LA FERME de Tom Rob Smith, Pocket

9782266260053

Traduction:Elisabeth PEELLAERT

Un titre que j’ai entendu souvent crier dans ma vie……. !!!

Cela fait des années que je vois des titres de cet auteur, et là je saute……. dans un de ces livres qu’on qualifiera de hors série, vu qu’il a un héros récurrent. C’est une des raisons de mon choix, et puis le résumé est alléchant. Et pour finir je préfère découvrir un auteur hors de sa « série ». lalalalalalalalère!!!!

Et c’est une grande claque que ce livre. Une trame inquiétante, novatrice, et on comprendra à quelle point l’auteur dans sa postface, y a mis tout son cœur, et toute son énergie. Magnifique exutoire ?

On est baladé de fausses pistes en fausses pistes du début jusqu’à la fin. Une rare maitrise de la narration….Ajouté à cela une plume au service de l’histoire, bien rentre dedans…Un livre qu’on se doit de finir rapidement, impossible à décrocher…..même si on vous dit :

tu viens on mange  ?                                                oui oui

allez je vais me coucher tu viens ?                         oui oui

tu peux venir m’aider   ?                                           oui oui

il y a la pelouse à tondre   ?                                       oui oui

chéri, j ai envie de   toi ?                                            oui oui

chéri, j’ai envie de te sucer et de t’avaler                j’arrive

Bref après cet aparté misogyne, enfin non, on peut inverser la vapeur, et on est au bon endroit d’ailleurs pour en parler, vu que l’auteur, parle de révéler aussi son homosexualité. On est pris comme le héros dans un étau dés le début entre deux versions des faits, en sus il s’agit de vos parents. A coup de légers retours dans l’enfance, de découvertes en découvertes on apprend qu’on ne connait parfois pas très bien les très proches.

On est baladé par l’auteur, bon sang comme il le fait bien, le résumé est explicite, j’ai pas grand chose à rajouter, si ce n’est qu’en vieux briscard du polar je peux vous certifier qu’on ne voit pas venir la solution. L’auteur a des couilles, il aborde des sujets intimes, les expose, ne juge pas, nous fait découvrir ou redécouvrir la vie dans un suspense du diable. Une fois lu ce livre, lisez la postface de l’auteur, et là vous allez défaillir….

« Le premier appel est de son père. Inquiétant. Sa mère va mal. Elle porte des accusations délirantes. Il a dû la faire interner. Et Daniel, qui imaginait ses parents profiter de leur retraite dans une charmante ferme suédoise, voit son monde basculer.
Puis un appel de sa mère. Non, elle n’est pas folle. Son père lui ment. Il a voulu la faire enfermer, mais les médecins l’ont laissée sortir. Elle a les preuves de ce qu’elle avance.
Deux histoires. Deux vérités. Qui croire ? Jusqu’ou Daniel sera-t-il prêt à aller pour lever le voile ? Au risque de découvrir des secrets plus terribles encore… »

 

 

 

 

 

Si vous commandez le truc maintenant et bien….

C’est comme noël, ^^, les préventes auront droit à un plus de plus, des morceaux inédits, et d’autres.

Je tiens d’ailleurs à remercier ces personnes qui ont déjà commandé le truc, ils seront gâtés.

Les pré-ventes continuent jusqu’au 15 décembre après, plus de cadeaux hi hi hi.

C’est pas une démarche commerciale mais un remerciement à ceux qui nous font confiance, et vous ?

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bloglitt@unwalkers.com

fanti.jean_marc@aliceadsl.fr

POUR COMMANDER 10 EUROS, LIVRE ETCD

70 ans, de série noire, le dernier sort, on se retourne que me reste il en tête ?

je ferme les yeux et que  vois je arriver dans l’ordre :

L’alignement-des équinoxes, le fils, les brillants, et après le reste. En omettant que je n’ai pas lu le DOA, j’attends la suite pour me faire un one shot…..comme au bar

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Ce sera donc mon choix de l’année pour cette anniversaire. en sus j’apprends qu’il est aussi traducteur  suite des brillants

Mazette….

Un choix finalement serein, et normal, le plus novateur de tous, dans le style, la forme et la trame. C’est mon postulat…

Désolé pour les autres….

Sur le site de Libération, magnifique article sur …

http://next.liberation.fr/culture-next/2015/12/01/kyoto-dans-la-peau_1411199

LA DERNIERE PLUIE d’Antti Tuomainen, Pocket

9782266242578

« À Helsinki, la pluie est si violente que la plupart des habitants ont fui la ville. Tapani Lethinen, lui, est resté : il attend sa femme, Joanna, journaliste d’investigation. Partie enquêter sur une affaire dont elle n’a rien voulu dire, elle n’est toujours pas rentrée.
En fouillant dans on ordinateur, il découvre que sa disparition pourrait avoir un lien avec « le Guérisseur », un serial killer qui sévit en ville, et qu’il ne s’agissait peut-être pas pour Joanna d’une simple enquête…
Tandis que la pluie ne cesse de tomber, Tapani va devoir plonger dans l’intimité de celle qu’il aime, quitte à déterrer quelques secrets de son passé. »

Moi et les 4 eme de couverture…..Si je m’étais arrêté à celle là, j’entrevoyais un gros thriller un peu gore, avec tout le tsoin tsoin, mais que nenni à mon grand bonheur. Ce court texte est un excellent polar de très haute facture,entre suspense et harboiled, le type seul qui avance dans l’enquête. C’est finement écrit, cela va très très vite.

On est d’abord dans une ambiance de fin du monde, les catastrophes naturelles s’enchaînent sur terre, la résultante de l’homme…..Par ailleurs l’auteur a beaucoup d’humour, et fait une réflexion sur le pétrole qui est excellente, vous lirez. L’auteur donc tisse une trame totalement différente de ce qu’on aurait pu imaginer, avec une fin qui nous laissera pantois, mais heureux, car l’amour ne rend pas forcément aveugle…yeahhhhhhhhhhhhh.

Beaucoup d’action, une réflexion mure sur l’état de notre société,des chapitres rondement menés, tout cela sur 256 pages avec des rebondissements qui vont vous déclencher des systoles…Muahhhhhhhhhhhhhhhhh

UNE CONTREE PAISIBLE ET FROIDE de Clayton Lindemuth,Seuil policiers

Traduction Brice Matthieussent.

Une façon sûre de moins se tromper dans ses choix de lecture,c’est de passer après tous les collègues et amis et de lire les bouquins pour qui semble s’opérer un réel consensus quant à la qualité et « Une contrée paisible et froide », premier roman de Clayton Lindemuth (deux autres parus aux USA depuis) en faisait partie à sa sortie en septembre. Unwalkers répare donc aussi de la sorte son oubli coupable de la rentrée parce que ce premier roman laisse apparemment présager l’émergence d’une nouvelle bonne plume de polars chez les Ricains.

« Hiver 1972. Bittersmith, bled perdu du Wyoming.Burt Haudesert gît dans sa grange, la gorge transpercée par une fourche. Pour le shérif, un seul coupable possible : Gale G’Wain, garçon de ferme orphelin venu d’ailleurs. Pour preuve, il a pris la fuite avec la fille de la victime, celle qui a de curieuses visions quand quelqu’un va mourir. Le shérif n’a que 24 heures pour les rattraper : demain, il sera à la retraite. Aussi mène-t-il la chasse au couple avec une férocité redoublée et l’aide d’une milice, la Loge, alors que la tempête de neige menace. Mais il apparaît vite que l’esprit de justice n’est pas le seul motif qui l’anime… »

Certains bouquins sont difficiles à couvrir parce qu’on ne peut décemment pas parler  des péripéties sans trahir les découvertes de l’auteur et ce roman en regorge. C’est avant tout un bon thriller qui tient  en haleine mais c’est bien plus que cela puisque l’auteur s’attache tout au long du roman à nous montrer la noirceur des hommes de cette contrée dans des portraits ébauchés qui s’affinent au long d’un récit passionnant qui alterne action au présent et  nombreux flashbacks narrant la vie de ces damnés de ce sale coin du Wyoming.

La vilenie est partout et concerne  les hommes, tous coupables ou complices, et c’est un côté exagéré qu’on trouvera à d’autres moments de l’histoire sans jamais atteindre néanmoins les excès de Jax Miller dans « les infâmes ». Et forcément, on ne rencontrera dans ce décor enneigé que des femmes dociles,soumises à leurs barbares pour le pire et le pire. Et même si certains excès,clichés peuvent un peu chagriner à la fin ,il n’empêche qu’on est très vite étouffé par cette chape de misère et ce n’est pas l’hiver qui est le plus glaçant dans cette histoire dont on comprend très vite qu’elle va nous emmener vers l’horreur mais à un rythme parfois trop lancinant dans les révélations.

Plus western finalement avec son duel final prévisible que polar, «  une contrée paisible et froide » est un roman très violent (physiquement et surtout psychologiquement) avec des personnages finalement assez insensibles aux blessures et maux qui emprunte aussi parfois les chemins de la poésie tel Ron Rash, bon un Ron Rash trash alors. Certains passages de la relation amoureuse des deux loosers magnifiques Gwen et Gale sont réellement touchés par la grâce et amènent un peu d’humanité dans un chaos obscène et terrifiant où vous allez rencontrer des raclures et un vrai salaud dont vous allez espérer la mort avec fièvre.

Alors ce n’est sûrement pas du Donald Ray Pollock comme je l’ai lu(!) mais Lindemuth a franchement réussi son premier roman qui, souffrant parfois d’excès, montre néanmoins un énorme potentiel et je me jetterai sur son prochain. Un polar marquant de l’année 2015.

Wollanup.

 

 

EPILOGUE MEURTRIER de Petros Markaris Seuil Policiers.

Traduction:Michel Volkovitch

Auteur d’une trilogie remarquée sur la crise en Grèce, Petros Markaris revient avec un nouveau volume « épilogue meurtrier » pour finir un cycle commencé en 2012 et comprenant déjà « Liquidations à la grecque », « le justicier d’Athènes » et « Pain,éducation et liberté ».

« À Athènes, Katérina, la fille bien-aimée du commissaire Charitos, se fait tabasser par des nervis d’Aube dorée. Puis cinq meurtres se succèdent, tous revendiqués par un groupe qui se fait appeler « les Grecs des années 50 ».Le commissaire a fort à faire. D’une part il lui faut pourchasser les néo-nazis, les empêcher de perpétrer leurs sinistres exploits et retrouver les agresseurs de sa fille; d’autre part il doit enquêter et remonter la piste embrouillée jusqu’au mystérieux groupe dont le nom évoque les sombres années de la guerre civile, marquées par la répression et la misère. »

Bon, pour moi, c’est une roman qui tombe mal. Si on n’a pas oublié grâce aux média et à Markaris que la Grèce était dans une situation économique dramatique pour de multiples raisons, il faut néanmoins reconnaître que les événements récents français (attentats, COP 21) monopolisent les journaux et les chaînes et que ce qui se passe ailleurs sur la planète n’est plus couvert. Ceci dit, les Grecs, souvent considérés comme les parias de l’UE, ne vont pas se plaindre de ce manque d’éclairage, eux qui ont fait la une pendant de nombreuses semaines quand il n’y avait pas mieux à traiter par les rapaces des infos-poubelle qu’on nous sert généreusement de plus en plus. Viendra bientôt l’époque où on mettra des plages musicales sur les reportages des journaux télévisés afin de créer une émotion chez les téléspectateurs des grandes messes du 20 heures. Ceci dit, regarde-t-on encore le journal télévisé en France si on veut connaître un état du monde autre que celui imposé par nos dirigeants politiques et grands penseurs?

Mis à part ce passage à l’ arrière-plan de la crise grecque, la lecture de ce roman ne vous fera pas connaître des moments forcément plaisants ou roboratifs malgré l’humour et le talent de Markaris parce que voir le quotidien des Grecs basculant irrémédiablement vers le Tiers-Monde n’est guère réjouissant et donne à réfléchir sur notre avenir qui peut très bien rapidement devenir comme le présent des Athéniens.

Articulé, en gros, de la même manière que les autres volumes, cet opus vaudra une fois de plus par la triste réalité du pays que l’on voit vacillant à travers le quotidien du commissaire Kostas Charitos, d’ Adriani sa femme, de leur fille, Katerina, avocate et de leur gendre médecin. Dans chacune de ses intrigues Markaris intègre la famille Charitos et on peut ainsi voir les conséquences familiales des crises et décisions nationales ou dictées par les créanciers de l’UE désirant récupérer leurs billes.

Après avoir traité la situation politique actuelle et passée, les malversations politiques et les magouilles comme la corruption, Markaris en remet donc une couche en y ajoutant les fachos qui forcément, comme à chaque période de crise, font entendre leurs voix abruties et surtout dangereuses.

Ce roman paraitra peut-être inutile à ceux qui lisaient les romans de Markaris pour cet éclairage sur la situation chez les Hellènes mais il ravira les gens qui se sont attachés à l’univers familial et familier d’un auteur dont les écrits ont parfois le charme désuet des ambiances des romans de l’Italien Camilleri.

Wollanup

 

 

FONDATION 1 – Isaac Asimov, Folio SF

Oserais-je m’attaquer à ce monument de la SF ?Intimidée je suis mais quel bonheur de redécouvrir Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation compilé en cet unique et énorme volume.

Nous voilà donc propulsés environ 22000 ans après notre ère, dans une galaxie qui ne se souvient plus très bien d’où l’humanité est originaire. Et c’est bien là toute l’originalité de ce cycle de romans de science-fiction qu’Isaac Asimov a commencé à écrire Fondation dans les années 1950 (oui oui, ce n’est pas une faute de frappe) : l’auteur nous immerge dans la psychologie humaine de cette lointaine époque, pourtant étrangement similaire à celle contemporaine. Evoluant sur plusieurs générations, l’intrigue fait du présent le passé, du passé de l’Histoire, de l’avenir un calcul scientifique grâce à une discipline appelée psychohistoire et qui permet de prévoir mathématiquement le déroulement d’événements futurs sur la bases de calculs très compliqués et en prenant en compte des variables multiples et prévisibles (dont celle que constitue le comportement humain). Je prends le parti de ne pas trop vous en dire sur l’intrigue tentaculaire elle-même, de peur de la déflorer ; je me contenterai de dire que bien que complexe, elle est dès les premières pages prenante et ne vous laisse plus de répit. Vous ne pourrez bientôt plus vous empêcher de reprendre le livre, ne serait-ce que pour lire une page ou deux entre deux tâches du quotidien, et que vous vous creuserez les méninges très rapidement pour vous faire un avis sur la multitude de théories, de concepts, de théorèmes que vous croiserez au fil des pages. De la même façon, vous serez curieux de mieux connaitre les personnages, de déceler leurs véritables objectifs et de les démasquer, tout en tentant dans le même temps de comprendre leur place dans les savants calculs psychohistoriques d’Hari Seldon.

Le parti pris de l’auteur est de nous immerger immédiatement dans son roman par le biais de dialogues omniprésents et par une multitude de personnages principaux qui se répondent, et dont les existences renvoient les unes aux autres. Attention de ne pas être distrait : les anecdotes parfois contées, loin d’être des digressions inutiles, permettent souvent, plusieurs dizaines (voire centaines !) de pages plus tard de comprendre une situation nouvelle faisant intervenir une nouvelle variable ou inconnue. Une lecture exigeante donc, mais intelligente et passionnante surtout. On a du mal aujourd’hui à appréhender l’avant-gardisme de l’œuvre, mais on perçoit clairement et incontestablement toute l’ampleur du talent de l’auteur, sa clairvoyance quant à la nature humaine (et ses travers) et sa capacité extraordinaire à mettre en pages une œuvre aussi impressionnante et personnelle.

Caco.

Le marteau de Thor de Stéphane PRZYBYLSKI, éditions de Bélial

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Fin 1939.
La mission archéologique de l’Ahnenerbe est un échec : l’extraordinaire découverte faite dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir semble aux mains de l’ennemi anglais, et Friedrich Saxhäuser est porté disparu au large de Madère… Heinrich Himmler ne peut tolérer pareil camouflet, d’autant que ce qui a été mis au jour dans le Kurdistan irakien se révèle à ce point stupéfiant, impensable, que l’ensemble des forces en présence, à l’aube du plus grand conflit que l’humanité ait jamais connu, pourrait s’en trouver balayé… Aussi, alors que la Wehrmacht écrase la Pologne et que les Einsatzgruppen de Heydrich déchaînent l’enfer dans les rues de Varsovie, le regard des chefs nazis se tourne-t-il vers l’Ouest. Retrouver la cargaison du Siegfried est désormais crucial : l’Allemagne hitlérienne s’apprête à abattre le Marteau de Thor sur l’Angleterre…

Auteur d’ouvrages militaires et historiques, dont La Campagne de 1870, distingué par le prix de l’Académie de Stanislas, Stéphane Przybylski poursuit avec Le Marteau de Thor, deuxième volet de sa Tétralogie des Origines, son monumental projet romanesque imbriquant théories conspirationnistes et plongée au cœur des marges de l’Histoire, quelque part entre Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, la mythique série des X-Files de Chris Carter et Les Puissances de l’invisible de Tim Powers.

http://www.belial.fr/stephane-przybylski/le-marteau-de-thor

Bon le premier était excellent,je ne peux pas mettre ma première chronique, vu que des FDP nous ont piratés. Mais commençons par le début, celui-là peut se lire indépendamment du premier,

MAIS CE SERAIT UN SACRILÈGE DE NE PAS COMMENCER PAR LE DÉBUT BANDES DE BUSES.

POURQUOI ?

Parce qu’en nos contrée nous avons peu  d’auteurs de ce calibre.Peu de trames de cette envergure, mêlant autant d’inventivité, d’érudition, avec une belle plume. L’auteur ne change pas son système narratif, on se balade dans le temps, avec différentes personnes. Un système totalement maîtrisé qui ne perd jamais le lecteur mais enrichit plutôt la lecture. Difficile de parler plus de ce livre sans revenir sur l’ancien ou dévoiler des parties de celui-ci. On pourra juste parler d’une grande fresque où tous les ingrédient sont dedans, au poil de cul près. Problème, va falloir encore attendre le suivant……..

Entretien Philippe Cavalier pour HOBBOES

Et on remercie Fanny, les éditions Anne Carrière et évidemment l’auteur.

Let’s play!

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– Ce livre est annoncé depuis 2013, que s’est-il passé pour qu’il sorte finalement en 2015.

Hobboes a été annoncé longtemps avant sa parution et vous vous demandez légitimement ce qui a retardé ainsi la sortie de cet ouvrage. Vous le savez bien sûr, l’écriture n’est évidemment pas un processus automatique. Pas plus l’une que l’autre, quantité et qualité ne sont garanties par les (très) nombreuses heures consacrées à l’élaboration d’un projet ! Outre l’irrégularité de la production inhérente à toute entreprise créative, Hobboes s’est en outre révélé particulièrement complexe à mettre en œuvre. Sa matière a été longuement travaillée au point qu’il existe plusieurs versions de ce texte, certaines très différentes de celle publiée aujourd’hui. Mes hésitations quant-à ce projet sont en grande partie dues à l’abondance de sujets que je souhaitais aborder. De manière très prosaïque, écrire c’est trier ! Trier les envies, les sources, les fils narratifs… Les thématiques qui structurent Hobboes sont multiples mais j’aurais aimé, dans l’idéal, en traiter plus encore. Malheureusement, il s’est vite avéré que la densité d’informations nuisait fortement à la fluidité du récit et compromettait ce qui doit demeurer le but premier de tout romancier : le plaisir dû à ses lecteurs… Telle une matière physique, j’ai donc du pétrir cette surabondance jusqu’à l’obtention d’un texte équilibré. Par ailleurs et ainsi qu’il en était convenu avec mon éditeur, j’avais choisi de respecter un format unitaire. Ainsi que vous le savez, c’est la première fois que je contracte ma narration sur aussi peu de pages et c’est une contrainte qui, en toute franchise, s’est révélée elle aussi difficile à maîtriser ! Mon goût va spontanément à la fresque plus qu’à la miniature (si l’on peut encore nommer ainsi un roman de plus de 900 000 signes) et j’aurais aimé raconter l’histoire de Raphaël Banes et des Sheltas en 2000 pages plutôt qu’en 400. Au final, je ne regrette cependant pas cette brièveté qui donne une cadence rapide à la narration et m’a également permis d’en apprendre beaucoup sur mes propres dispositions créatives.

– Retour à vos premiers amours avec ce livre qui dépareille de vos derniers ?

J’ai eu beaucoup de plaisir à imaginer les aventures du marquis d’Orgèves au point même que je m’apprête à renouer avec lui. Attendez-vous donc à repartir un jour prochain chevaucher aux côtés de Gauthier pour une dernière et belle aventure… Mais ce nouveau crochet par l’univers du cape et d’épée n’est pas encore de brûlante actualité et cette annonce n’est qu’une façon d’amorcer la réponse à votre question. S’il est vrai qu’Hobboes arpente les territoires du fantastique ainsi que le fait Le Siècle des Chimères, la qualité de ces deux approches se révèle très différente. A de très rares exceptions près, le surnaturel dans Le Siècle s’appuie sur des éléments anthropologiques et des sources dûment référencées alors que l’irrationnel mis en scène dans Hobboes, d’essence plus libre et « poétique », correspond mieux au rendu que je voulais pour ce texte : une aventure commençant comme un thriller, se poursuivant presque en récit de terreur pour s’achever en épopée et que l’ensemble rappelle la fable. Le Siècle… est en outre centré sur cinq personnages. Le fantastique, conséquemment, s’y fait presque intime. Il demeure confiné à la trajectoire des protagonistes et ne contamine quasiment pas le monde autour de ces derniers. Dans Hobboes, en revanche, le surnaturel s’exprime généreusement. Sa révélation est la condition même du récit. Il contamine les foules, les peuples, les nations entières… C’est un fantastique de type religieux, eschatologique, et qui ne vaut que par son amplitude et son épanchement. A mon sens et d’une manière générique, le fantastique est une voie majeure pour l’exploration des âmes individuelles et des psychologies collectives. Avec l’épopée, c’est le genre littéraire qui m’apparaît le plus proche de la métaphysique et de la philosophie. Deux des plus belles façons de dire et redire, pour chaque génération, à la fois l’immense vacuité, l’insondable mystère et l’infini bonheur d’être humain en ce monde.

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– Question basique, pour mieux vous connaitre, comment en êtes-vous venu à écrire, et avez-vous d’autres passions ?

Je ne qualifierais pas l’écriture de « passion » et j’ai d’ailleurs bien du mal à définir ce qu’écrire signifie réellement pour moi. Disons simplement que c’est la seule activité en laquelle je me reconnais un minimum d’efficacité. Pour le reste, c’est une excellente manière de cultiver mon indépendance et c’est cela qui, au bout du compte, m’importe le plus. Evidemment, je suis toujours très heureux lorsque l’on me dit que mes textes distraient les gens de leurs soucis quotidiens. Ils sont avant tout faits pour cela… Quant-à savoir comment j’en suis venu à écrire, c’est avant tout l’histoire d’une évasion puisque j’étais promis à une carrière de professeur à laquelle j’ai désespérément voulu échapper. L’époque était celle de l’éclosion en France des sociétés de jeux vidéo. J’ai exercé le métier de game-designer et de scénariste dans ce milieu pendant quelques années avant, une rencontre opportune aidant, de passer à la littérature. Mais, comme le disait Jean Gabin de l’activité d’acteur : écrivain n’est pas un métier, c’est une occupation provisoire ! Tant que cela me permet de vivre, ce provisoire peut évidemment durer. Si cela ne devient plus le cas, je passerai sans regret à autre chose de radicalement différent.

– Hobboes se démarque de la production actuelle, sur le genre post apocalypse, vous portez un regard bienveillant sur l’homme, vous replacez les SDF, ou hobboes avec des yeux humains, d’où vous est venu toutes ces idées ? car il y a beaucoup d’humanisme de solidarité d’entraide, tout ce qui est train de disparaitre…..

Votre question ouvre des champs bien vastes… L’époque est chaotique et nous savons tous désormais que le temps de l’insouciance est terminé pour les sociétés occidentales. Les contradictions du système dans lequel nous avons vécu depuis l’après-guerre se révèlent chaque jour plus criantes et nous voyons que le modèle auquel nous avons prêté allégeance (ou plutôt celui que -bon gré mal gré- nous avons reçu en héritage), celui d’une sociale-démocratie étayée par l’alliance de la philosophie idéaliste de Kant et du pragmatisme fordien, produit une société fade dans laquelle manque quelque-chose d’essentiel. L’utilitarisme strict nous assèche et nous attriste. Pire, il produit rancoeurs et conflits. L’histoire de cette perte existentielle n’est déjà plus à faire. De nombreux essayistes en ont relevé les jalons tout au long de l’histoire quand d’autres -je pense à Claude Levi-Strauss ou Jean Malaurie par exemple- nous ont montré (ou remémoré plutôt) qu’il existe d’autres manières pour l’homme d’être au monde. Aujourd’hui plus que jamais le paradigme de la modernité post-industrielle s’effrite sous nos yeux et il me semble probable que notre génération se trouve contemporaine de sa fin dernière. C’est cette projection que, de façon très romanesque bien sûr, j’ai en partie voulu illustrer dans Hobboes. Je crois que les temps qui s’annoncent sont ceux de la réappropriation par les collectivités de leurs récits fédérateurs dont on a prétendu qu’ils étaient inutiles et dangereux (ce qui peut être vrai lorsqu’ils sont manipulés et atteints d’emphase) mais dont on a oublié qu’ils étaient surtout, en leur essence, d’indispensables facteurs de stabilité et de cohésion. L’humanisme que vous évoquez dans Hobboes est donc fortement teinté de cette espérance en un retour maîtrisé de ces armatures fédératrices qui nous seront d’un grand secours pour nous libérer de ce que d’aucuns ont nommé la « Matrice » et ce que j’appelle, dans Hobboes, la condition d’ « abonné ». En ce sens, oui, il est possible (et bien évidemment hautement souhaitable) qu’un nouvel humanisme renaisse sur ce qui demeurera de nos sociétés contemporaines une fois passée leur grande mutation. Après cette épreuve de remise en question, ce sera à la fois le devoir et la récompense des générations à venir que d’y travailler. Lamartine disait que ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. En bien des points, la réalité est, elle aussi, souvent impossible à regarder en face. C’est l’intérêt réel de la fiction que d’être une manière (et la plus élégante peut-être) que de permettre d’ensemble la révéler et l’endurer.