoi !

Comme Gérard Lucino, ce gérant de restos d’autoroute en bout de course qui a réussi l’exploit banal de s’asservir, comme tant de ses semblables, d’être son propre esclave, de courir après le temps trop rapide, après l’argent jamais suffisant. Bateau fantoche à la dérive sur un océan de vacuité.

Et Pascal, le mystérieux Pascal. Lui, il vous donne la définition parfaite du mot discipline. La discipline, le geste juste sur la durée.

L’acuité avec laquelle l’auteur nous décrit ce couple, qui se restaure au bord du grand ruban noir. Un couple qui bat de l’aile. Marc n’est pas très futé. Pas complètement con non plus. Sa femme est Bac plus 4 et il la soupçonne de préférer ses abdos à son point de vue sur la politique intérieure du pays.

Il y a aussi la sensuelle capitaine de gendarmerie Martinez qui s’exclame hors d’elle : La vie est un foutu laboratoire !

Joseph Incardona va très loin dans son observation des tares humaines, des souffrances, des coups bas de la vie (ce foutu laboratoire !) et de la manière dont nous les gérons. C’est une descente aux enfers, ou plutôt un « grand huit aux enfers » tant nous sommes bringuebalés sur l’échelle des émotions. La canicule qui écrase l’autoroute, le côté désœuvré et abandonné des lieux, ses personnages de passage lunaires, tout concourt à poser une chappe de plomb incandescent sur le récit et l’atmosphère.  Nous sommes écrasés.

Il parvient avec une saisissante aisance à passer du presque trash à une belle poésie, empreinte de sensibilité et de pudeur. C’est page 159 : Il y a encore un corps, le sien, qui lui fait mal alors qu’elle n’est déjà plus là. Elle est le déchet d’une étoile morte brillant encore à des années-lumière, froide à elle-même car tout ce qu’elle avait à donner a été brûlé. » Ça envoie du lourd hein !

Dans cette histoire, vous allez en prendre plein la gueule, mais vous allez en redemander. Allez comprendre…

Un grand roman, vraiment excellent, abouti et fignolé jusque dans ses détails. Du bel ouvrage servi par un style alternant percussions et lyrisme. Je remercie Sébastien Lavy, de la librairie Page et plume à Limoges pour m’avoir conseillé et offert ce putain de bouquin. Vous la voyez la différence entre un vrai libraire et…les autres ? Je suis sûr que oui.

À travers son récit, l’auteur se livre aussi à une analyse de la société, notamment de ce qui la fait bander. Je vous laisse avec ce dernier extrait qui met en scène un journaliste, c’est ciselé. C’est beau le renoncement. Une plaine à l’aube balayée par le vent. C’est paisible. On peut marcher sur cette plaine, la traverser et même continuer. On est libre. Soudain, on est libre. Paradoxe du renoncement : devenir meilleur dans ce qu’on fait et quoi qu’on fasse. Traquer le scoop, le morbide, le sensationnel : pornographie. Chacal est devenu bon, très bon, depuis qu’il a quitté ses idéaux. Devenir cynique, dans le sens de l’amertume, est une défaite laissant une incroyable latitude, un espace de création, d’improvisation, d’inventivité inouïe. Dans le pire, on peut trouver d’infinies déclinaisons que la tendance vers le Bien nous refuse, parce que c’est banal. Joie banale. Bonheur banale. C’est le mauvais qui intéresse. La chute. L’enfer.

Entrez sur l’autoroute, mais vous êtes désormais prévenus… Il fait très sombre sur le bitume.