La Faux Soyeuse de Eric Maravelias. Série Noire Gallimard. 2014 par le corbac

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. Billet en deux temps en deux tons et sans demi mesure. Il y a du Goodis et du Thompson chez Eric Maravelias. Il manie la faux qui lui sert à écrire avec délicatesse, soyeusement et en douceur. Il y a ses mots et les maux, les tripes étalées sur la table comme pour se confesser ou remercier d’encore exister. Il y a la souffrance psychique et la douleur physique. Il y a le manque et l’absence, la foi et le foie qui prennent… Il y a la Faux… Commence par vivre, tu finiras par pourrir. A l’ombre des peupliers, finalement il y a trop à endurer. Années d’errance, solitude des silences. Dans le caniveau voir crever ces amis déchus et ramasser sans scrupule ce qu’ils y ont perdu. Plaisir égoïste et coupable que ce besoin perpétuel d’une pompe jetable pour nourrir la Pute qui te fera mourir. Désespoir dans chaque tiroirs. Honte et regrets à la pelle quand la vie aurait pu être si belle. Le mal n’est pas hormonal,juste fatal. Et quand après avoir tout essayé, Tu inscris le point final, Tu n as d’autre choix que de crever…comme un enfoiré.Le Corbac a aimé.

Gravesend, William Boyle, Rivages Noir 2016, Traduction Simon Baril par Monica

Vous, qui entrez dans ce roman, laissez dehors toute espérance.

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« Dans sa tête, Conway voyait le film des deux prochaines heures : Ray Boy à genoux sur la plage de Plumb Beach, les yeux fermés, Conway et lui éclaboussés par les phares des voitures sur la rocade, Conway appuyant le pistolet contre le crâne de Ray Boy, pressant la détente, le cerveau de cet enculé se répandant dans la nuit. Générique de fin. »

Au sud de Brooklyn, Gravesend, un nom lourd qui pèse de tout son poids sur la vie de ce quartier italien figé dans un passé désormais éteint. Un quartier fantôme dont les habitants errent dans les limbes de la folie, du regret, de la sénilité, des désirs de vengeance. Conway d’Innocenzio et son père, Stéphanie et sa mère, Eugene et Sweat, jeunes pousses déjà pourries sur pied, des personnages en souffrance portant en eux la fatalité de Gravesend.
Alessandra Biagini est la seule à avoir réussi à s’extirper : « A dix-huit ans, Alessandra était partie pour Los Angeles. Elle voulait laisser Brooklyn loin derrière elle, elle voulait devenir actrice, alors le choix de L.A. semblait s’imposer. Ses parents, surtout sa mère, n’avaient pas compris. Pourquoi quitter le quartier ? Juste de l’autre côté du pont il y avait Manhattan, c’était aussi bien pour être actrice. Mais, pour une raison ou pour une autre, Alessandra avait envie de fuir ce quartier. »

Mais elle finit par revenir à Gravesend. Sa présence, son regard qui aura pris le lointain et se sera détaché de l’ambiance poisseuse de son quartier de naissance, sont cruciaux dans le fil narratif du roman. Parce que devant elle, les anciens collègues d’école sont devenus des êtres cabossés et pitoyables, conscients de leur déchéance et cependant mus par une force auto-destructrice qui les dépasse.

Conway d’Innocenzio attend depuis seize ans le moment où il pourra venger la mort de son frère, Duncan. Le responsable, Ray Boy Calabrese, ancien caïd du quartier et de leur école, vient de sortir de prison. Jusque là rien à signaler. Ce serait sans compter avec le talent et la finesse avec laquelle William Boyle décortique l’âme humaine: le désir de vengeance peut avoir de multiples facettes. Le tandem Conway – Ray Boy, en recherche de rédemption, traverse tout le récit en réveillant dans son sillage d’autres peines, d’autres frustrations.

Eugene, quinze ans, neveu de Ray Boy : boule de colère boiteuse qui se rêve digne héritier de l’oncle hors-la-loi, prétend que sa jambe folle est la conséquence d’une balle l’ayant pris pour cible. Pur produit de son quartier, Eugene n’a aucunement l’intention de dépasser sa condition, bien au contraire : les efforts de sa mère pour lui payer une bonne école et le faire sortir de la fatalité Gravesend sont sabotés systématiquement jusqu’au point de non-retour.

Stéphanie. Stéphanie Dirello. Habite toujours au bord de la rue avec sa mère. « La pauvre Stéphanie. A vingt-neuf ans, imaginez ça. Menant la vie d’une gamine de quatorze ans. Alessandra n’en revenait pas. »

Vous comprenez, Gravesend est d’une noirceur sans fin : on ne peut jamais quitter certains lieux et si on les quitte malgré tout, on les emporte dans nos bagages.
Les personnages qui évoluent à Gravesend n’en sortent que pour mieux revenir. Regardez Pop, le père de Conway : « Il n’avait jamais mis les pieds ni à Manhattan, ni dans le Bronx (ne serait-ce que pour voir un match des Yankees en vrai), ne ressentait pas le désir de visiter le Queens (qu’est-ce que j’irais y foutre ?), et n’était retourné à Long Island – où dans les années soixante-dix il avait acheté deux concessions au cimetière de Holy Garden parce que les prix étaient bradés – que pour l’enterrement de son fils. Après la mort de Duncan, son périmètre s’était encore réduit. La maison. L’église. Point final. »

Oui, mille fois oui, les éditions Rivages et François Guerif ont eu raison de choisir William Boyle pour ce millième de la collection. Non seulement il est bourré de talent mais il vous entraîne dans son univers (fût-il noir et rempli de spleen) avec une facilité déconcertante – d’ailleurs la traduction de Simon Baril y est sûrement pour quelque chose !

Pour bouquiner en musique :
http://next.liberation.fr/livres/2016/03/25/william-boyle-je-ne-peux-aller-nulle-part-sans-un-tom-waits_1442078

Gravesend, William Boyle, Rivages Noir 2016, Traduction Simon Baril

Du sang sur la glace – Jo Nesbo (Folio Policier)

 

Olav est un garçon solitaire, qui se tient loin des gens par goût. La seule personne qui trouve grâce à ses yeux c’est Maria, une jeune femme sourde et muette, mais il se contente de lui murmurer des mots d’amour lorsqu’il est sur qu’elle ne peut l’entendre. Dyslexique, il aime les mots mais ne les comprends pas toujours… à moins que ce ne soit eux qui se dérobent. Jusque là, Olav pourrait être n’importe quel homme timide et réservé. Sauf qu’Olav est un « expéditeur ». Pas de colis, non. Il tue des gens, et il le fait bien. Sans état d’âme, sans laisser interférer des sentiments personnels. Comment en est-il arrivé là ? Ben, il ne sait pas faire grand-chose d’autre, lui-même le sait bien. Alors il expédie pour le compte d’un vrai méchant. Mais lorsque celui-ci lui demande de tuer sa femme, la vie d’Olav prend une bien étrange direction : non seulement il a pour principe (car il a des principes, ça c’est sûr) de ne pas tuer des femmes, mais il sait également que ce contrat le conduira à la mort. Il n’est pas bien intelligent mais il connait son métier : il en saura alors trop sur son boss, qui ne pourra le laisser vivre. Il va falloir à Olav un nouveau plan dans lequel, sans qu’il ne comprenne vraiment comment, est incluse la victime, Corina.

Ce court thriller marque avant tout par sa poésie : Olav est un homme qui, au-delà de ses activités peu conventionnelles, regarde la vie à travers un prisme très particulier. Il aime le silence, il aime les dessins que fait le sang de ses victimes sur la neige, il aime ces mots qui lui échappent, il aime observer ses contemporains (et pas seulement lorsqu’il doit les assassiner ensuite). Sous la plume d’un formidable Jo Nesbo, les rêves d’Olav se confondent avec sa réalité, trop dure et trop sombre. Car Olav aime aussi rêver et s’en donner le temps. Il imagine ce que ça vit aurait pu être, ce qu’il aimerait qu’elle soit. Alors que l’intrigue est ancrée à quelques jours de Noël, il y a dans Du sang sur la glace quelque chose d’un conte de Noël, l’un de ces revirements de personnalités que l’on suit généralement dans ce genre de textes. La neige embellit et assourdit même le sang et les coups de feu, leur donnant quelque chose d’irréel. La personnalité d’Olav aussi, entière, brute, presque enfantine, correspond à cette littérature : il est amoureux immédiatement, rêve d’une vie remplie d’amour, n’a pas de haine et ne calcule pas plus que pour rester en vie. On ne peut que s’attacher à cet assassin sans méchanceté – dualité que l’on retrouve tout au long du texte.

Du sang sur la glace est, vous l’aurez compris, une lecture passionnante et originale ; on ne s’attend par forcément à trouver dans ce champ Jo Nesbo et pourtant ce thriller poétique qui mêle ombre et lumière est une évidence, une réussite incontestable.

Pas évident de partager la vie de quelqu’un quand on est «expéditeur» à la solde de Daniel Hoffmann, l’un des plus gros trafiquants d’Oslo… Mais, lorsque votre patron vous demande d’expédier sa jeune et belle épouse infidèle et que vous tombez amoureux de votre cible, les choses se compliquent singulièrement.

A paraître: L’EUROPE APRES LA PLUIE de Philippe Curval, la volte

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Le roman

À travers les trois romans parus de 1976 à 1983 qui composent l’Europe après la pluie, Philippe Curval imagine avant la lettre une Union Européenne sans étrangers, aux frontières infranchissables…
Dans Cette chère humanité, au début du XXIe siècle, l’Europe occidentale s’est brutalement repliée sur elle-même. Pour former le « Marcom », communauté totalement autarcique douze états qui, après avoir chassé tous les étrangers de son territoire, a érigé sur ses frontières d’infranchissables barrières.
Figé économiquement, le Marcom l’est aussi socialement, moralement, esthétiquement.
Dans leur confortable enfer climatisé, seuls les privilégiés peuvent s’offrir un ersatz d’éternité : des cabines à ralentir le temps. Restent quelques marginaux. Et surtout Belgacem Attia, l’espion qui vient des anciens pays en voie de développement qui forment désormais une union structurée — pour s’opposer au conditionnement qui coupe l’homme des puissances de l’instinct et des ressources infinies de l’imaginaire.
Roman touffu dans lequel on rencontre des créatures végétales, des adorateurs de la pollution, des “montreurs de rêves” qui peuvent matérialiser les paysages mentaux des gens. Sans aucun doute l’un des romans les plus importants de la science-fiction française.
Par son sujet, Le dormeur s’éveillera-t-il ? prend abruptement le contre-pied des thèses écologistes qui font aujourd’hui florès. Le monde du Dormeur, l’Europe en pleine désagrégation, n’est qu’un vaste bouillon de culture : de l’écologie au fascisme en passant par les dangers de l’énergie spatiale solaire pour changer et les bienfaits de l’énergie nucléaire (?). P. Curval, on n’en doute plus, a le sens de l’humour grinçant… l’humour qui se retourne contre le lecteur. Un livre présage, existentialiste, anarchisant.
En souvenir du futur, fourmillant de notations exotiques, de postulats poétiques dont la science pourrait faire son profit, renouvelle de façon excitante et ambiguë le thème du voyage dans le temps. Le Centre de Gestion Temporel envoie ses agents à travers le temps afin de réguler la marche des événements et de voir se concrétiser le Marcom. Pour ces voyages, délaissant la machine ou la chimie, Philippe Curval a choisi une troisième force : la passion. Grâce au voyage analogique, Georges Quillan est à même de s’ancrer dans telle ou telle époque et ses étapes sont autant de femmes qu’il a connues : Inglès, Jickie, Véra, Aziza et Nancy.
Sera-t-il susceptible d‘influencer le futur proche ? Pourra-t-il éviter la fin du monde que certains ont cru apercevoir ? Son héros court, en quelque sorte, à la recherche d’un avenir perdu, et sa quête a un parfum prononcé d’angoisse.

Deux nouvelles inédites de l’univers du Marcom
L’Homme immobile – Bruit de fond.

Préface de Jean Quatremer (Correspondant auprès de l’Union européenne de Libération et auteur du blog « Les coulisses de Bruxelles »).

Image de couverture : L’EUROPE APRES LA PLUIE, 1942, Max Ernst.

L’auteur
Couronnée par de nombreux prix, son œuvre comporte des classiques de science-fiction La Volte a publié un recueil de nouvelles fantastiques, « L’homme qui s’arrêta » (2009), deux romans « Juste à temps » (2013) et « Akiloë, ou le souffle de la forêt » (2015).
Philippe Curval partage son temps entre Paris et la baie de Somme., il est considéré comme un des piliers de la SF française.

L’EUROPE APRES LA PLUIE
de Philippe Curval
Parution le 8 avril 2016

Préface de Jean Quatremer
Omnibus comprenant 3 romans : Le dormeur s’éveillera-t-il ? – En souvenir du futur – Cette chère humanité

25 euros
Science–fiction
896 pages
ISBN : 9782370490186

Sagittarius de Sébastien Raizer, série noire

Sagittarius A* est une source intense d’ondes radio, située dans la direction de la constellation zodiacale du Sagittaire et localisée au centre de la Voie lactée

 

Parmi les dizaines ou centaines de livres qui sortent dans une année polardesque, on trouve à peu près tous les styles, mais de manière récurrente. En ce moment c’est la vague Redneck campagne qui a le vent en poupe….Nous avons aussi les auteurs attendus, les têtes de gondoles qui continuent dans leur style, les nouveaux qui émergent, ………Pour en en finir ou ? Parfois dans la lassitude, même si l’on tombe sur de très très belles choses, on tourne un peu en rond……….Ce qui n’est pas le cas ici…..

Et là, après le premier tome, Sébastien Raisez se démarque, jongle, fait un sombrero et goallllllllllllllllllllllllllllllllll : traduction, il émerge et surfe sur la vague livresque…..

Cette distinction et différence, provient de différents égrégores….

Ce livre est d’une densité foisonnante de références littéraires, musicales, théologiques, technologiques, psychologiques, neurologiques, sans jamais s’aventurer dans le cyber polar, nous sommes bien  en 2016. Sil auteur ne transcende pas les genres, il crée le sien. Et nous pouvons continuer de vivre ce polar avec toutes ces références….longtemps, longtemps, répéter ce mantra…. »Devant le gouffre faire un pas »

Le livre ou l’on s’approche de la vérité, de son alignement, on arrive à concevoir ou s’approcher de ce fameux alignement en 3 phases….,

On eut dire que le premier que l’on avait trouvé  génial, n’est qu’un petit feu de broussaille, celui-là est l’incendie qui ravage tout. On retrouve nos protagonistes, du premier, chacun, assez mal en point après l’affrontement contre la vipère, un peu perdu….Le gang survivra-t-il à cela….., spoiler…….

On peut prendre le train en route, l’auteur nous fait grâce d’une petite intro pour attaquer le second sereinement. Mais ce serait se rendre coupable de louper cette montée en puissance entre les deux livres.

Construit avec un vocabulaire riche, il est de bon aloi d’avoir parfois un dico pas loin. Mais n’ayez pas peur, tout est très compréhensible. L’auteur maitrise à la perfection la narration, et son écriture explose dans tous les sens dans un cadre parfaitement menée.

 

Livre d’apprentissage ou de déconstruction, je n’ai pas la réponse, qui peut l’avoir ? A chacun son ressenti, pour d’autres ils ne prendront que cela pour un policier de plus……

Parallèle obligatoire avec M G Dantec ? Oui et non, une réponse de normand……. Oui pour la création d’un style, et d’une modernisation du polar et non pour le reste….bien heureusement….

Pas saisi par contre le fait de balancer en Mars 4 séries noires d’un coup. Effet de manche avec les salons ? On risque de s’y perdre un peu, au détriment des 4 livres……

Envie de neuf, de nouveauté, de réfléchir c’est ici

Dans un an on espère lire dernier tome de cette trilogie qui marquera le polar des années 2010 et consorts…..

L’auteur semble clairvoyant sur nos maux, la société, et espérons qu’il se trompe quant à la finalité de l’humain…

Rendez-vous quand ?

Bull Mountain, Brian Panowich, Trad. Laure Manceau, Actes Sud 2016 par Monica

« Pour la dernière fois, dit Hal. Fais demi-tour, monte dans ta caisse et oublie-moi, ou je te jure, Clayton, que je balance ton cadavre dans le ravin en pâture aux ratons laveurs.

Clayton n’entendit pas vraiment la menace car il essayait de se rappeler quand son frère l’avait appelé par son prénom pour la dernière fois. Ça remontait à l’époque où ils étaient gamins. Il soutint le regard de Halford et n’y vit rien d’autre qu’une rage vaine qui bouillonnait comme les nuages noirs que les vieillards avaient dû voir.

[ … ] Hal était toujours le mec qui pouvait s’asseoir et siffloter tranquillement pendant que ses ennemis étaient en train de brûler vifs attachés à un arbre à cinq mètres de lui. Clayton était presque prêt à croire que son frère pourrait le tuer lui aussi. »

26 chapitres valsés presque sur un pas en avant, l’autre en arrière. Une valse temporelle sombre et poisseuse que les habitants de Bull Mountain commencent pour vous en 1949 sous la houlette d’un narrateur omniscient qui dirige l’orchestre d’une main de maître.

 

26 chapitres qui, de décennie en décennie, laissent tomber les linceuls qui enveloppent le clan Bourroughs depuis le crime originel qui aura fait d’eux une lignée maudite.

 

Un seul parmi eux a eu le courage d’essayer de briser les chaînes : Clayton Burroughs, dernier de la lignée. C’était sans compter avec la malédiction irréversible qu’un fratricide impose à la famille qui en est frappée.

 

Clayton est devenu shérif dans la vallée surplombée par la montagne où ses frères, comme auparavant leur père et leur grand-père, règnent en maîtres tout-puissants. Le trafic d’alcool a seulement été remplacé depuis par celui de cannabis et de méthamphétamines. Les Burroughs et leurs sujets forment une petite armée autogérée. Leur came se déverse sur plusieurs états, leurs partenaires privilégiés se trouvent en Floride. Personne ne touche aux Burroughs, encore moins le frère qui a choisi le camp ennemi.

 

« Parce que tu crois que je suis venu pour papoter ? J’en ai fini de parler avec toi. La seule raison pour laquelle tu es encore dans cette vallée à jouer au shérif, c’est parce que je le permets. Si tu es encore en vie, c’est parce que je le permets. Tu penses avoir du pouvoir ? Tu penses que tu peux me la faire à l’envers ? T’as pas idée du pétrin dans lequel tu t’es fourré, frérot. »

 

Naître et grandir dans une pareille famille ne vous laisse pas en sortir indemne. Clayton arrive à maintenir un équilibre assez précaire grâce, entre autres, à Kate, sa femme, une belle femme coriace qui est déterminée à faire suivre une autre route à l’éventuel prochain descendant Burroughs. Comme tous les hommes dans sa famille, Clayton a l’alcool mauvais. Mais il arrive à rompre même ce lien malté et le jour où nous le rencontrons, cela fait un an qu’il préserve son abstinence.

 

Simon Holly, agent de l’ATF, débarque un jour dans le bureau du shérif pour lui laisser entendre qu’il y aurait une possibilité de faire sortir de la course le dernier frère Burroughs en vie, sans trop de casse. A Clayton de se charger des négociations.

 

Sur ce premier plan narratif situé en 2015, se greffent des flash-back qui déconstruisent le passé des Burroughs jusqu’à ce que nous, lecteurs, soyons en mesure de le reconstruire pour mieux saisir les enjeux du présent.

 

Rye, Cooper, Gareth, Halford, Clayton, autant de branches sur un tronc pourri par la racine. La question est : y a-t-il une possibilité de rédemption ? Comment dépasser sa condition lorsqu’elle est marquée par le sceaux du péché originel ?

 

En lisant ce roman, ces questions tourneront sans cesse dans votre tête parce qu’ici tout a un sens et plus vous avancerez dans la lecture, plus vous comprendrez la profondeur de ce sens.

 

Bull Mountain est un roman d’une noirceur magistrale. Brian Panowich a très bien fait de se mettre à l’écriture, son talent est indiscutable. On a dû le lui faire savoir d’ailleurs, il est en train de préparer la suite de ce premier opus ! Et ça, c’est une super nouvelle.

 

« Elle songea plusieurs fois à changer de direction, à partir vers un nouvel endroit. […] Elle maintint le cap vers Bull Mountain. C’était chez elle. »

 

Bull Mountain, Brian Panowich, Trad. Laure Manceau, Actes Sud 2016

 

 

Fabrika de Cyril Gely, Albin Michel ed., 2016, by Monica

«  Andreï habite un bel immeuble près de la station Poshtova. Quatrième sans ascenseur. Il est ravi de m’héberger. Sa femme, Svitlana, l’est aussi. Et je passe en leur compagnie trois jours paisibles. Le modem que l’agence Safran m’a dégoté marche à merveille. J’ai sélectionné une petite dizaine de photos qu’elle n’a eu aucun mal à revendre. Pourtant les journaux s’intéressent peu à cette guerre. Aucun gros titre, uniquement quelques entrefilets ça et là. Andreï ne comprend pas. J’ai de mon côté plus l’habitude de ce genre de rejet. L’Ukraine n’est qu’à deux heures de l’Allemagne, et à trois de Paris, mais ce qui se passe ici n’intéresse personne. Qui connaît sa capitale, Kiev ? Avant de partir, j’ai été surpris du peu de publications à son sujet. Deux guides seulement existent sur l’Ukraine, quand on en compte vingt ou trente sur l’Italie, l’Espagne, ou la Russie. »

 

Durant la lecture de Fabrika je me suis retrouvée à remercier son auteur à plusieurs reprises d’avoir souligné avec autant de pertinence le symptôme « deux poids deux mesures » dont souffre notre bas monde.

En effet, dans ce thriller très bien ficelé, qui vous laisse à peine le temps de respirer, tellement le narrateur s’en prend plein la figure, la toile de fond géopolitique est le prétexte pour soulever un certain nombre de questions essentielles de notre époque.

 

Le sujet principal du roman : le trafic d’organes et ses inépuisables sources dans les zones de guerre, les territoires sinistrés, les populations pauvres. L’enquête que Charles Kaplan, le narrateur, se retrouve à mener, presque par hasard, à partir de Kiev, le conduira de plus en plus à l’est, en faisant une boucle par Prague, Budapest, Bucarest pour piquer droit vers la Turquie et ensuite la Chine.

 

J’aimerais beaucoup savoir combien de temps Cyril Gely a consacré au travail de documentation, l’enquête de Kaplan est absolument passionnante, même si le sujet donne froid dans le dos à plusieurs reprises, à chaque fois où l’on se rend compte du côté absolument abjecte d’une certaine nature humaine.

 

Entre ceux qui n’ont rien d’autre à vendre à part un morceau d’eux-mêmes, comme Lucian, le Roumain qui obtient 8000 euros pour un rein, unique possibilité pour accéder aux études d’architecture et ceux dont la vie ne tient qu’à un fil et qui payent 75 000 euros le même rein, à l’autre bout de la chaîne, d’autres qui se servent parmi les victimes de guerre, séisme, j’en passe et des meilleures pour abreuver un marché de plus en plus juteux, d’autres encore, quantités négligeables, SDF, prostitués, orphelins, invisibles, dont l’absence subite n’inquiétera personne mais contribuera à maintenir en vie de riches inconnus…

 

Mais Fabrika est d’abord un thriller et les nombreux rebondissements vous le rappellent constamment: le périple de Kaplan, le lecteur l’aura aussi dans les pattes une fois qu’il aura tourné la dernière page ! Les personnages, majoritairement des femmes (une dans chaque port ) parviennent à adoucir l’univers plombant dans lequel évolue le narrateur. Les ressorts romanesques sont très bien maîtrisés, c’est la partie agréable de la lecture, on se fait balader et on aime : on sursaute même parfois.

J’ai aimé la tendresse du regard que le narrateur pose sur les pays qu’il traverse : ici pas de clichés faciles ou de battements de cils enamourés devant un pseudo-exotisme fantasmé. Kaplan voit les pays à travers les rencontres qu’il y fait: Andreï et Raïsa, les Ukrainiens, Nina, Sofia, Lucian, les Roumains, Nuray Shafak et le professeur Eyüboglu en Turquie, la jeune Li-Ming en Chine. Chacun a une histoire qui est intrinsèquement liée à l’histoire de son propre pays.

 

« Je mitraille la scène sans savoir si ces clichés intéresseront Safran. Il y a un pas tout de même entre des photos de guerre et des tissus congelés. C’est certain que les seconds sont moins spectaculaires. Mais il me semble qu’on ne peut pas laisser passer ça. Ne rien dire, ne pas témoigner, serait criminel. Pour Sofia, que l’on sache est essentiel ! Elle compte sur moi.

Comme toujours c’est une lutte contre l’oubli. »

 

Last but not least : à travers Kaplan, Cyril Gely rend hommage à tous les photo-reporters dont le travail est rendu de plus en plus pénible par la quête irrationnelle du sensationnel dans les médias. Le traitement inégal de l’information en dépit des risques inouïs pris par les professionnels sur le terrain tient souvent de l’obscène.

Et c’est important de ne pas l’oublier.

 

« Là-bas, sur un conflit, tout est simple, plus de loyer à payer, plus de quotidien, personne ne vous dit ce que vous avez à faire. Votre job c’est de sauver votre peau et de ramener les plus belles photos. Car Safran veut du scoop ! Tout le monde veut du scoop ! En moyenne, la durée de vie d’un reporter s’échelonne sur cinq ans. Ensuite, neuf fois sur dix, il tombe en dépression, dans l’alcool, la dope, ou sur une mine. La guerre, ça vous change ou ça vous tue. »

 

Fabrika, Cyril Gely, Albin Michel ed., 2016

 

 

 

 

 

L’amante d’Étretat de Stanislas Petrosky, par le corbac, éditeur L’atelier Mosésu (2016)

Isabelle et Frédéric vivent une des plus belles histoires d’amour qui soit, passionnée et fusionnelle. Mais un jour où Frédéric part s’adonner à sa passion, la planche à voile, il disparaît corps et bien en mer. Isabelle va doucement mais sûrement sombrer dans la folie sans Lhomme qu’elle aime.
Stanislas Petrosky nous entraîne dans les méandres de la dépression. Jusqu’où le manque de l’être aimé peut-il mener ?
Mais l’auteur venant du monde du polar, il se pourrait que L’amante d’Étretat ne soit pas qu’une simple histoire d’amour tragique.

 

C’te claque qu’il a pris le Corbac! Il en reste bec béant, les ailes déployées et les pattes dans le vide.
Petrosky ( alias Sébastien Mousse) l avait déjà agréablement surpris avec son Ravensbrück, mon amour. Mais là… Là on est plus dans la même gamme. On est passé du rayon chic de Prisu au rayon choc des Galeries Lafayette…
C’te claque qu’il a pris le Corbac, même que ça l’a collé en plein vol! Arrêt sur image comme un couillon de volatile stupide qui planerait à 12 000…
Déjà c’est tout aussi bien écrit que son premier opus; c’est dire! On y retrouve les justes mots, sans chichis ni excès de zèle. Des sentiments justes et justifiés, voire justifiables. Des émotions prenantes et envahissantes qui te laissent les larmes aux coins des yeux ou la bouche entrouverte, la gorge nouée ou la boule au ventre au point que tu ne sais pas si t’as envie de te rouler en boule pour chialer ou te jeter du haut d’une falaise pour t’écraser comme une souillure sur un rocher!!!
C’te claque qu’il a pris le Corbac! Il en est tombé en plein vol et s’est écrasé au sol…
Faut dire qu’il sait manier les maux et le suspens le Petroski! Il arrive, sympa, avec sa bonne bouille et son grand sourire avenant et il te dit: « Viens petit, j’vais te raconter une histoire. » Toi, sympa, tu dis OK et tu le suis. Alors il t’emmène. Il t’emmène découvrir le chagrin et le malheur, la dépression et le deuil, la souffrance et le poids des souvenirs. Il te fait braire les chaumières que ça ferait presque un raz de marée. Toi, t’es là comme un couillon avec déjà deux paquets de kleenex usagés dans les pognes et tu te dis mais j’en peux plus! Mais ça va s’arrêter et tu renifles, essuyant la morve de ton nez qui s’écoule comme la lave du Vésuve, ravageant tout sur son chemin.
Mais t’avances, tu t’accroches tu veux en sortir de ce chagrin, de ce deuil, de cette tristesse oppressante, de cette douleur omniprésente alors tu tournes les pages…
Et là… Pan tu te prends un coup de grenaille que t’en réalise pas tout de suite que c’est fini! Tu te dis non! Pas vrai? Pas possible! Il a osé ? Il a pas fait ça !!! Tu sais pas si tu dois le détester ou l’encenser. Tu lui en veux que tu lui arracherais les ongles avec les dents mais en même temps tu peux pas t’empêcher de le remercier.
Le remercier de t’avoir emmené et de t’avoir égaré avec tant de finesse et tant de talent. De t’avoir rappelé combien l’amour c’est beau et fort, combien l’amour est tellement puissant qu’il efface tout….
Tu lui dis alors merci de t’avoir fait redécouvrir la force de ce sentiment si important.
Merci…

L’homme posthume, Jake Hinkson, Néonoir Gallmeister

Les choses ont vraiment mal tourné quand Elliott s’est suicidé. Ou plutôt quand il a raté son suicide. Car après être resté mort pendant trois minutes, le voici ramené à la vie. Et il y a cette jeune infirmière un peu étrange qui prend soin de lui. Il n’a toujours rien à perdre alors pourquoi ne pas faire un bout de chemin avec elle. Mais une fille comme ça ne voyage jamais seule, alors Elliott devra composer avec des jumeaux débiles. Et Stan the Man

Traduit par Sophie Aslanides

Et pan après un long roman qui a été une bonne déflagration, l’auteur revient avec un court…roman benzur Une bonne grenade dans ta tête, le tout sur 24 heures avec des thèmes  récurrents, comme dans son premier, mais pas que….. récit court, mais dans le temps aussi, l’action se passe en une journée, la vie d’un éphémère…

Etrange histoire que celle-ci, avec cet auteur on  n’est toujours dans l’introspection, la bible, le reste, le cul du monde des moins que rien.

Si parfois le rythme ralenti, on décolle un peu du livre, il n’a pas  la force de frappe du premier, et mis à part le héros, les personnages manquent de profondeur ,je dis bien mais, mais, il y a une fin,  qui comme dans un dessin animé de tex Avery, vous laissera la mâchoire au sol….

 

 

 

 

Le cimetière des hirondelles – Mallock (Fleuve noir)

 

Sans que personne ne comprenne pourquoi, un jeune homme brillant traverse soudain le monde pour aller assassiner un homme qu’a priori il ne connait pas. Que cette victime soit la pire des ordures ne change rien : ce professeur en archéologie semble avoir disjoncté pour une raison inconnue de tous… et peut-être même de lui-même. Le voilà enfermé et blessé dans un hôpital de Saint Domingue, où il n’aurait jamais du mettre les pieds. Et Mallock n’aurait jamais du être mêlé à cette affaire non plus si son bon cœur (qu’il tente de cacher le reste du temps) ne l’avait pas fait promettre à la sœur du meurtrier, qui n’est autre que sa proche collaboratrice Julie, de le ramener en France pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Voici Mallock obligé de songer à s’acheter un bermuda et à lui-même prendre l’avion pour cette destination qui ne le fait absolument pas rêver, et au début d’une nouvelle affaire complexe et complètement folle, teintée de folie et de violence.

Quelle plume mes amis ! Si elle n’occulte tout de même pas la qualité de l’intrigue de ce superbe thriller, elle n’en reste pas moins ce qui page après page nous ravit. Etiquetté Thriller littéraire, ce texte est un plaisir de chaque ligne ; fascinante, l’intrigue nous tient en haleine dès le premier chapitre d’introduction et nous plongeons avec plaisir et impatience dans le tourbillon d’événements dans lequel plonge Mallock, ce personnage si particulier et qui pourtant trouve toute sa place dans le panthéon des commissaires vedettes de polars et thrillers ! Très imagée, l’écriture nous dépeint l’atmosphère poisseuse de Saint Domingue et de l’enquête et la beauté de cet environnement exotique et sauvage. La violence est incontestablement amplifiée par la beauté de la plume, créant un contraste magnifique et complètement addictif.

Bref, on a aimé tant est plus Le cimetière des hirondelles, et quelque chose me dit que vous aimerez aussi : foncez !