Cabossé de Benoit Phillipon, Série noire

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Sacré Ray, t’as vraiment une sale tronche et eu une vide merde, de là à rencontrer l’amour, la douceur, tu le méritais ?

Mais quel parcours, ! Un putain de chemin de croix, cool la croix tu leur a mis sur la gueule, yeahhhhhhhhhhhhhhh

Sérieux, même Sophie avec ses malheurs ne t’arrivent pas au petit doigt de pied, putain dieu sait que ….

Pas sur que tout vienne de ta tête de tomate écrasée, tu as un nuage noir au-dessus de ta tête depuis ta naissance, bon faut pas t’en laisser compter, t’en as mis aussi des coups, moi je dirai moite moite,

Revenons à ton géniteur, maintenant, pour son premier roman, il t’a bien amené à Hollywood tu peux y claquer une beigne dans le béton.

Sacré putain de roman, noir qui va en surprendre lus d’un.Le ton de l’écriture est rare, une sacré gouaille, moqueur farceur, on rit, on rit, tellement qu’on voit pas tous les coup de pompe que l’auteur met dans la tête de notre société.

Incomparable roman, une perle de la rentrée, enfin une perle, une mandale, une beigne, un punch, un crochet, un…ad lib

Cabossé, c’est un coup de cœur, un grand vent frais sur la rentrée littéraire. Livre unique, à la prose unique. Après les malheurs de Sophie nous sommes confrontés aux malheurs de Ray. Ce n’est pas une étoile à sa naissance que notre héros a eue, mais une implosion d’une nova…Sérieux, c’est pas ni une enfance ni une vie, mais un parcours du combattant. Entre flash-back et road vomi au présent, l’auteur impose son style, son phrasé, et nous le suivons dans un grand éclat de rire, à coup de mandales dans ta gueule de différentes émotions….
A lire d’urgence
Serie noire merci à Christelle Mata

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Marlon James Brève histoires de sept meurtres, Albin Michel

Après le Mexique, l’Afghanistan DOA Primo, un autre pavé sublime, en Jamaïque

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Bardé de références musicales, et d’une verve incroyable, gros carton plein,

Ah la musique présente tout au long du livre et tous les styles, du ska, à guns and roses, quand à la blague sur les Blacks crows excellente…

Hein « busha », t’es rarement venu ici, in the ghetto, tes compatriote, serge et Bernard sont venus à l’époque, et je ne parle pas des tapettes stonnienes, welcome in hell. Si j’avais su je ne serais pas venu. Il était temps que ce livre nous déboite le cerveau et nous informe sur la vrai Jamaïque, pas celle de touristes…, sur le chanteur, sur la politique, sur comment on essaye de vivre, sur fond de racisme ambiant.

Josey Whales dis-moi pourquoi 7, c’est bref, et pas plutôt 7OO meurtres non ?voire beaucoup plus ? Weeper, binoclard t’as merdé, Papa lo, aussi, Alex Peirce tu le finis ton livre, Eubie c’est toi le classieux, ou bien Doctor Love et tous les autres.

J’ai beaucoup aimé le côté féminin de certains, déroutant en seconde partie du roman, excellemment surprenant.

Allez go, au cœur du livre. Des le premier chapitre on n’est pris à a gorge par le premier narrateur et on se demande où on a mis les pieds, Beaucoup de voix auront leur chapitre, sur 3 ou 4 époques. Le chanteur n’aura pas le droit à la parole, mais sa présence est constante. Découverte de la Jamaïque et du rôle qu’ont joué les Américains, de la vie des ghettos, des Dons, de la politique, des flics de l’armée, de la misère…impossible de tout citer…reste la misère du peuple toujours oublié.

La référence première c’est Ellroy bien évidemment pour le sujet, pour le reste il n’en est rien. C’est de la littérature ici, l’auteur possède une prose et une putain de culture, et du talent. Attention James Ellroy aussi, mais là on n’est vraiment à la frontière de « la littérature ».

Du talent pour ne pas arriver à perdre le lecteur sur trois décennies, en laissant la parole à chacun, en oubliant des personnages, en les faisant revenir, sur 880 pages,

Tout le monde aura le droit à la parole, autant les Posses, que les jamaïquaines, les agents American, le journaleux, les cubains, pour en finir avec un Sound boy Killing d’anthologie, une mélodie furieuse, une chorale d’anthologie.

Pas de prise de position de l’auteur on raconte, c’est tout, pas de manichéisme on est dans la vie, en Jamaïque on survit, et putain le mot est faible.

Livre qui va naturellement rafler des prix en Europe, Us, c’est fait

De la Jamaïque à New York y a qu’un avion, on ne s’en privera pas d’y finir le livre.

La grosse surprise de la rentrée faisant la nique à Don Winslow….

Maintenant, je prends un peu le frais je n’attaque secundo de DOA pas tout de suite, je vais laisser ce qu’il me reste d ‘humanité dans un autre livre, car les dire de Clete Purcell me font croire que c’est plus qu’énorme…je pars au Canada, avec rivages, j’ai besoin de frais et de calme

Si d’autres veulent continuer, il ne faut pas oublier ce livre culte qui n’as pas eu le succès qu’il méritait

N’oublions pas Thierry marignac et sa traduction de

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de Phillip Baker (Auteur), Thierry Marignac (Traduction)

 

 

Maurice G Dantec, Les résidents, dernier livre ?

Il aura fallu qu’il meurt, pour que je lise le dernier livre de l’auteur, remarquez j’ai lu une interview canadienne, ou il racontait le titre de son prochain  » à l’ouest du crépuscule », alors, l’avait-il fini ?

On le saura bientôt.

Son dernier donc, on retrouve Maurice en pleine forme débarrassé de certains tics qui avait apparu dans ses derniers livres, mais, cela reste bien l’unique style de l’auteur, c’est bien du dantec, mais épuré si l’on peut dire, même si l’on retrouve la sainte trinité

L’auteur reprend ses marques, et redevient ou retrouve ce qu’il avait perdu au cours de ses derniers livres, déjà une trame abordable compréhensive, bref retour aux sources, enfin certains peuvent ne pas apprécier le style de l’auteur, spéciale inimitable, uniqueeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee

Road movie survivaliste à travers les états UU et canadien, en compagnie de trois anges, trois anges façon Satan…M G Dantec situe son livre dans un monde agonisant, proches de l’implosion, les anges seront la mèche.

Evidemment cela reste du Dantec, ce qui ne peuvent pas, je comprends, les autres, allez-y c’est un bon livre, qui augurait d’un meilleur à venir….

Fauché en 2016, on peut se replonger dans ses premiers livres, et peut être attendre » à l’ouest du crépuscule s’il l’avait fini….

Interview ci-dessous la dernière je crois

http://www.egards.qc.ca/?p=4151

 

Vagabond de Franck Bouysse

Un auteur capable de ne pas écrire la même chose, c’est un auteur rare.

On ne m’aurait pas donné le nom de l’auteur j’aurai bien été capable de dire qui c’était !!!

Parfois il est facile de reconnaitre un auteur, mais là, le champion de la campagne du moment est urbain. Ce livre est une réédition, mais on n’est pas très loin de ses deniers livre, y a truc qui fait que…, et on s’en fout finalement !!!

C’est un très beau texte, un conte finalement avec ou sans morale. La prose est superbe. Un court récit  ou l’on suit un guitariste chantant pour vivre, heureux dans l’alcool, mais trainant un pan de son passé comme un boulet. On se prend à sympathiser avec ce diable d’héros, on l’aime, l’auteur nous touche avec ses mots. Et on est triste de le laisser à la fin du livre

Livre totalement réussi, touché en plein cœur M. Bouysse, bravo.

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L’homme est traqué. L’homme joue du blues chaque soir dans un obscur bar de la rue des Martyrs à Limoges. Lorsqu’il dérive vers son hôtel, au milieu de la nuit, il lui arrive de dialoguer avec des clochards et autres esprits égarés. Il lui arrive de s’effondrer sur les pavés des ruelles antiques et de s’endormir, ivre ou épuisé. Il lui arrive aussi de ne jouer sur scène que pour une femme qu’il semble être le seul à voir. Mais l’homme est traqué Pas par un tueur. Ni par un flic. Quelque chose comme des ombres.

Franck Bouysse est né en 1965 et vit à Limoges. Il ne conçoit pas une journée sans lire et écrire. Vagabond est son sixième roman, après L’entomologiste, la trilogie H et Noire porcelaine. Télécharger le premier chapitre de Vagabond Notes de l’éditeur :

Vagabond rime avec errance. Une trajectoire incertaine, ou plutôt guidée par des forces qui dépassent le personnage ou qui l’habitent. Des forces souterraines. S’il est question d’une intrigue dans ce court roman, alors c’est dans la tête du personnage qu’elle a lieu ; c’est en lui que les nœuds résident, même si le monde est en mouvement autour, même si les êtres qu’il rencontre sont bien de chair.

Ils sont précisément de chair, et celle du roman consiste en une mélopée d’images complexes que l’auteur a façonnées comme des indices en mesure d’esquisser son personnage ou de le déconstruire. L’esthétique du récit, son grain soigné autant qu’écorché, organise un conflit violent entre l’ombre, la lumière et la confusion des effets produits. Autant d’illusions que l’auteur s’applique à détruire à mesure que son personnage évolue ; à mesure qu’il progresse le long d’une voie à défricher, résolument intime et dangereuse.

Franck Bouysse pose ici le doute. Il tranche la gorge des certitudes ou les démasque simplement. On est loin des univers qu’il a décrit dans ses romans précédents, même si l’on pourrait en retenir, pour définir Vagabond, les mots Mystère, Ruelles et Noire.

la vie secrète du fonctionnaire, Arnaud Friedmann, Lattès

Je ne pouvais pas le louper celui là. Très joli recueil sensible sur l’humanité des fonctionnaires….

Et oui dans une France râleuse, abreuvé d’avilissement, TF1 bfmtv, m6, d’autres, la conne de zoé, et tant d’autres toujours à tirer sur ces gens, les fonctionnaires.

Là on est dans le réel, on va  plonger au cœur de la vie des ces hommes et femmes, qui vous allez lire vous ressemblent tellement.

En prenant, des corps de métiers différents, des ressentis différents, l’auteur tisse plusieurs toiles de nouvelles, à la fois drôle émouvante, triste, et d’autre, comme la vie.

L’histoire de ce chef qui doit en imposer, ce maitre nageur à la pensée différente, ces fonctionnaires pris dans la toile de la politique etc.

Avec une plume légère, concise et fluide, ce sont des nouvelles parfaites que nous propose l’auteur,

Si je vous jure es fonctionnaires sont des gens comme les autres

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Les dix nouvelles de La vie secrète du fonctionnaire mettent en scène des salariés de la fonction publique confrontés à un quotidien sclérosant, à la surenchère des réglementations et à l’obsession statistique de leur hiérarchie. A l’occasion d’une rencontre ou d’un moment critique, ils osent (ou rêvent de) briser la routine, faire un pas de côté pour s’affranchir de la norme. Apercevant une occasion de rompre avec la monotonie quotidienne et de peut-être tout reconstruire, certains passent le pas, d’autres hésitent ou ne peuvent s’y résoudre.
Chaque personnage a une voix identifiable, une façon propre de se comporter et d’entrer en résistance avec les contraintes de son activité professionnelle.
Une cadre stressée a recours au covoiturage un jour de grève : sous l’effet de l’ambiance délétère qui règne dans le véhicule, elle en vient à reconsidérer ses priorités… et ses préventions envers le conducteur. Un guichetier SNCF, dont les deux principaux talents consistent à savoir estimer à l’unité près le nombre de clients qui patientent dans la file d’attente et à élaborer des tactiques savantes pour attirer à son guichet les jeunes femmes qui lui plaisent, croit soudain reconnaître sa fille disparue et abandonne son poste pour la suivre.
Avec beaucoup d’empathie et d’humour, ces nouvelles dressent le portrait d’une génération qui s’interroge sur son rapport à un monde du travail de plus en plus « objectivé », une génération qui cherche par tous les moyens à préserver son humanité dans ou hors du cadre professionnel.
Le stress des fonctionnaires n’est pas – toujours – là où on l’attend.

 

M pour Mabel d’Helen Macdonald chez Fleuve Éditions

M pour Mabel d’Helen Macdonaldchez Fleuve Éditions

« Quand vous êtes brisé, vous vous mettez à courir droit devant vous. Mais pas toujours pour vous enfuir. Parfois vous vous précipitez désespérément vers quelque chose.  »

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Durant son enfance, Helen se prête à rêver de devenir fauconnier. En attendant de rejoindre l’univers des adultes, la lecture traitant du sujet lui tiendra compagnie et entretiendra ce rêve. Arrivée à l’âge adulte elle perd brutalement son père. Pour tenter d’apprivoiser cette douleur et faire son deuil elle se lance dans le dressage d’un vautour.

« J’étais détruite. Une part de mon être essayait de se reconstruire et le modèle à suivre était là, sur mon poing. Le faucon était tout ce que je voulait être : solitaire, indépendante, libérée de la douleur, insensible aux blessures de la vie humaine. »

En s’isolant du monde, seule avec son vautour qu’elle baptisera Mabel, elle va, à travers ce défi tenter de se reconstruire. Elle démarre un long voyage vers la résilience en empruntant divers chemins. Un tête à tête assez particulier avec Mabel entouré de la nature, sa faune et sa flore.

 » Le monde est rempli de signes et de merveilles qui apparaissent et disparaissent.  »

Mabel, tu m’as fait rêver. J’aurais aimé prendre ta place lors de tes envols. Survoler en toute liberté le monde. Voilà le hic, la liberté dont Helen t’a privé. N’oublions pas que ce roman est autobiographique et entraine forcément un parti pris de ma part. Dorénevant ,et malgré quelques longueurs qui accompagnent forcément un tel voyage, ce récit est un sacré roman sans être complètement passionnant. L’histoire de White qui se glisse dans la narration empiète sur la véritable histoire et c’est dommage.

Helen Macdonald nous offre un beau roman, qui nous embarque vers un art ancestral à travers ce voyage métaphysique, où l’avancée du dressage mènera forcément vers l’avancée du deuil. Un grand dépaysement, un sujet intéressant qui laisse une belle place au rêve si on fait abstraction de quelques passages.

 » Je m’étais envolée vers un lieu dont je ne voulais plus jamais revenir. »

Helen Macdonald est écrivain, poète, illustratrice, historienne au sein de l’université de Cambridge. Son livre a reçu le prix Costa Book Award et le Samuel Johnson Prize.

Christelle

le corbeau tire trois fois

 

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La Position des Tireurs Couchés (Nils Barrellon-Edition Fleur Sauvage)

Le premier mot qui me vient à l’esprit : froid.
Froid comme le métal, comme la chemise d’une balle, comme un cadavre…
Froid parce que ce bouquin est totalement dénudé d’émotions et de sentiments.
Froid parce que glacialement dur. Parce que le pauvre  » Zlatan  » putain qu’est-ce qu’il a morflé (et encore ici…)
De son enfance meurtrie à son adolescence « meurtrière  » pour arriver à devenir un adulte efficace et à la bonne détente il en a bavé…
C’est ça que j’ai aimé chez Nils…ce détachement, cette absence d’empathie de la part de son « héros  » qui, tel une balle, trace sa route sans s’encombrer de menues pensées ou conciliabules internes.
La position des Tireurs Couchés elle est comme lui: efficace, sans chichis ni détours…Droit au but
Et pan entre les deux yeux.
Le Corbac va retourner prendre des leçons de balistique.

Bloody Glove (Bob Slasher – Atelier Mosesu )

Ben merde alors, je m’en suis bouffé les ongles deux soirs d’affilés au point que j’en ai plus de gencives…
C’est pas la première fois que je m’aventure dans les traces sanglantes de cet auteur psychopathe…mais là j’ai pas accroché.
ATTENTION Je ne dis pas que ce n’est pas bien, je dis juste que la rencontre ne s’est pas faite !
Pourtant c’est super bien foutu, un vibrant hommage à chaque page de ses Slashers que l’on s’est enfilé par paquet de 12 quand on était ado ou de jeunes cons.
Y a tout: le héros mal aimé et malmené, du sang et des tripes, des rêves et des cauchemars, un poil de cul et de sentimentalisme de bon teint et une BO à faire pâlir Patrice Leconte.
Mais la magie n’a pas pris avec moi.
Trop fantastique, trop haché, trop flou…
Une bouquin qui pourtant m’a perturbé (la faute à la baignoire) etm’a fait me dire que nos mères sont toutes les mêmes : des chiennes avides de pouvoir et de domination.
C’est cette dernier partie qui m’a touché, retourné et m’a confirmé le talent de Marc Falvo ( même si j ai pas accroché!)
Le mec il sait s adapter aux genres, le mec il sait gérer les styles, le mec il a de la culture et il l’étale sans te donner envie de gerber.
Ce mec a un putain de talent.
Faites vous votre avis, en attendant, Le Corbac a hâte de le recevoir ce week-end.

L’Abbaye Blanche (Laurent Malot-Bragelonne)

T’en connais beaucoup des bouquins dont le pitch initial serait: deux moines braquent deux cyclistes?
Ben moi j’en connais un: L’abbaye Blanche de Laurent Malot- Editions Bragelonne.
C’est pas très catholique comme histoire.
Entre le flic largué par sa femme sans savoir pourquoi ou pour qui, qui se retrouve avec sa gamine sur les vras; des meurtres violents qui viennent salir le calme tranquille du Jura et la sérénité des notables du coin, des flics qui se font bouffer et des moines sans tonsures si ce n’est celle de leur sectarisme…
Laurent Malot il a écrit un bouquin en trois temps.
Celui de la douleur et de la froideur hivernale parce que tu te retrouves seul avec ta solitude amoureuse sans aucune explication.
Celui du printemps qui vient colorer la grisaille quotidienne du sang rouge de meurtres improbables et sans lien.
Celui de la grisaille de l’automne qui ronge les uns, flétrit les autres mais surtout qui se glisse au coeur de chacun pour le détourner de son chemin honnête pour l emmener dans une soupe de boue dans laquelle seule surnage le gain et le profit.
Laurent nous raconte ainsi trois histoires. Celle d’un homme meurtri et malheureux, celle d’une enquête où tout n’est que traîtrise et manipulation et celle de L’abbaye.
Rien n’est sectaire dans son récit, tout est ouvragé comme des gargouilles crachantes, travaillé comme un gros dossier de corruption locale où personne ne serait vraiment innocent.
C’est lent mais pas long, c’est découpé sans être morcelé, c’est construit comme un vrai jeu de piste.
Alors qui veut suivre le Corbac dans le dédale de cet abbaye plus noire que blanche?

Yaak Valley, Montana de Smith d Henderson aux Éditions Belfond

 

« Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque-chose. Mais la plupart d’entre-nous trainent de sacrées casseroles en plus de leurs valises.  »

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En 1980 dans le Montana, derrière ce décor somptueux de carte postale se cache un univers bien sombre, celui que l’on cache, celui qui fait honte au pays, les déclassés, là où rôde la pauvreté. C’est là que Pete Snow officie en tant qu’assistant social. Pas besoin de costard pour se rendre où il va, ça ferait tâche chez toutes ces familles décomposées vivant dans la misère, et puis c’est pas son style, avec son look défraichi, limite sdf il se fond dans le décor.

Il mène de front plusieurs batailles avec acharnement. Il y a cette famille détruite par la drogue, et ce garçon qui vit en marginal avec son père dans la forêt. Et pire que tout, sa fille qui est censée être avec sa mère et qui a disparu. Il est lui-même au bord du gouffre mais il continue ses combats et tentera de sauver ces âmes perdues en plus de la sienne.

« Tu as laissé le poison entrer dans tes yeux et à présent, il risque de contaminer ton cœur et tous ceux que tu aimes. Le mal est contagieux. Chaque geste compte, maintenant et pour toujours. »

Cette année, nous sommes vraiment gâtés coté premier roman.

Yaak Valley Montana monte les marches du podium des romans noirs. Nature-writting social qui étincelle, aux personnages cabossés, miséreux, indomptables comme la foudre, des furieux en quête de vérité, en chemin vers la rédemption pour d’autres. Dans cette région sublime se cache l’enfer. Smith Henderson a construit admirablement son récit. Un roman audacieux, sans fausse note mais qui sent bon le blues aux voix rocailleuses. C’est brutal, sombre, puissant, sauvage, dérangeant, captivant. Une écriture dense et intense tel un brasier. Aussi belle que les paysages que l’auteur dépeint, aussi percutante qu’une rencontre avec un ours de cette région, un brin féroce mais inoubliable. Quelle plume! Quelle histoire! Quelle narration!

 » Elle est la preuve vivante que le pire est toujours certain. Que le monde n’a pas besoin de permission, qu’il ne cesse de se dépasser lui-même dans l’horreur. »

Smith Henderson a grandi dans le Montana au sein d’une famille de cow-boys et fermiers. Il fût même éducateur spécialisé un temps, avant de se diriger vers la publicité. Une part de lui-même, de ses souvenirs l’aura très certainement inspiré pour quelques lignes authentiques de son roman. Pas étonnant que ça sonne juste, que ça respire l’authenticité, que ça dégage tant d’émotions.

Yaak Valley, Montana est son premier livre qui rejoint mon panthéon Américain au coté de Peter Heller, Cormac McCarthy, Jim Harrisson, Ron Rash, Richard Ford. Les sublimes plumes de l’Amérique profonde.

Il est grandement salué par la critique et a été couronné par le John Creasy Dagger Award Et le Montana Book Award. Il vit désormais à Los Angeles.

Un auteur à suivre et à apprécier à sa juste valeur. Coup de cœur garantie.

Une belle rencontre en vue Samedi au Festival America 2016.

L’été chez Cochise, Nicolas Roiret, Editions Rue Fromentin 2016

« A Paul Brousse, j’ai dit au médecin que je n’étais pas candidat à une post-cure. Mon but était de retrouver la vraie vie au plus vite, pas de me regarder le nombril. Le principe, je l’avais bien compris, était de t’occuper l’esprit et le corps, t’aider à combler le vide laissé par la bouteille avant de rejoindre le grand bain.
Moi j’étais en postcure à la Villa, ce qui pouvait prêter à rire. Il y avait un côté Mowgli chez les loups. Pourtant, être entouré d’alcoolos renforçait mon blindage, j’en étais convaincu même si beaucoup, en silence, devaient penser que je finirais par craquer. »

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L’été chez Cochise m’a plongée dans une chanson de Pigalle… la Villa de Cochise c’est un peu l’avant chambre de la salle du bar tabac de la rue des Martyres… C’est en tout cas l’effet que le roman de Nicolas Roiret m’a fait : j’ai a-do-ré !!! Autant dire que plus français que ça tu meurs ( petit clin d’œil à ceux qui pensent que la littérature française est un truc hyper aride et élitiste, c’est comme si on disait que la chanson française s’arrêtait à Zaz ou que sais-je…. écoutez les VRP nom de nom!!)

Bref, Rico sort de cure de désintox, il n’a pas envie de prolonger avec une post-cure, sa seule envie est de reprendre le cours de sa vie au plus vite et de retrouver la femme qu’il aime et pour laquelle il avait arrêté la tise.
Sauf que voilà, un dégât des eaux l’empêche de retourner dans son appartement. Alors il accepte l’invitation de Cochise, ancien partenaire de cure, et il emménage temporairement dans la Villa de ce dernier : « Une grande baraque, style Empire, derrière de hautes grilles hérissées. »

A ce stade de la lecture on peut encore imaginer tout et n’importe quoi quant à la suite des événements. Tout sauf la faune que Rico va découvrir derrière ces murs, tout sauf les hallucinants tournants que la poste-cure initialement pépère commencera à prendre peu de temps après son emménagement.
Inutile de vous raconter le déroulement des événements, je vous laisserai découvrir par vous même cet univers peuplé de camés, alcoolos, actuels / anciens acteurs de porno, producteurs de porno, actuelles/ anciennes putes, un Serbe qui fait la loi à Paris, un éminent membre du grand banditisme, j’en passe et des meilleures : l’endroit idéal pour arrêter l’alcool.

L’été chez Cochise, une virée chez les Apaches, une aventure à cent à l’heure avec des personnages plus vrais que nature (j’y pense, tout ça pourrait faire un super film complètement délirant), on se marre et on flippe aussi, Rico se retrouve à quelques moments dans des situations assez tendues et surtout, surtout on se demande : tiendra-t-il, tiendra-t-i pas, la bouteille loin de sa bouche ?

« J’ai inspiré profondément. Il était temps de lui présenter ma post cure à la Villa sous un angle plus réaliste, le porno, la coke, le sexe tarifé, la petite robe bleue, les films, le grand cerisier, les fenêtres ouvertes et pour clôturer le tout, McLeod, le frangin Zorro, avec sa tueuse et ses beaux yeux clairs.
A la fin de mon récit, il y a eu un blanc. « T’es là ? » j’ai fait.
-Oui, je réfléchissais ! A-t-elle dit, tu ne serais pas en train de me monter un bobard pour monter dans l’avion ? »
L’été chez Cochise, Nicolas Roiret, Editions Rue Fromentin 2016

Là où les lumières se perdent de David Joy aux Éditions Sonatine

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 » Les gens comme moi étaient enchainés à cet endroit, mais Maggie était sans entraves. Elle s’était enfuie d’ici à l’instant où ses yeux avaient regardé au loin. Si j’avais eu un rêve, ça avait été qu’elle m’emmène avec elle. Mais les rêves étaient absurdes pour les personnes comme moi. On finit toujours par se réveiller.

…Une telle fille ne pouvait pas rester. Pas éternellement, et certainement pas longtemps. »

À peine commencer, et tu sais déjà que tu as entre les mains un grand roman noir.T’es déjà attaché à Jacob et t’as vraiment envie de découvrir son histoire si sombre soit-elle.

Jacob est un jeune homme de 18 ans, qui vit en Caroline du Nord dans une région perdue des Appalaches. Il est le fils du baron de la drogue. Il est malgré lui un McNeely. Une véritable Malédiction . Charlie McNeely le paternel, le fameux baron, n’a rien d’un bon père, bien au contraire, et il n’hésite pas à se servir de son fils pour ses sales besognes.

« L’argent l’emportait toujours sur la moralité. »

Jacob rêve de liberté, d’une vie meilleure, mais il doute que cela lui soit permis. Il a grandi au milieu de la violence, et croit bien plus en la mort qu’en la vie, même si l’amour qu’il porte à Maggie lui donne un peu d’espoir, un peu comme des lucioles qui éclaireraient par de brèves apparitions toute cette noirceur.

« Je savais tout ça depuis que j’étais gamin. C’était ma réalité : la souffrance, la honte et tout ce qui s’ensuivait. Attendre la mort était donc une chose que je connaissais depuis longtemps et ce n’était pas la mort qui me rongeait. C’était l’attente.  »

Du coté de sa mère ce n’est pas plus reluisant, elle vit seule dans l’attente de son prochain verre, sa prochaine dose. Jacob veille sur elle du mieux qu’il peut jusqu’à un certain jour où tout va basculer …

« En l’espace de quelque brèves minutes, mourir était devenu simple. C’était de vivre que j’avais peur. »

Tu l’as compris, ce roman est d’une force émotionnelle terrible. Et son écriture, son style lyrique, ne peut que t’émouvoir davantage. Une force se dégage de ce premier roman, l’amour côtoie la haine, la mort s’invite dans la vie, le mal et le bien combattent en permanence et bousculent les pensées de Jacob. Comment échapper de l’enfer où tu es né? Comment affronter cette malédiction? Comment quitter ce père et sauver son âme?

La toile se resserre, Jacob est prisonnier de cette vie, seul l’amour de Maggie l’aide dans toute cette tourmente.

« Après une vie de déception, c’était la seule manière de supporter les choses, les sourires l’emportaient sur les larmes. Le rire l’emportaient sur la douleur. »

C’est en larme que j’ai quitté ce livre, mais heureuse d’avoir découvert une nouvelle plume américaine qui n’a rien à envier aux plus grands. Mon coté cinéphile m’a encore fait penser à quelques films  » Les amants du Texas » (film dramatique américain écrit et réalisé par David Lowery… un autre David ,un autre talent d’Amérique ) et  » Un hiver de glace » adaptation d’un superbe livre de Daniel Woodrell ou encore “Joe” adapté du roman noir de Larry Brown. Tous d’une noirceur poignante comme ici à travers ces lignes.

Du rural noir, qui te colle un uppercut en plein cœur. Un récit déchirant, sauvage, qui résonnera en toi pour longtemps, qu’il te plaira à conseiller à tous les amoureux du noir, des belles plumes, des histoires où l’amour l’emporte sur la haine, même si tes larmes coulent autant que le sang versé.

Je l’ai aimé ce roman, je l’aime, et je l’aimerai longtemps ,surement même toujours. C’est bien plus qu’un coup de cœur, c’est carrément un coup de foudre.

David Joy est né à Charlotte en Caroline du nord en 1983. “Là où les lumières se perdent” est son premier roman et QUEL ROMAN …

Nous n’en saurons pas plus, cet homme garde ses secrets… Un autre barbu taiseux …

Christelle