LE PRINCE DÉCHU Les enfants de l’Atlantide 1 de Bernard Simonay chez Folio SF

Golfe du Morbihan, il y a 6500 ans. Jehn, le fils du chef de la tribu des Loups, fait partie de ces hommes qui érigèrent des tumulus, des dolmens, et organisèrent selon des lois qui restent partiellement secrètes, ces alignements de menhirs que nous connaissons. Mais Jehn est aussi bien plus que ça, et il l’a toujours su grâce à des visions qui, s’il ne les comprend pas, le démarque de ses amis et de ses proches. Doté d’une force surhumaine et d’une clairvoyance qui, elles aussi, le distinguent des autres membres de sa tribus et lui assurent une renommée bien au-delà des frontières du village, il reste pourtant au service de sa communauté et tient avant tout à mener une vie calme, faite de chasse et de ceuillette, au sein d’une famille aimante. Pourtant, lorsque la haine d’une poignée d’hommes décide de la mort d’une partie de la tribu des Loups et de la mise en esclavage et de la déportation des autres, Jehn sait bien que lui seul pourra sauver ceux qui peuvent l’être, même si cela doit à jamais changer sa vie.

En mêlant mythes et légendes celtiques et bretons et histoire, Bernard Simonay nous offre un roman de fantasy passionnant et extrêmement riche, largement inspiré des mythes animistes et des mythologies celtes. Reprenant l’idée selon laquelle seule une civilisation très avancée aurait pu ériger les menhirs de Carnac notamment (au mégalithique si l’on en croit les spécialistes), l’auteur met en scène des tribus maîtrisant tout à la fois l’astrologie, la vannerie, l’agriculture, l’art de la navigation ou encore la médecine naturelle. Cela lui permet de développer une intrigue portée par des personnages hors du commun et de faire affronter à Jehn les pires situations au travers desquelles il se révélera peu à peu au monde et à lui-même. Une quête personnelle donc, pour connaitre ses origines, mais également une campagne pour sauver son peuple, qui nous font voyager dans la Bretagne mégalithique. Entre faits historiques et mythologie, Bernard Simonay nous offre un roman de fantasy très bien mené et foisonnant, fort d’un ancrage historique maîtrisé et d’une intrigue passionnante dans laquelle il met déjà en scène les valeurs les plus essentielles de nos civilisations, qu’elles les servent ou les desservent, qu’elles les mènent à vivre en harmonie ou les mettent en conflits.

Ce premier tome est donc prometteur (comme le savent déjà ceux qui ont lu les grands formats !) et mérite de figurer dans les bibliothèques des amateurs de Fantasy ! Parole de moi.

Caco.

SIX JOURS de Ryan Gattis chez Fayard

Alors, c’est assez incroyable quand on connait leur catalogue mais il me semble que Fayard a sorti ici le meilleur polar de l’année, tout simplement. Ce roman est ce que l’on appelle de plus en plus communément une tuerie et je vais tenter de façon imparfaite de vous convaincre tant il y a à dire et à analyser dans cette apocalypse des émeutes de L.A. de 1992  qui sert de cadre à cette symphonie du mal et de la misère.

 

Six jours, plus de 50 victimes,2300 blessés, des arrestations par milliers, 3600 départs de feu, 1100 bâtiments détruits, 1 milliard de dollars de dommages matériels, l’ordre public disparu, la ville aux mains des pillards et des gangs, bienvenue dans la cité des Anges en avril 1992 quand le verdict  acquittant les quatre flics coupables d’un passage à tabac de Rodney King déclenche un mouvement de colère et d’indignation de la communauté noire point de départ d’émeutes qui n’auront plus grand-chose à voir ensuite avec une lutte pour des droits de la part des minorités.

La timelines  du L.A Times créée en 2012 pour le vingtième anniversaire satisfera et stupéfiera les personnes qui n’ont pas connu cette époque.

Ryan Gattis ne raconte pas l’évolution du chaos sur ces six jours, ne s’intéresse pas à la résolution politique de la crise, non, il nous montre les conséquences individuelles de cette situation unique d’une grande ville américaine où la force publique a complètement disparu, une situation de guérilla urbaine sur une énorme échelle dans une mégapole où les différentes ethnies se supportent comme souvent difficilement. D’ailleurs le titre original « All Involved » est bien plus précis que le titre français concernant le contenu de ce roman. Gattis, grâce à des recherches, des visionnages et des entretiens dignes d’un  journaliste d’investigation de premier plan ou d’un David Simon de « Baltimore » ou de « The wire » offre une vision du chaos en prenant pour angle de vision Lynwood un quartier éloigné du cœur des émeutes où le meurtre d’un brave homme dont frères et sœurs font partie d’un gang latino va allumer la mèche de multiples explosions pendant cette période de six jours où L.A. a quitté la civilisation et perdu la raison.

Partant donc d’une tragédie hélas bien ordinaire et banale, Gattis, va très rapidement agrandir le cercle pour en montrer toutes les répercussions prévisibles, vengeance obligatoire pour la sœur membre d’un gang, représailles, guerre entre les gangs dans une ville bonne à prendre pour quiconque a les armes, la puissance et la sauvagerie nécessaires ainsi que les effets non prévus sur les gens à la périphérie. Dans ce roman choral brillant, Gattis passe d’un personnage à un autre avec des liens fluides et évidents tant on a envie d’en savoir plus. Le suspense est terrible et on est abasourdis par ce déferlement d’actes barbares comme dans certains passages de 911 de Sharon Burke. Tout L.A. subit le cataclysme mais certaines catégories misérables en profitent comme elles peuvent en pillant pendant que les salopards font durer la loi des gangs avec leurs territoires, leurs codes, leur business qui subsistent quand les lois américaines ont disparu.

 

Tous les acteurs de la tragédie auront la parole : les gangs, les victimes, la police, la garde nationale, les soignants, les toxicos, les pompiers,les commerçants pillés… faisant rebondir l’action et apportant parfois des témoignages éclairants sur la situation telle qu’elle a pu être vécue, très loin des revendications légitimes des opprimés. Véritable anthropologue, par cette étude approfondie d’un microcosme, Gattis nous offre des portraits fatalistes de destins qui se lient dans l’intégration d’un gang seul espoir de vie décente,  de beaux chapitres de gosses qui veulent se barrer, de gamins prisonniers par leur naissance, leur histoire ou leur culture, des pages étranges sur des hommes au cerveau niqué par la came, des codes d’honneur qu’on ne peut briser, de magnifiques messages d’amour, des espoirs, des trahisons, de la barbarie et tout cela sur un rythme trépidant qui fait de « Six Jours » une vraie perle de polar intelligent.

Alors, vous pouvez  très  bien passer à côté de ce roman mais si vous aimez Sharon Burke, David Simon,George  Pelecanos de « King Suckerman » et tout Richard Price mais surtout « Ville noire ville blanche », vous avez là le meilleur roman du genre de l’année prenant dès la première page, brillant dans sa construction comme dans son propos et écrit d’une plume bien maîtrisée alternant passages violents terribles et scènes d’humanité désarmantes sans oublier une bonne dose d’humour noir.

Une tuerie !

Wollanup.

 

 

 

CONCERTO POUR 4 MAINS de Paul Colize chez fleuve noir

 

Paul Colize est un auteur de polars belge, il a obtenu des prix pour deux de ses précédents romans : « Back up » et « Un long moment de silence » que je n’ai pas lus. Je le découvre donc avec ce livre, un roman sur des gangsters, des braquages qui s’appuie sur des faits réels.

« Un convoi transportant plusieurs millions en diamants est attaqué près de Bruxelles. Un plan efficace, un travail de pro. Pas d’indices.

D’un côté Jean Villemont, avocat pénaliste amoureux des sommets et sa consœur Leila Naciri. De l’autre, Franck Jammet, braqueur virtuose et sa compagne Julie Narmon, aussi discrète qu’efficace.

Entre eux, un homme et une affaire.

Où se trouvait Franck Jammet la nuit du 18 au 19 février 2013 ?

Pourquoi Jean Villemont ne se contente-t-il pas de la version officielle ?

Qui a réalisé le casse du siècle ? »

Jean Villemont est chargé de la défense d’un petit braqueur sans envergure qui s’est fait prendre comme un bleu et ne veut pas être défendu. Quelques détails de l’affaire l’intriguent et le chiffonnent, il décide d’enquêter et va se rapprocher ainsi d’un braqueur de génie. Les deux personnages sont des hommes d’honneur, ils peuvent se comprendre, mais ne suivent pas le même code.

Paul Colize construit son roman de manière très précise, dans le présent avec Jean Villemont, l’avocat pénaliste, et dans le passé avec Franck Jammet, braqueur virtuose dont il nous dévoile la vie depuis sa première « tentation ». Il mène très habilement ces deux récits dont on sait bien qu’ils vont se croiser et se mêler mais dans quels termes exactement ? Et là on est obligés d’attendre le bon vouloir de l’auteur, on attend donc en dévorant les pages…

Colize joue avec  l’ambiance, on se trouve parfois dans un livre de gangsters old school, lecture de détente, légère : code d’honneur, préparation des casses, choix de l’équipe… Un mélange d’Arsène Lupin et d’un Dortmunder qui aurait de la chance ! Puis le ton s’assombrit, la petite affaire se révèle connectée à des gens franchement dangereux… non ce n’est pas un simple livre de braquages… on est dans la réalité, une réalité noire et brutale !

Et au niveau de la réalité, on est servis ! Le livre est extrêmement documenté : la vie en prison, le fonctionnement de la justice en Belgique… les braquages. Paul Colize explique dans une interview que son travail est toujours documenté et qu’il a travaillé là avec deux personnes très bien renseignées : Pierre Monville un avocat pénaliste et François Troukens, un ex-braqueur. Il les remercie en fin d’ouvrage et moi aussi alors car ils ont permis à Paul Colize d’écrire un superbe roman !

L’écriture fait écho au titre et fait penser à un morceau de musique, chaque partie s’intégrant, répondant à l’autre jusqu’au final particulièrement poignant. Les chapitres, eux, sont construits comme des variations sur quelques mots, le titre du chapitre en est toujours les derniers mots… le style est sobre, épuré rien d’inutile dans les phrases, bref un très bon livre qui me donne envie de découvrir les autres romans de Paul Colize !

Raccoon

LES PORTES DE L’ENFER de Harry Crews chez Sonatine

C’ était la dernière chronique avant le grand black-out,elle n’a été visible que quelques heures,je la remets,du neuf dès demain,promis.

Trois ans après sa mort, Harry Crews revient nous hanter grâce à Sonatine qui,après « Nu dans le jardin d’Eden ,l’année dernière, a eu la bonne idée d’exhumer un autre inédit du maître resté dans les archives depuis 1970.J’ai cru voir sur le Net que les amateurs pourraient avoir d’autres bonnes surprises parce qu’il reste encore des inédits à traduire.

« Cumseh est une petite ville de Géorgie où il ne se passe jamais grand-chose. Hormis à la maison de retraite. C’est en effet dans cet établissement, tenu d’une main de fer par l’imposante Axel, que semblent s’être donné rendez-vous les personnalités les plus excentriques de la région. Un jour, trois nouveaux arrivants en ville se retrouvent à la porte du « Club des seniors », Sarah Nell Brownstein, une géante amoureuse du masseur nain de la maison de retraite, Bledsoe, représentant d’une entreprise de pompes funèbres, et Carlita Rojas Mundez, une adepte du vaudou. »

Alors parfois, ces bouquins posthumes  qui sortent du néant sont de bonnes surprises et parfois nettement moins. Le fan a bien sûr le jugement le plus critique mais aussi le plus précis et adhèrera plus facilement quand il retrouvera des thèmes coutumiers de l’auteur. Il saisira les qualités et les défauts de l’œuvre et arrivera à resituer le simple élément dans le puzzle de l’œuvre aimée. Le novice, lui, adhèrera ou pas et ne reviendra pas forcément s’il n’a pas trouvé un quelconque intérêt au roman sanctionnant ainsi de façon définitive un écrivain par faute d’une œuvre qui peut être mineure et, malgré tout, encensée de façon exagérée par les aficionados.

Assurément, et même si on parle d’un grand écrivain, « les portes de l’enfer » est un roman moins remarquable que le reste de la production de Crews. Disons que c’est un texte où on retrouve la patte de l’auteur avec cette galerie de personnes « marginales » par leur apparence physique singulière :nain, femmes très plantureuses, beautés géantes… ou par leurs préoccupations tenant de l’obsession ou du malaise mental bien visible mais le ton n’est pas réellement bien défini si bien que l’on se trouve dans une sorte de tragi-comédie et on ne sait pas trop où on va, Crews le avait-il lui-même réellement car on a ici un petit arrière-goût d’inachevé, à mon humble avis. Doit-on privilégier cet espèce de vaudeville du Sud, ce marché de dupes comique où le chasseur ne voit pas la cible qu’il représente ou cette description de la vieillesse dans cette maison de retraite, mouroir anonyme, à la fois tendre et surprenante comme angoissante. La mort, la solitude, l’isolement et l’amour…de belles pages, de belles, tendres et tristes scènes.

Alors, on peut se dire que ce n’est qu’une œuvre de jeunesse mais il n’empêche qu’il a écrit ce roman deux ans après « le chanteur de gospel » qui a une autre tenue. Néanmoins, cela reste un roman de Harry Crews et, au vu de la production actuelle, ne ratez pas celui-là.

Wollanup.

 

Ça redémarre!

Si vous passez, vous devez trouver que ça bouge souvent…On y est presque;on fait juste quelques essais encore.

Wollanup.