« Entre les deux il n’y a rien » Années de plomb, années de lutte Mathieu Riboulet, éditions Verdier

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« J’avais sept ans, je ne pensais rien. Un an plus tard, Mai 68 en France, la chienlit que la droite a prise sur la gueule sans l’avoir vue venir, et qui, dans le fond, ne s’en est toujours pas remise, à preuve la rage vipérine suintant des propos de la clique réactionnaire, quarante ans plus tard, qui n’en finit pas de pointer du doigt les évidences sociales, politiques, culturelles, sexuelles, comportementales, éducatives mises au jour par cette vague qui balaya le monde occidental, pour en dénoncer la permissivité, le laxisme, le relâchement qu’elles ont induit dans les mouvements des peuples, en déplorer les conséquences délétères et appeler à leur renversement, ce qui témoigne à la fois de la très grande peur qui fut la sienne à ce moment-là, du vertige extrême qui l’a saisie à quarante ans d’ici à la seule idée de perdre une once de son pouvoir sur l’argent, les corps, la régulation des villes comme celle des champs, dont elle titube encore à se ressouvenir, et de son incapacité pathologique, aujourd’hui, à admettre qu’elle n’a pas la mainmise sur les fruits de cette pensée-là, les affects de ces heures-là, alors qu’elle l’a sur tout le reste, qu’elle a gagné sur toute la ligne, et qu’il n’y a plus personne pour lui contester ça. »

 

Je viens de découvrir Mathieu Riboulet. On dit « vaut mieux tard que jamais » mais quand même! Je m’en veux d’être passée à côté jusqu’à aujourd’hui. Entre les deux il n’y a rien m’a soufflée. Je ne croyais pas qu’une pensée aussi juste, une révolte si sincère puissent exister encore. En même temps il est vrai que ce n’est pas le type de discours que les podiums et les prix aiment mettre en avant.

C’est là que nous en sommes.

 

L’individu est part entière de l’histoire, il y participe, il la façonne; pour Mathieu Riboulet cela devient une évidence grâce à son arrière-grand-mère:

« Avant 1871 l’histoire est pour moi celle des livres, romans épopées récits Roncevaux Michelet la Fronde Chateaubriand 89 Stendhal, en 1871 ça quitte les livres et ça vient s’écrire dans le corps de mon arrière-grand-mère qui, me tenant sur ses genoux quatre-vingt-quatorze ans plus tard, imprime en moi le souffle qu’elle a pris au sortir de Sedan et du massacre des communards. »

Ce sens aigu de l’histoire et du rôle que l’individu y tient se trouve à la base des questionnements qui arrivent à la sortie de l’enfance du narrateur. Que fait-on lorsque l’on se trouve dans un entre-deux de l’histoire? Quelle est la partition que l’on doit jouer quand on arrive trop tôt ou trop tard sur scène? Car on ne peut pas se taire, tout sauf se taire.

Mai 68 trouve le narrateur dans l’enfance, il a huit ans. Trop tôt pour se lancer, pour comprendre. Mais il écoute ce monde qui vibre autour de lui et se saisit inconsciemment  des morts qui commencent à encombrer les trottoirs européens  à partir des ces années-là. Les morts des pays en paix dont les noms, en italiques, parsèment les pages du livre. En France, Allemagne, Italie « … nous mourons comme des chiens parce que nous sommes des hommes et que les hommes ne meurent pas dans la rue abattus comme des chiens mais dans leur lit, paumes ouvertes. »

Attentif à son environnement, aux discussions parents, voisins, amis, l’enfant qui devient adolescent sent naître en lui à la fois une conscience politique et une conscience sexuelle. Les deux vont ensemble, et ce sont là les fils conducteurs sur lesquels se structure le récit.

Un voyage en Pologne à douze ans (1972, bloc communiste), la même année Pierre Overney est assassiné par un vigile de la Régie Renault, une rencontre avec un ouvrier à Billancourt deux ans plus tard, dans un bus, un effleurement, un renoncement, un souvenir indélébile et cuisant.

Heureusement, en 75 il y a Martin et avec lui la conscience sexuelle prend corps.

« Un parfait manuel d’apprentissage. Comment ai-je pu, moi plutôt en angles, ruptures, muscles plats et poils noirs, jouer sensiblement le même rôle dans sa vie que lui dans la mienne, je ne le lui ai jamais demandé. Au traditionnel jeu de mains jeu de vilains, nous avons transformé une chamaillerie en étreinte d’emblée dépassionnée – je veux dire sans l’entour des mystères du sentiment confus qui livre pieds et poings liés aux délicatesses piègées des comptes à règler – mais passionnante. »

Seulement voilà, les droits des homosexuels n’étaient pas encore à l’ordre du jour, loin de là puisque même des radicaux de gauche s’y font de temps en temps la main.  Il y a bien le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) mais il faut dire ce qu’il est, les années 70 en France, même s’il y a des tensions latentes et des militants qui tentent de se faire entendre, sont loin des années de plomb  allemandes ou italiennes. Lotta Continua, les Brigades Rouges, la Fraction Armée Rouge laissent leurs morts sur le bitume, dénoncent le fascisme, le capitalisme, s’arment et passent à l’action. En France, Action Directe arrive bien tardivement, en 79.

Avec Martin ou seul, le narrateur va en Allemagne, en Italie aussi, là où l’on enterre les morts, là où Ca se passe.

Et en 81 l’épidémie, encore des morts, plus de morts et puis Martin.

 

La question qui demeure au-dessus de toutes ces années de combats désespérés, de luttes utopistes, de morts en temps de paix, est toujours la même: comment en sommes-nous arrivés là? Mathieu Riboulet a une façon très belle de nommer cet échec: les enfants de la guerre ont triomphé de ceux de l’après-guerre.

Car la réalité, aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à ce que l’on dénonçait à l’époque. Nous sommes devenus ce que nous ne voulions surtout pas être. Et 68 est devenu un repoussoir que même certains acteurs de l’époque dénigrent maintenant, trop contents, trop repus d’une situation sociale qui doit les combler.

Le livre de Mathieu Riboulet est salutaire: il nous rappelle à tous ce que nous sommes, il nous rappelle que des gens sont morts pour nous l’éviter.

Dans Entre les deux il n’y a rien on sent la colère, la déception (comment pourrait-il en être autrement?), mais surtout une sincérité qui fait mal. C’est un livre très intime, non pas à cause de la langue dépourvue de toute fioriture même lorsqu’elle dit la passion sexuelle, mais pour cette charge de sentiments qu’elle respire, pour le mise à nu des doutes, des interrogations sur le monde et sur soi, pour les deuils qu’elle porte.

« Aucun de ceux qui tombèrent au fil de ces années-là, dont les corps jonchèrent brièvement les rues d’Allemagne, d’Italie et de France avant d’être emportés, autopsiés, rendus, enterrés ou brûlés, n’eurent le temps d’être inconsolés de quoi que ce soit, du moins je le leur souhaite. Ils n’ont pas eu l’occasion de voir l’axe du monde se déplacer légèrement sur la droite, de s’apercevoir que la vue initiale n’était plus tout à fait celle qui s’offrait à eux à l’heure d’agir, de sentir cette faille s’ouvrir sous leur pas, qui en engloutit tant. »

 

Entre les deux il n’y a rien, Mathieu Riboulet, Editions Verdier 2015

Morphine Monojet de Thierry Marignac,

J’aurai été éditeur, je l’aurai sorti de suite ce livre, un pendant d’écrivain à la faucheuse d’Éric Maravélias, un pendant toxique comme la drogue, mais la comparaison s’arrête là. Autre époque, autre lieu, tout autre. Sans dénigrer du tout la faucheuse, Thierry Marignac est un putain d’écrivain grand !!! Et aussi un grand traducteur.

J’ai le plaisir de le connaître et c’est donc un récit que j’ai lu il y a deux ans  déjà. De la chance, évidemment que j’en ai, parfois vous lisez des choses que j’ai déjà lu en manuscrit….;

Ce livre en est un exemple. A l’époque je me serai battu à coup de pelles, pour qu’il soit édité.

Au vu des nombreuses chroniques chez les potes, Claude le Nocher, Nyctalopes et tant d’autres je vois que j’étais bien de dedans, et comme dit un de mes potes, « on doit être bien dedans »…je sais je sais, le jour où on devient fin, n’arrivera jamais…..

 

http://pierric-guittaut.blogspot.fr/2016/01/morphine-monojet-thierry-marignac.html

http://www.nyctalopes.com/morphine-monojet-par-thierry-marignaceditions-du-rocher/

http://www.action-suspense.com/2016/01/thierry-marignac-morphine-monojet-editions-du-rocher-2016.html

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le blog de l’auteur

http://antifixion.blogspot.fr/2016/01/a-lepoque-de-morphine-monojet.html

Le chant des dunes de John Connolly, Presses de la cité

Traduit par Jacques MARTINACHE
Parution le 11 février 2016
496 pages

Pour se remettre de l’attentat qui a failli lui coûter la vie, le détective privé Charlie Parker s’est retiré à Boreas, un coin isolé sur la côte, dans le Maine. Diminué, meurtri, il tente de reprendre des forces et occupe ses journées à arpenter la plage. Mais la découverte d’un noyé trouble sa convalescence.
Suicide ? Accident ? Ou crime ? Alors que le mort porte sur l’avant-bras des chiffres tatoués évoquant un horrible passé et que la voisine juive de Parker reçoit elle-même des menaces, la question se pose. Et est-ce une coïncidence si, quelques jours plus tard, une famille entière se fait massacrer non loin de là ? L’heure de la retraite n’a pas encore sonné : Charlie Parker doit agir.

 

 

Enième enquête de Charlie Parker ….et toujours la grande forme, enfin du moins pour l’écrivain, Parker lui est au plus mal. C’est un survivant à qui  il manque un rein, etc. etc., il faudra lire le précèdent qui sort en poche pour en savoir plus……

On retrouve avec plaisir l’écriture de John Connolly au mieux de sa forme, pour un récit moins gothique, et atypique, un récit sur une partie de l’histoire, comme le cite la  4eme de couv, et la couverture, vous vous doutez bien du thème.

C’est un livre rare, qui parle de ce sujet avec beaucoup de recul sans manichéisme, et qui nous interroge, fait remonter des actes commis ou non commis, et apporte de la lumière ou un nouvel éclairage sur une période plus que trouble….

On retrouve nos amis Louis, Angel, Ross, les Fulci, des dialogues toujours hilarant et rentre dedans,

Les cents dernières pages sont une tuerie, l’auteur nous a bien baladés….

Quant au paranormal il a sa place, on pourrait parler de Sam, de Jennifer, il y a des pistes de plus en plus nettes, Epstein et Ross, mais, on est toujours dans le doute, Qui est tu Charlie, ou nous emmènes tu John, quelle sera la finalité de ton personnage……

L’auteur nous montre encore la potentialité de son héros, sous une autre forme, et reste original, il maitrise complètement la série de Charlie Parker, récit intime, historique, …that’s all folks

 

Le chant de Tamassee de Ron Rash Édition Le Seuil par Chris Ontheroad again

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Entre la Caroline du Sud et la Georgie coule une « rivière sauvage » La Tamassee .Lors d’un pique-nique en famille,Ruth ,jeune fille de Douze ans plutôt intrépide
s’y noie.La Tamasse garde son corps prisonnier.La famille trés croyante souhaite récupérer son corps pour lui donner un sépulture,et lui éviter d’errer au fond du
purgatoire. Alors s’en suit une guerre avec les écolos du coins,dont Luke fervant protecteur de « sa Rivière Sauvage  »
Les vieilles rancunes se réveillent,deux camps s’affrontent,qui l’emportera ?

Lire un roman de Ron Rash ,c’est une belle ballade en pleine nature,parfois semée d’embuches où tu croises toujours des cabossés de la vie,des personnages aux secrets enfouis,des familles disloquéés, et pas aprés pas tout se dévoile.
Ron Rash est aussi proche de la nature ,et aussi protecteur qu’avec ses personnages

Extrait:
 » Ce n’était pas la première fois que le chagrin pouvait être purifié en se transformant en chanson,ai-je soudain pensé.Tout comme un morceau de charbon est purifié en se transformant en diamant. »

On le savoure,on tente de ralentir la ballade mais on est déjà happé par l’histoire,même si on sait pertinemment qu’il faudra du temps avant la prochaine excursion livresque,avant de découvrir de nouveaux paysages Américains et d’autres histoires de ce fabuleux conteur .

Extrait:
« Elle chantait les pneus de voiture,écrasant le gravier d’une allée ,ce que l’on laisse derrière soi mais qu’on oublie pas  »

Elle était belle cette virée au bord de la rivière sauvage où il te suffisait de tendre l’oreille pour écouter son chant .

Un magnifique roman qu’Isabelle Reinharez a rendu possible ma lecture grâce à son super boulot de traductrice.Un grand merci à Isabelle et à Ron Rash pour cette ballade en terre d’Amérique,
Un roman Fort et Délicat,Noir et Lumineux,aux personnages aussi attachants que malmenés,où chacun à son histoire dans l’histoire…..
Une fois de plus cette plume m’a envouté,j’ai succombé et j’en redemande …..

À très vite Ron <3

Fondu au noir, complètements fondus, spécialistes du noir ! by Perrine

Ce week-end, j’ai eu le plaisir de rencontrer (parmi d’autres doux dingues dont je vous reparlerai) l’équipe de l’association Fondu au Noir.
J’avais déjà eu l’occasion de travailler par écran interposé avec Caroline De Benedetti à qui nous avons confié la modération des rencontres sur le rôle social du roman policier et l’autopsie du polar (qu’elle a menées d’une main de maître ce qui avec entre autres Aurélien Masson, Nicolas Mathieu et Benoît Minville n’était pas une séance de baby-sitting facile !)
Et puis Fondu au Noir c’est aussi l’Indic, un magazine d’une bonne quarantaine de pages, 3 à 4 par an, mais tel un café bien serré, noir à souhait ! Des chroniques bien sûr, mais surtout des articles de fond sur le monde du polar que tout le monde devrait s’arracher. (Finis de lire ma chronique quand même et fonce t’abonner ici :

http://fonduaunoir44.blogspot.fr/search/label/Abonnement)


Mais aujourd’hui, j’avais surtout envie de vous parler d’un duo de choc … Les docteurs Polar !
Pendant trois jours ils ont traqués les patients potentiels sur le festival, analysant en quelques questions vos symptômes « polardesques » et vous prescrivant rapidement trois ou quatre remèdes ! Le public conquis par la justesse de leurs propositions en redemande et l’ambiance était au rendez-vous !
Vous organisez un évènement en lien avec le polar, n’hésitez pas à les appeler, sincèrement ce serait dommage de se priver de leur présence et de (faire) découvrir de nouveaux auteurs et romans !

Le Français de Roseville d’Ahmed Tiab aux Editions de l’Aube par le corbac

Deux villes, deux continents, deux Histoires (ou histoires…), deux générations, deux hommes (voire quatre…) deux teintes, deux mondes…
ça pourrait faire beaucoup de doublons mais non…
La mer (comme la mère) est entre les deux évènements de ce récit policier. Pas roman mais bien récit.
Récit, et non pas récifs, quoi que ils sont nombreux entre la côte Algérienne de 1960 et la Méditerranée Française de 2013, entre Oran et Marseille, entre les parents expatriés et les enfants immigrés, entre les femmes aux passions exacerbées et les hommes aux désirs refoulés…
Ahmed Tiab aurait pu être lourd et pesant mais il nous prend par la main et nous promène agréablement. Dans les terres algériennes de l’avant guerre d’Indépendance, dans les terres oranaises encore vierges de toutes exploitations européennes, dans ces cultures ancestrales sur lesquelles la figure patriarcale à encore un impact énorme (quand ce n’est pas la mère qui protège ses poussins…)
Entre les oliviers et les plages de sables, les terrasses des cafés où le gratin doit se pavaner, le maquis où l’on doit se cacher, les bureaux dans lesquels on doit tricher Tiab nous conte une histoire d’amour ancestrale, une quête de reconnaissance, une volonté d’affirmer son existence et sa nationalité.
Son roman policier, sur fond d’enquête mêlant passé et présent, est en fait une quête d’identité: nationale, sentimentale, macabre ou sensuelle…
D’une Histoire Terrible, il nous fait un récit tout en finesse et délicatesse nous rappelant à chaque page un seul mot: tolérance!

 

Rural noir de Benoit Minville , Série noire benzur !!!!

 

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Je ne sais pas si je dois remercier l’auteur, pour me ramener aussi loin dans ma jeunesse, …j’hésite….les choix qui font nos vies, se décident parfois tôt, nous en avons la démonstration dans ce livre……

Mon cher Swanp si tu voulais rendre hommage à tes auteurs préférés tu as réussi, il y a du Joe r lansdale, et des autres…

Etonnamment, tu commences à posséder ton style, ce livre ne dépareille finalement pas trop avec ton premier jet chez sarbacane éditions, mis à part que celui-ci est pour les grands.

On va tous louer (c’est combien par moi, charges comprises ?) ton écriture, ton sens de la narration, moi je resterai touché par ces amitiés de jeunesse qui finalement nous façonnent, soit en famille, soit la famille qu’on se crée. Qu’on soit de n’ importe où, l’ado éternel pour certains se retrouveront dans l’histoire..

J’espère quand même que quelques chroniqueurs vont te fusiller, sinon ce ne serait pas marrant….

Je qualifierai ton livre de tendre, tendres ados sans maux parfois ou tout l’inverse, ou certains quittent la ligne blanche pour aller sur le bas-côté, du haut de mes 48 ans, je regarde parfois en arrière et souvent et souvent, souvent mieux ne vaut pas regarder…car le gouffre peut t’appeler. Tes héros le savent bien eux….

Finalement je ne te chronique pas, mais je t’écris du futur

 

Like a mother Fucker

Nowhere land le 03/02/2031

 

Cher Swanp,

Je te remercie de l’envoi de ton dernier livre, beau sujet que tu abordes, la place du « heavy heavy » chez les pingouins du pôle sud, ton héros me fait penser à un ancien membre du site, avec un bonnet rouge ou bien est-ce une référence à Cousteau ? Ah que de chemin parcouru depuis ta première chronique sur le site unwalkers jusqu’à ton entrée à la série noire, qui aurait dit que tu gagnerais le Goncourt puis le prix Nobel du heavy heavy !!!! Par ailleurs ce premier livre t’en rappelles tu ? Ce livre ou on sentait tes tripes, ta sueur à travers les pages, et ta tendresse aussi. Derrière ton physique à faire partir un skinhead en moonwalk. Qui aurait pu penser que se cachait autant d’empathie pour tes contemporains. Bon si on passe tes égarements sur les maux de la société du début de ce siècle, que tu avais bien canardés, ton ‘Rural noir’ déborde d’amour. Cet amour qui se transforme comme tu le sais bien, en toutes sortes de choses, haines, conneries, et tant d’autres. Ce putain de livres ou tu nous a tenus en haleine alternant aléatoirement le passé et le présent pour une finalité d’émotions partagées acvec le lecteur. Et oui ce putain de livre vendu à 1 600 000 exemplaires, ce qui entre parenthèses n’a pas aidé ce cher aurélien …..D’ailleurs qu’est-il devenu, toujours à l’asile ? C’est toujours C Mata qui dirige la série noire ? Je dis cela je ne dis rien, mais d’où je suis , je ne sais et ne vois plus grand chose…..Mais je me souviens, oh je n’invente rien ce sont des mots de Daniel Darc, un célèbre inconnu. Ha ce fameux livre rural, campagnard, qu’on plaçait à côté du Joe r Lansdale quand il oubliait sa série……mais peut-être n’as-tu plus envie de penser au passé ? Alors je t’embrasse, tendrement et te  souhaite une  longue vie, toi, tes 15 enfants, tes 12 femmes, et tes 59 petits enfants…..

From hell

The boss 1967… 2017

PS : au fait tu en es ou de ta statue de 306 mètres de haut ?

 

 

 

La belle Colère maison d’édition, Tout plutôt qu’être moi de Ned Vizzini par Monica

 Roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris

Des vélos, des tentacules et des ancres

http://www.labellecolere.com/#

 

 La belle Colère est une maison d’édition pas comme les autres : sa thématique, l’adolescence, est traitée à travers le prisme d’histoires, toutes différentes et à la fois toutes universelles. Le monde de l’adolescence, traversé de part en part par des orages émotionnels qu’aucune vie adulte ne saurait contenir, nous montre une nouvelle facette à chaque publication de l’ éditeur.

 

« Tout plutôt qu’être moi », It’s a kind of a funny story en version originale ( big up au traducteur pour le grand écart génialissime d’une ironie à l’autre) est une histoire à part. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’écrire une vrai introduction à la chronique et de faire une infidélité à la traditionnelle citation qui ouvre mes billets d’habitude.

Nous l’apprenons en quatrième de couverture : jeune prodige, Ned Vizzini commence à publier des articles dans la presse new-yorkaise dès ses 15 ans. Il est doué, très, mais également dépressif. A 32 ans il se jette du haut d’un immeuble à Brooklyn.

Il est par conséquent assez étrange de lire ce roman, dont la première partie décrit avec minutie les sinuosités de la dépression du jeune narrateur.

 

« Ils sont allongés, non pas l’un sur l’autre mais l’un à côté de l’autre, et flottent dans l’espace. Leur bras et leurs jambes ne sont qu’à l’état d’ébauche car ce qui compte, ce sont les cerveaux – pleins et complètement achevés, avec un enchevêtrement de ponts, d’intersections, de places, de rond-points et de parcs. C’est la carte la plus élaborée que j’aie jamais dessinée : des voies publiques quadrillées, des contre-allées, des impasses, des tunnels, des péages. La feuille est au format A2, ce qui m’a donné la possibilité d’imaginer des villes immenses. Les corps sont petits et secondaires ; le plus important dans ce dessin, ce qui attire l’œil immédiatement – car je commence à comprendre que l’art fonctionne de cette façon – est un pont qui semble s’élancer vers le ciel et qui relie les deux têtes, un pont plus long que le Verrazano, avec des rampes qui s’entrelacent tels des rubans. »

 

Lorsqu’on fait la rencontre de Craig, le narrateur, il est chez son ami, Aaron, avec Nia et Ronny. Un joint tourne et la télé diffuse un documentaire animalier. Un après-midi normal, entre potes. Sauf que. La voix de Craig, qui nous guide, nous fait comprendre rapidement que les apparences sont trompeuses. Le premier chapitre s’ouvre sur « Quand te prend l’envie de te suicider, parler devient presque impossible. Rien à voir avec un quelconque problème mental – c’est physique, comme si tu étais incapable d’ouvrir la bouche. Les mots ont du mal à sortir ; on dirait des morceaux de glace pilée crachés par un distributeur. Et c’est plus fort que tout. »

 

Craig. 15 ans, une vie banale, une famille idem. Rien qui dépasse. Il vit avec ses parents et sa petite sœur à Brooklyn. Enfant, il aimait dessiner des cartes de villes imaginaires. Rien qui dépasse, je vous dis.

La première partie du roman est celle que j’ai trouvée la plus touchante. Ce gamin, dont le mal être crève les yeux, nous raconte non seulement comment « tout ça » a commencé, mais il décrit aussi ce qu’il ressent, ce qu’il pense, comment il le pense. Pour les non-initiés, « la dépression pour les nuls ». Et oui, ça secoue, d’abord parce qu’il s’agit d’un minot, ensuite parce que nous connaissons le fin mot de l’histoire, la vraie.

En ce qui concerne Craig, tout a commencé avec son admission dans une grande prépa’ new yorkaise, de celles qui forment les « dirigeants de demain ». Il l’avait préparée, son admission, il avait bossé, il s’est acharné, il la voulait, cette école.

Le jour où il apprend qu’il est admis, c’est le plus heureux jour de sa vie. Il le partage avec Aaron et il culmine sur le pont de Brooklyn. Mais après, les vélos se mettent à tourner : tous les « si », tous les « pas assez », tous les « j’y arriverai pas ». Pas d’instant de tranquillité sans que ça tourne, ça tourne, ça tourne. Les tentacules l’étouffent : tous les devoirs, les bouquins, les comptes-rendus, les activités parascolaires, tous les « il faut », tous les « je dois ». Nous parlons d’un gamin de 15 ans. Ca le fait vomir dès qu’il mange. Ca lui fait chercher la tranquillité dans des salles de bains sans lumière . Ca le fait se sentir seul au milieu d’une foule.

Pourtant il est entouré, maladroitement, certes ( rien ni personne ne prépare les parents à l’éventualité d’une dépression carabinée chez leur progéniture). Il voit des psys, il entame un traitement. Qu’il décide d’arrêter dès qu’il a l’impression que les vélos sont à l’arrêt.

 

Dans la deuxième partie du roman on découvre le « vrai » Craig, celui qui sommeille derrière le brouillard de la dépression. Il ne coupera pas au service psychiatrique de l’hôpital de Brooklyn. Il y va tout seul, comme un grand, notre Craig, suite à une discussion hallucinante avec SOS Suicide, de nuit, toute sa petite famille endormie à quelques mètres de lui.

Je vous laisserai découvrir comment Craig finit par intégrer le « Nord Six », après le passage aux urgences où il débarque à cinq heures trente du matin. Ce gamin a du cran !

Cette deuxième partie, plus enjouée, (qui n’est pas sans rappeler parfois Dieu me déteste de Hollis Seamon, une autre merveilleuse trouvaille de La Belle Colère) remet Craig au centre de sa vie.

Dans le « pavillon des fous » il n’a pas d’autres choix que de connaître les autres pensionnaires et les vies qu’ils abritent, de mettre sa propre existence en perspective, d’éprouver de nouveaux sentiments. Les dialogues sont drôles, touchants, parfois absurdes. Ils désamorcent souvent les situations dramatiques et rendent intelligibles les problèmes psychiques même pour le lecteur sceptique ou frileux.

 

Il y a tout dans Tout plutôt qu’être moi : de la souffrance, certes, mais surtout beaucoup d’amour, de l’humour, de la tendresse. Même si le sujet paraît lourd, le roman ne l’est pas : il arrive à parler de la dépression adolescente (et pas que) sans pathos et sans recours à la fatalité.

 

Je conseille Tout plutôt qu’être moi aux ados, aux adultes, aux parents. Je le conseille à tout le monde. C’est une brillante leçon de vie. Merci, La Belle Colère !

Dans le désordre, Marion Brunet, Editions Sarbacane 2016 par Monica

 

 

Beaucoup de choses peuvent arriver lors d’une manifestation: les flics, les slogans, les lacrymogènes, bien sûr, mais surtout des rencontres, comme des évidences.

C’est ce qui réunit nos sept personnages: l’évidence et une offensive plutôt costaude des CRS pendant la manif’ à la quelle ils participent tous. Jeanne, Alison, Lucie, Jules, Basile, Tonio et Marc, une drôle de meute, assez bigarrée, assez révoltée, des atomes suffisament crochus pour rassembler leurs amours et leurs colères sous un seul toit, celui d’un squat.

 

Cruellement actuel, Dans le désordre, rappelle à l’ordre tous les blasés et tous les cyniques: il y a des tas de jeunes, là, dehors, qui attendent autre chose de la vie que de consommer bêtement et de suivre un pseudo-ordre préétabli. Ce sont ceux qui luttent à Notre Dame des Landes, à Sivens, ceux qui s’opposent aux éclats de haine et d’ignorance, ceux qui ont compris qu’à vouloir trop amasser on en perd jusqu’à notre âme.

Nul ne pourra accuser Marion Brunet de prosélytisme: ses personnages ont des valeurs communes mais aussi des divérgences. Chacun d’entre eux est une personnalité à part entière avec des opinions propres et une histoire personnelle différente. Leur force réside dans leur capacité à débattre, à s’écouter, à se soutenir.

Leur histoire commune permettra à chacun de grandir et de s’agrandir. Le lecteur en profitera aussi au passage.

 

J’aimerais vous dire tout ce que n’est pas ce roman: il n’est pas niais, il n’est pas naïf, il n’est pas caricatural.

En revanche il y a ses mots bien ancrés dans le réel, il y a ces jeunes touchants de vie, d’espoir et de révolte, il y a une histoire d’amour qui vous émeut aux larmes.

 

« Je hais infiniment

Parce que j’aime sans réserve 

En elle, une joie sublime éclate au point de la faire trembler.

Je suis chez moi. Je suis chez moi. »

Dans le désordre, Marion Brunet, Editions Sarbacane 2016

 

Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu édition Albin Michel par Ontheroadagain Chris

 

Mathias est un magicien,il transforme le moche en beau.Un poète des mots et pour guérir ses maux il met de la couleur pour mieux supporter sa douleur ,que lui inflige cette maladie .

À sa maniére il réinvente les mots pour les rendre plus jolis,l’infirmière devient la nymphirmiére,et son appart un appartelier (mi appart,mi atelier)

 

Lire un roman de Mathias Malzieu c’est plonger dans un rêve,emerveillé par les mots qui donnent de la magie à la vie ,de l’espoir et réanime notre âme d’enfant .

 

Pour vaincre ce cauchemar ,il s’arme de courage tout en poésie et lutte jour aprés jour tel un chevalier pour être digne de la princesse qui l’attend .

 

« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps ,je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination.Je vais travailler dur aux rêves de m’en sortir.Il me faudra une volonté en fer forgé .Un truc de marathonien.Foulée après foulée.Rythme et constance.Trouver l’équilibre entre la rigueur d’un moine et la fantaisie créatve.Apprendre à faire le con poétiquement dans le cadre austère du couvre-feu que je dois respecter .Doser l’espoir au jour le jour .Transformer l’obscurité en ciel étoilé .Décrocher la lune tous les matins et aller la remettre en place avant la tombée de la nuit .

Un vrai boulot de Néo-vampire.  »

 

Notre vampire en pyjama a réussi à faire le con poétiquement ,après une lutte digne d’un combat de Rocky,et faire un joli bras d’honneur en filant sur son skate à Dame Oclés ….

Une belle leçon de vie,parfois dur mais c’est ça aussi la vie ;une belle leçon de courage,un beau combat ,un beau roman qui nous laisse rêveur et admirative .

Une plume à découvrir pour certains et à suivre pour tous les amoureux de ‘jack et la mécanique du coeur’

Il est fort ce petit bonhomme pour nous faire rêver ,petit mais costaud ,petit mais à l’immense talent et au  grand coeur .<3 <3 <3 <3

 

Joli coup de coeur <3

 

Ambiance musicale… Tous les albums de Dyonisos bien sûr 🎶🎶🎶🎶