SARA LA NOIRE, GIANI PIROZZI (RIVAGES /NOIR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "SARA LA NOIRE, GIANNI PIROZZI"Guillermo, Hafzia, Djibril sont les trois personnages qui vont vous accompagner le temps de ces 198 pages de roman noir. L’un, flic aux origines gitanes est Guillermo, le second est une petite raclure pas encore majeure sortant de prison, et Hafzia, étudiante musulmane marocaine plutôt brillante battue par son homme qui l’a attirée en France.

Des individus qui n’ont aucune chance de se croiser et qui pourtant par le truchement des hasards et du souffle du destin vont se croiser pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire surtout, parce que cette histoire noire et sordide ne laisse aucun répit à la vie et peu d’espérance. Tout au plus un peu d’amour volé et destructeur quand deux de ceux là vont se trouver !

L’histoire démarre en Camargue sept ans plus tôt, ou deux jeunes filles mineures issues d’une famille gitane sont tragiquement violentés. L’une est retrouvée morte, l’autre reste introuvable. Guillermo fait une promesse  à ses parents : retrouver la disparue et apporter une réponse à sa famille.

Dans ce paysage aride aux grandes et vastes étendues, écrasé par la chaleur, on prends tout le pouls de l’honneur gitan et celui du malheur qui s’abat sur la famille Sénégas.

De nos jours à Paris, Guillermo, usé, oscille entre dealer, proxénète et quelquefois flic. Sur le fil du rasoir, l’IGS l’a dans le viseur. Ce qui le fait tenir, la promesse faite sept ans plus tôt, et puis la belle Hafzia qu’il a sauvée des griffes de son mari, pour mieux la faire tomber dans la dope et la faire tapiner. Seul hic au tableau, il ne prévoyait pas de devenir accro à la belle marocaine. Il ne prévoyait pas non plus qu’un Djibril peu mature et manipulable à souhait allait vouloir venir jouer au caïd .

Dans un Paris ou la ville prend le pas sur l’homme, ou Barbès et d’autres quartiers viennent chatouiller de toute leur culture bigarrée nos yeux et notre nez, des tragédies vont se jouer. Paris, ses arrières cours cradingues, ses foyers de nuit pour sans logis, ses tox accros à la came, ses putes battant le pavé et œuvrant dans des clapiers en ruine qui autrefois portaient le nom d’immeubles, ce n’est pas un Paris libéré en filigrane, autre vedette de ce livre, mais un Paris crasseux, sombre et inquiétant .

Dans un tel décor, ça ne peut que tourner au drame, surtout lorsque les pathologies sont lourdes et que les individus sont habités par des haines profondes entretenues par les seules motivations du pouvoir et de l’argent  facile. Tellement classique,mais tellement vrai !

Les immanquables du mois – mai

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Omar et Greg, François Beaune (Le nouvel attila) par Yann

Omar est né en 1971 à Antony. Il est d’ascendance algérienne.

Greg voit le jour à Lyon en 1982. Sa famille est italo-tunisienne.

Ils se rencontrent en 2011 aux portes du Front National avec un projet politique pour le moins surprenant : faire entrer la communauté musulmane au FN.

Marqués par leur jeunesse en ZUP, les deux hommes expliquent leur parcours à François Beaune et c’est au fil de leurs discussions que l’on parvient peu à peu à saisir les motivations de chacun.

Cherchant leur place dans une société française peu désireuse de la leur donner, ils sont confrontés à la réalité de la classe ouvrière et des enfants d’immigrés. Quand Omar devient chasseur de skins à l’adolescence pour lutter contre le racisme, Greg s’engage dans le militantisme aux côtés du FN. Chacun d’un côté de la barrière mais une même rage au ventre et l’envie commune de s’en sortir… Greg affirme son engagement au sein du FN tandis qu’Omar rejoint les Frères musulmans, recruté par Tareq Oubrou, aujourd’hui imam de Bordeaux et médaillé de la Légion d’honneur…

D’échec en déception, sans jamais baisser les bras, chacun suivra son chemin au gré de ses convictions. Mais, au bout de la route, le constat est cruel. Nulle part ils n’ont trouvé cet espace où s’exprimer, les rares possibilités qu’on leur a offertes à l’un comme à l’autre étant rapidement sabotées par des jalousies ou des rivalités. Ni la société civile, ni le monde associatif puis politique ne leur ont permis de concrétiser leurs envies.

Comme le dit Omar, « aujourd’hui, je vote plus, je suis abstentionniste, mais moi je peux dire que j’ai fait le tour du propriétaire. de la gauche de la gauche (…) jusqu’au Front National. La totale. Et aujourd’hui, de par cette expérience, je sais qu’il y en a pas un qui peut porter les aspirations des français ».

Ce portrait croisé organisé en chapitres thématiques (ZUP, Patrie, origines, projet,…) apporte un éclairage inhabituel sur notre société et la façon dont elle conçoit l’intégration. Le constat d’échec est patent même si les parcours des deux hommes sont hors norme et ne permettent pas forcément de généraliser leur expérience. 

Yann

LA DERNIERE COUVERTURE, MATTHIEU DIXON (Jigal) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "LA DERNIERE COUVERTURE, MATTHIEU DIXON"Voir une des ses photos faire la couverture d’un magazine, toucher ainsi la quintessence du métier pour un photographe de presse, c’est ce que recherche tous les jours Raphaël Piérantoni 28 ans et son mentor Bernard Ledrian, 68 ans, rompus à toutes les ficelles du métier pour arriver à mettre en boite The Photo. Seulement voilà, La dernière couverture pour Bernard ne sera pas forcément celle qu’il aurait souhaitée. Un titre et un jeux de mots parfaitement adaptés à ce thriller annoncé « sulfureux » par le désormais célèbre bandeau rouge de cette maison d’édition.

En réalité, ce roman est bien pire que ça ! Matthieu Dixon avec son scénario faussement classique (une photo compromettante à retrouver) nous sert une profonde réflexion sur La presse, quatrième pouvoir tant craint des arcanes du pouvoir. Les collusions entre journalistes et hommes politiques, comme ici entre une présentatrice du journal de France 2 et un ministre de la Justice, ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres de ce qui n’est peut être finalement qu’un écran de fumée. La soi-disant impartialité et liberté de la presse va en prendre pour son grade : «Lorsqu’elle interviewe ce ministre… en réalité elle lui sert la soupe, l’aidant à construire sa carrière et la sienne par la même occasion».

Fort adroitement, l’auteur nous envoie en pleine face des relents nauséabonds de vieilles barbouzes que l’on pensait d’un autre temps ou disparues, agissant au nom de la raison d’état et décrypte un univers fait de faux semblants, de jeux de d’influences et de… sodomies profondes. La vaseline coule à flot pour entuber en douceur le valeureux électeur qui ne sent rien passer et ne voit rien.

Nos deux photographes sont en première ligne et font eux aussi partie du jeu. Mais lequel ? Qui est est qui, quelles sont leurs véritables motivations et sont ils réellement indépendants ? L’auteur sème le doute et passe en revue quelques dizaines d’années de photos chocs, de morts suspectes et de diverses affaires d’état de Pierre Bérégovoy à Diana en passant par la mort de Jean Edern Allier pour ne citer que celles là. Points communs à ces flashbacks, la présence de Paparazzis à chaque fois alimentant les rumeurs… Entre photographes de presse et Paparazzis, la frontière est mince, aussi mince que la porosité entre milliardaires possédant les grands groupes de presse et les informations à divulguer d’une certaine façon. En pleine actualité d’ailleurs avec la disparition de Serge Dassault, possédant de nombreux titres de presse, Comment ne pas être sensible à cette démonstration étayée dans cet opus par un auteur inspiré ou « éclairé »?

Du fond donc, des questions, et une écriture ciselée, limpide, avec une justesse d’observation quand il qualifie le bobo « d’animal narcissique obsédé par le culte du moi… » ou nous révèle l’existence d’officines de banque réservées à une certaine «clientèle très exclusive qui n’aime ni attendre ni se faire remarquer».

Sans illusion et avec lucidité néanmoins, Raphaël en plein flou et en proie à des démons bien tentants affirme «qu’il y a longtemps que je sais que demain n’est pas un autre jour, que c’est la continuité mathématique des emmerdes de la veille». Tout ça à plus de 3 heures du mat svp !

C’est cela la grande force de cette nouvelle pépite Jigal. Un regard acerbe et juste sur une société manipulée jusqu’à l’os, une société embrouillée par des misdirections, à plusieurs niveaux et à plusieurs vitesses. Une enquête vérité et choc dans des milieux inaccessibles du grand public ou un Raphaël séduisant va devoir naviguer en eaux troubles et apprendre vite fait comment évoluer dans ce monde de requins.

Entre les Hommes de L’ombre,série Tv et Ennemi d’état, film Hollywoodien, La Dernière Couverture fait couler beaucoup d’encre sur une profession et ses coulisses et démontre sans équivoque que «le journalisme n’est pas qu’un avantage fiscal». ÉDIFIANT !

Sainte Croix des Vaches, Ravalec (Fayard)

Résultat de recherche d'images pour "sainte croix des vaches fayard"Cela commençait plutôt bien… Vincent Ravalec (dont je n’avais jamais rien lu avant) nous propose ici une plongée dans la ruralité abandonnée par le politique. Un peu comme dans un conte, il nous décrit des agriculteurs, menés par leur maire, ont trouvé différents moyens de survivre, du trafic de produits dangereux à la culture de cannabis. On ne peut qu’être touchés par ces bons bougres, qui ont vu leur chère ville se vider peu à peu (les femmes notamment ont semble-t-il disparu), les contraintes légales et fiscales s’alourdir, le monde s’éloigner peu à peu de leur quotidien.

Bref, Sainte Croix les Vaches a développé un fonctionnement qui lui est propre, assez peu conventionnel c’est certain, mais qui fonctionne et qui est validé par le chaman local alors si lui ne trouve rien à y redire… Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que débarquent deux minettes de Paris, députées, qui ont pour ambition de gagner en visibilité et de donner un coup de pouce à leurs carrières en réalisant un film documentaire sur Sainte Croix, et sur les solutions qu’elles apportent dont la « permaculture sociale » (ça vous donne une idée…).

Si dans les premiers passages ces deux filles m’ont fait sourire, elles sont rapidement devenues insupportables à force de « bullshit » assumé, de réflexions politiques à peine déguisées (elles font parties du mouvement « En avant ! ») et de manipulations en tous genres. Je comprends très bien le propos de l’auteur qui sans doute dénonce là la récupération politique des situations difficiles des français ainsi que le comportement abject de nos chers députés et avec eux de toute la classe politique, mais à dire vrai si je saisis bien l’objectif, l’ensemble m’a profondément ennuyée.

L’humour qui m’a fait sourire dans les premiers chapitres est vite devenu bien trop lourd à mon goût et le propos bien que réaliste m’a finalement donné la nausée à force de me faire répéter à quel point nous sommes manipulés, stupides et écrasés par nos dirigeants (ce que je savais déjà mais le ressasser m’a particulièrement agacée). 

Finalement je retrouvais un peu d’entrain dans les derniers chapitres où les trafics de drogue, la réalisation du film et quelques autres péripéties donnaient un peu d’action, mais j’ai fini frustrée, car le roman appelle une suite et n’est donc pas du tout terminé.

Rencontre ratée avec Vincent Ravalec donc, mais sur les conseils du Juge je ne manquerai pas de m’intéresser à ses autres romans pour ne pas rester sur une mauvaise impression !

Loups solitaires, Serge Quadruppani (Métaillié noir) par Seb

Résultat de recherche d'images pour "loups solitaires quadruppani"« Ce qu’on appelle de manière impropre le plateau de Millevaches (il faut dire paraît-il, la Montagne limousine) est une terre infertile, dont le rendement en blé sera toujours inférieur à celui de la Beauce, circonstance dont un excellent auteur comme Pierre Bergounioux qui s’appuie sur Turgot et les physiocrates, s’autorise pour assigner à ce territoire une seule production remarquable, la mélancolie littéraire. Toutefois, on observera que, comme souvent sous les climats rudes et sur les sols inféconds, il y pousse aussi la mauvaise herbe de la rébellion. Depuis les maçons de la Creuse qui importèrent dans Paris des désirs de révolution, jusqu’aux irréguliers de Tarnac qui furent la cible d’une opération de communication ratée de l’intérieur, en passant par le maquis de Guingoin et ce maire et cet instituteur de la Villedieu qui furent révoqués pour s’être opposés au passage d’un convoi de rappelés de la guerre d’Algérie, un fort taux de fortes têtes s’est maintenu ici, de sorte qu’en rencontrer une sur le bord de la route n’est pas plus étonnant que de tomber sur une vidéo de chat en errant sur Internet. »

Quand j’ai rencontré Serge Quadruppani au salon de l’imaginaire de Bellac (87), j’ai été tout de suite séduit par sa discrétion, son refus de tirer la couverture à lui, son côté lunaire accentué par sa chevelure chenue et volatile et aussi son regard farci de malice. Quelque chose d’indicible me chuchotait au cœur que ses écrits me plairaient. Ce quelque chose à chuchoté juste.

De nos jours, sous nos latitudes. Pierre Dhiboun est un membre des forces spéciales. Il a été chargé par un gros poisson des services de renseignements d’infiltrer un groupe de djihadistes basés au nord du Mali. Mais depuis son retour impromptu en France, il a disparu des radars gouvernementaux. Ses dernières paroles, ses ultimes actes, tendent à montrer qu’il se serait radicalisé et aurait épousé la cause de ceux qu’il était censé espionner. Aux plus hauts niveaux de l’état, c’est la grande inquiétude. Les compétences aigues de l’individu sont telles que la panique affleure sous l’eau saumâtre du pouvoir. Alors que tout ce que le pays compte de services de renseignements se met en quête de Pierre Dhiboun, une mystérieuse officine américano-barbouzienne se mêle à l’aventure. L’intéressé réapparaît au beau milieu du plateau de Millevaches, loup isolé et intrépide, imprévisible et quasi invisible. Des individus peu recommandables, un chirurgien en « burn-out » spécialiste des gallinacés de haut vol, une rousse incendiaire et une femme, général de gendarmerie vont entrer dans la danse pour fabriquer une chorégraphie sanglante et cynique.

Je me suis régalé à la lecture de la prose de Serge Quadruppani. Il y a de la poésie dans ses lignes, et même dans sa vision du monde. Mais si je ne devais conserver qu’un adjectif pour qualifier l’écriture de ce pensionnaire du plateau de Millevaches, ce serait « caustique ». De cet angle-là, ce roman est un vrai bonheur. Ça gratte là où ça démange, ça pique les yeux, ça décape en profondeur, ça égratigne pire que l’aubépine et le monde en ressort plus pur, un peu moins nauséabond. Pas plus lumineux, mais sentant un peu moins la merde. Puisque le livre est caustique à souhait, il est aussi humoristique. L’alliage peut parfois s’avérer instable et péter à la gueule de l’auteur. Pas ici, Serge Quadruppani, avec des arrière-pensées d’avant-garde parvient à distiller sa mixture avec une adresse qui pourrait rendre jaloux. Dans ce roman qui fait voyager, se trouvent de belles et pointues considérations politiques,sociétales et sociales. Au travers de ses personnages, de leur fonctionnement plus ou moins conditionné et corrompu, s’ouvre le monde vicié d’aujourd’hui, perclue de courbatures idéologiques, de douleurs libéralistes, de pathologies cupides et de cancers impérialistes rongeant la moelle de l’humanité. L’auteur n’est jamais aussi bon que lorsqu’il tourne sa plume dans cette plaie qui suppure, la béance de notre vacuité qui avale notre intelligence. Ainsi, avec une désinvolture savoureuse, sans avoir l’air de trop y toucher, l’ex soixante-huitard Quadruppani pourfend la bêtise avec une allégresse qui réconcilie avec la vie, les gens, la mort.

Avec une grâce mâtinée de provocation, le romancier pose son cul sur le politiquement correct en écrivant parfois crument mais sans jamais être vulgaire. Le secret des gens de talent. Dire les choses pour qu’une partie du monde cesse de les ignorer, les hisser à bout de bras pour que personne ne puisse dire « on ne savait pas ». Il y a, dans certaines lignes, certaines scènes, une critique d’une évolution technologique qu’on voudrait nous faire passer pour un progrès. Car dans « Loups solitaires », la technologie est partout, les caméras, les satellites, les puces, les gadgets, les écrans inquisiteurs. C’est distillé tout au long de l’histoire et ça nous oppresse. C’est la description d’un futur qui est déjà là. Quand la technologie sert un embryon de dictature en donnant un sentiment de liberté aux peuples.

Ne vous y trompez donc pas, ce roman n’est pas qu’une histoire d’espionnage sur fond de terrorisme. C’est plus vaste et plus profond à la fois.

Mais il y a sur ce gâteau de mots une belle cerise bien rouge, c’est le style. Ça donne cela : Mais dans la pleine nuit, quand plus rien ne bouge, inutile d’ouvrir, même à travers vitres et volets, on n’entend plus qu’un bruit de déchirure sans fin dans l’étoffe du temps, c’est l’eau de la Vienne qui coule. » Somptueux. « Dans l’étoffe du temps », j’aurais adoré la trouver celle-là. Mais j’ai adoré la lire et tomber dessus et me faire surprendre.

Je n’ai que l’embarras du choix, mais j’ai savouré aussi la capacité de l’auteur à décrire l’intimité, avec une pudeur et une poésie tendre que je n’ai pas si souvent croisé : « Elle aimerait beaucoup prendre connaissance du message et qu’il ne requiert pas sa mobilisation immédiate, lui permettant de revenir pour une heure encore dans leur sommeil partagé, ce coma commun qui lui a tant plu, presque autant que ce qui l’a précédé, regards intenses, effleurements, brusques silences, battements cardiaques accélérés, accolements soudains, humeurs corporelles mêlées et tout le toutim. »

Il y a une chose qui d’ordinaire, je n’apprécie pas chez les auteurs, c’est quand ils s’adressent à moi directement. En général cela a pour effet immédiat de m’éjecter de l’histoire et du livre, et je déteste cette sensation. Serge Quadruppani use de ce procédé, avec parcimonie, et curieusement, ça ne m’a pas gêné. Sans doute que ses quelques incises directes sont bien passées car elles étaient enveloppées d’une bonne dose d’humour et d’ironie.

Autre chose. Jane, la rousse incendiaire, elle vraiment trop incendiaire. Elle m’a filé une trique d’enfer, et c’est inconfortable de lire avec un gonflement.

Le beau Serge sait jusqu’où il peut aller, il sait ne pas trop en dire, insinuer, faire imaginer, faire faire un bout de chemin au lecteur par lui-même. J’aime ça. Quand on veut trop expliquer, quand on a peur de ne pas être compris du lecteur, c’est qu’on le prend pour un con. Ici, l’auteur s’avance vers lui avec humilité… et humour piquant.

Allez voir le loup.

Mère toxique, Alexandra Burt (Denoël) par BD

Résultat de recherche d'images pour "Mère toxique, Alexandra Burt"Ce livre est une histoire de femmes pour les femmes avec des femmes. Les hommes présents n’y ont pas forcément le plus beau rôle. Choix de vies, rédemptions, elles paraissent tour à tour fragiles et mystérieuses, flamboyantes ou cinglées, mais elles ne laisseront personne indifférentes. Des destins se croisent, des années passent, des kilomètres défilent du Texas au Nouveau Mexique en passant par l’Arizona, le Nevada et la Californie, mais c’est toujours une fuite en avant, une réaction, une solution temporaire, et un long, très long chemin parsemé de questions qui en amènent d’autres.

Dahlia, Memphis, Quinn, Sigrid, Aella, Taïn sont les personnages charismatiques féminines de ce roman. Suivre leurs aventures sur près de 30 ans est passionnant. Le rythme est lent, bien dosé avec une certaine indolence et la moiteur des états de l’Ouest américain vient renforcer à chaque ligne, à chaque page, à chaque chapitre cette impression d’étouffement, d’inéluctabilité, de peurs et de fatalité.

Ce roman est la plongée d’une jeune femme d’une vingtaine d’année dans son passé. Dahlia, se pose de nombreuses interrogations à propos des blancs de sa vie et de ses origines. Sa mère, Memphis, a semble t il toujours fui, de villes en villes, d’hôtels en petits boulots, d’états en états et ne l’a jamais scolarisé, car pour cela, il faut des papiers et la paperasse… elle manque apparemment ! Memphis a toujours agit pour protéger sa fille, mais contre quoi ou de qui ?

Et puis Dahlia, s’est émancipée, est partie et a fait comme sa mère, petits boulots payés au black, pas déclarée , une existence loin des balises de la société, anonyme, un fantôme.

Aujourd’hui, Dahlia retourne à  Aurora Texas, d’où elles sont parties il y a bien longtemps, retrouver sa mère. Mais vouloir retrouver ses racines, remuer le passé n’est peut être pas une bonne idée, surtout lorsque l’on a eu une vie jusqu’à présent transparente, surtout lorsqu’au fond d’un bois, au cours d’un jogging, elle tombe en plus sur un cadavre !

Et les hommes dans tout ça, Bénito, Bobby, Nolan, et d’autres… Des salauds, ou des pauvres âmes manipulées par les femmes ?  Roman noir de 460 pages, ce livre m’a fait découvrir un scénario finement ciselé et surprenant tant par sa réalisation que par ses protagonistes tourmentés aux forts caractères. Tranches de vies baignées dans la lumière texane et recouvertes d’une poussière partout présente, l’auteur nous emmène dans une aventure faite de secrets bien larvés, et ne lâche que très peu d’information tout au long du récit, avant que peu à peu les éléments s’emboîtent.

Ce livre n’est pas fait pour ceux qui aiment les récits qui vont à 100 à l’heure, mais si vous aimez les  les secrets enfouis, les atmosphères impénétrables et inquiétantes, les histoires bien écrites qui vous feront voyager sur quelques décennies, Mère Toxique d’ Alexandra Burt est le livre qu’il vous faut. La profondeur des sujets abordés et la noirceur globale qui englobe cet opus, alliés à une plume pertinente et parfaitement maîtrisée font que j’ai aimé ce bouquin qui pourtant ne correspond pas à mes premiers choix. C’est vous dire s’il est vraiment bon.

Ailefroide – Altitude 3954, Rochette (Casterman) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "Ailefroide - Altitude 3954"Le nom de Jean-Marc Rochette est associé depuis longtemps à la série « presque mythique » (dixit Jacques Lob, le scénariste) du Transperceneige, créée au début des années 80 et reprise avec Benjamin Legrand à la fin des années 90. Le succès de cette saga post-apocalyptique a occulté le reste de son oeuvre et la surprise est d’autant plus grande de le découvrir aujourd’hui avec ce récit autobiographique et initiatique consacré à sa passion pour la montagne. Jean-Marc Rochette se destinait en effet à devenir guide de haute montagne mais il dut abandonner ce projet après un grave accident relaté dans ce magnifique album.

Natif de Grenoble, peu intéressé par les études, Rochette se prend très tôt de passion pour le massif des Ecrins et commence rapidement à grimper, accompagné d’abord par son ami Philippe Sempé puis par d’autres qui lui permettront d’acquérir peu à peu une expérience suffisante pour pouvoir prétendre à devenir guide. Inépuisables, forts de leur jeunesse et de leur confiance en eux, Rochette et ses amis multiplient les ascensions dans le massif, relevant des défis de plus en plus osés tout en gardant un oeil sur la face nord d’Ailefroide, que lui et Sempé se sont promis de grimper un jour,tous les deux. Mais, bientôt, un de leurs amis perd la vie lors d’une ascension. Puis, durant une course en duo avec son ami Eric Laroche-Joubert, c’est ce dernier qui dévisse et manque perdre la vie. Quelque temps plus tard, Rochette échappe de peu à la mort avec son ami Chardin…

« C’était marrant quand on débutait, mais maintenant … Je sais pas. J’ai envie de continuer à me marrer, tu comprends ? Pas de compter les morts ».

Ces mots de Chardin ne suffisent pas à dissuader Rochette ; il continuera donc à grimper seul, jusqu’à l’accident qui l’éloignera de la montagne et fera prendre à sa vie un tournant décisif lorsqu’il se lancera dans une carrière de dessinateur.

Ailefroide 3954 est plus qu’une autobiographie, c’est une histoire de passion, de liberté, de recherche des limites, d’inconscience , parfois. C’est un apprentissage de la vie par son côté âpre, une découverte de la souffrance et des risques. On tient là un formidable récit d’initiation magnifié par le dessin de Rochette qui excelle à mettre en images les beautés et les dangers de la montagne. Loin dans les hauteurs, Ailefroide 3954 est un des albums les plus touchants de ce début d’année.

Yann

Janvier noir, Alan Parks (Rivages)

Résultat de recherche d'imagesUne des merveilles en provenance d’Écosse, en plein dans les années 70, avec la musique qui va avec. Un rare roman noir, rareté car surprenant dans cette production aseptisée.

Si l’Angleterre a eu son David Peace, l’écosse a son Alan Parks, et la comparaison s’il en faut une s’arrête là, tant  au niveau du style que  de l’écriture. Par contre on se retrouve dans un milieu de corruption, de chaos, de brutes, avec de la came à gogo, ou les grands sont presque indétrônables.

Oubliez les frontières habituelles, elles sont largement franchies tout au long du livre.Notre personnage McCoy est un « lâche-rien » impliqué dans une affaire qui au départ n’a ni queue ni tête. Il va se retrouver plongé dans un univers familier. Personnage hanté par ses démons, il est secondé par son adjoint qui est son opposé. Les affrontements indirectes oud indirectes maintiendront un certain équilibre entre eux, largement dominé par leur sémillant patron.

Poisseux et dégueulasse à souhait, c’est le polar glauque par excellence avec son coté harboiled. Si on doutait que les ramifications entre politiques police gangsters étaient fortuites, c’est donc non à la lecture.

Premier opus d’une série mettant en scène l’inspecteur McCoy et son adjoint Wattie dans le Glasgow des années 1970, sur fond de musique, drogues et gangs, dans la lignée de William McIlvanney. Quand une jeune femme est abattue par un garçon de 18 ans en pleine rue à Glasgow non loin de la gare routière, l’inspecteur Harry McCoy y voit autre chose qu’un acte de violence isolé.

La conspiration des médiocres, Ernesto Malo (Rivages)

Résultat de recherche d'images pour "conspiration des médiocres"Le titre est vraiment à la hauteur des vilains pas « bô », qu’on rencontre à travers les pages. Plongé en pré ou pro révolution d’Argentine, je découvre le personnage de Lascano. Un chien qui évolue parmi les hyènes.

C’est un vrai bonheur ce livre. Le fond, la forme, l’écriture sont nickels chrome, j’ai passé un très bon moment, juste un peu court (tiens cela me rappelle un truc….)

Difficile à exprimer, mais l’auteur marie à merveille l’action, l’amour, une argentine qui va muer en un monstre qu’on connait. Année 70, notre chien doit enquêter sur un suicide d’un allemand. Mais enquêter en pleine guérilla politique, avec une police corrompue, des juifs recherchant des nazis venus se réfugier, etc, c’est loin d’être une affaire aussi simple. Il est vrai que tous ces méchants pas « bô » sont d’une médiocrité affligeante, des nazis jusqu’à la milice policière triple aaa, triple zéro plutôt ? Mais le chien ne lâche rien. On va donc suivre notre personnage dans ce contexte explosif. L’amour viendra donner un peu de clarté ou de la  lumière dans cette histoire ou se mélange la lance qui a tué le christ,  la chasse au nazis, des affrontements entre extrêmes, pour en finir sur un choix plus que délicat, pour notre héros….

Une belle découverte, je remercie les éditions Rivages, j’ai passé de belles nuit de lectures, totalement dépaysant merki !