Sagittarius de Sébastien Raizer, série noire

Sagittarius A* est une source intense d’ondes radio, située dans la direction de la constellation zodiacale du Sagittaire et localisée au centre de la Voie lactée

 

Parmi les dizaines ou centaines de livres qui sortent dans une année polardesque, on trouve à peu près tous les styles, mais de manière récurrente. En ce moment c’est la vague Redneck campagne qui a le vent en poupe….Nous avons aussi les auteurs attendus, les têtes de gondoles qui continuent dans leur style, les nouveaux qui émergent, ………Pour en en finir ou ? Parfois dans la lassitude, même si l’on tombe sur de très très belles choses, on tourne un peu en rond……….Ce qui n’est pas le cas ici…..

Et là, après le premier tome, Sébastien Raisez se démarque, jongle, fait un sombrero et goallllllllllllllllllllllllllllllllll : traduction, il émerge et surfe sur la vague livresque…..

Cette distinction et différence, provient de différents égrégores….

Ce livre est d’une densité foisonnante de références littéraires, musicales, théologiques, technologiques, psychologiques, neurologiques, sans jamais s’aventurer dans le cyber polar, nous sommes bien  en 2016. Sil auteur ne transcende pas les genres, il crée le sien. Et nous pouvons continuer de vivre ce polar avec toutes ces références….longtemps, longtemps, répéter ce mantra…. »Devant le gouffre faire un pas »

Le livre ou l’on s’approche de la vérité, de son alignement, on arrive à concevoir ou s’approcher de ce fameux alignement en 3 phases….,

On eut dire que le premier que l’on avait trouvé  génial, n’est qu’un petit feu de broussaille, celui-là est l’incendie qui ravage tout. On retrouve nos protagonistes, du premier, chacun, assez mal en point après l’affrontement contre la vipère, un peu perdu….Le gang survivra-t-il à cela….., spoiler…….

On peut prendre le train en route, l’auteur nous fait grâce d’une petite intro pour attaquer le second sereinement. Mais ce serait se rendre coupable de louper cette montée en puissance entre les deux livres.

Construit avec un vocabulaire riche, il est de bon aloi d’avoir parfois un dico pas loin. Mais n’ayez pas peur, tout est très compréhensible. L’auteur maitrise à la perfection la narration, et son écriture explose dans tous les sens dans un cadre parfaitement menée.

 

Livre d’apprentissage ou de déconstruction, je n’ai pas la réponse, qui peut l’avoir ? A chacun son ressenti, pour d’autres ils ne prendront que cela pour un policier de plus……

Parallèle obligatoire avec M G Dantec ? Oui et non, une réponse de normand……. Oui pour la création d’un style, et d’une modernisation du polar et non pour le reste….bien heureusement….

Pas saisi par contre le fait de balancer en Mars 4 séries noires d’un coup. Effet de manche avec les salons ? On risque de s’y perdre un peu, au détriment des 4 livres……

Envie de neuf, de nouveauté, de réfléchir c’est ici

Dans un an on espère lire dernier tome de cette trilogie qui marquera le polar des années 2010 et consorts…..

L’auteur semble clairvoyant sur nos maux, la société, et espérons qu’il se trompe quant à la finalité de l’humain…

Rendez-vous quand ?

Bull Mountain, Brian Panowich, Trad. Laure Manceau, Actes Sud 2016 par Monica

« Pour la dernière fois, dit Hal. Fais demi-tour, monte dans ta caisse et oublie-moi, ou je te jure, Clayton, que je balance ton cadavre dans le ravin en pâture aux ratons laveurs.

Clayton n’entendit pas vraiment la menace car il essayait de se rappeler quand son frère l’avait appelé par son prénom pour la dernière fois. Ça remontait à l’époque où ils étaient gamins. Il soutint le regard de Halford et n’y vit rien d’autre qu’une rage vaine qui bouillonnait comme les nuages noirs que les vieillards avaient dû voir.

[ … ] Hal était toujours le mec qui pouvait s’asseoir et siffloter tranquillement pendant que ses ennemis étaient en train de brûler vifs attachés à un arbre à cinq mètres de lui. Clayton était presque prêt à croire que son frère pourrait le tuer lui aussi. »

26 chapitres valsés presque sur un pas en avant, l’autre en arrière. Une valse temporelle sombre et poisseuse que les habitants de Bull Mountain commencent pour vous en 1949 sous la houlette d’un narrateur omniscient qui dirige l’orchestre d’une main de maître.

 

26 chapitres qui, de décennie en décennie, laissent tomber les linceuls qui enveloppent le clan Bourroughs depuis le crime originel qui aura fait d’eux une lignée maudite.

 

Un seul parmi eux a eu le courage d’essayer de briser les chaînes : Clayton Burroughs, dernier de la lignée. C’était sans compter avec la malédiction irréversible qu’un fratricide impose à la famille qui en est frappée.

 

Clayton est devenu shérif dans la vallée surplombée par la montagne où ses frères, comme auparavant leur père et leur grand-père, règnent en maîtres tout-puissants. Le trafic d’alcool a seulement été remplacé depuis par celui de cannabis et de méthamphétamines. Les Burroughs et leurs sujets forment une petite armée autogérée. Leur came se déverse sur plusieurs états, leurs partenaires privilégiés se trouvent en Floride. Personne ne touche aux Burroughs, encore moins le frère qui a choisi le camp ennemi.

 

« Parce que tu crois que je suis venu pour papoter ? J’en ai fini de parler avec toi. La seule raison pour laquelle tu es encore dans cette vallée à jouer au shérif, c’est parce que je le permets. Si tu es encore en vie, c’est parce que je le permets. Tu penses avoir du pouvoir ? Tu penses que tu peux me la faire à l’envers ? T’as pas idée du pétrin dans lequel tu t’es fourré, frérot. »

 

Naître et grandir dans une pareille famille ne vous laisse pas en sortir indemne. Clayton arrive à maintenir un équilibre assez précaire grâce, entre autres, à Kate, sa femme, une belle femme coriace qui est déterminée à faire suivre une autre route à l’éventuel prochain descendant Burroughs. Comme tous les hommes dans sa famille, Clayton a l’alcool mauvais. Mais il arrive à rompre même ce lien malté et le jour où nous le rencontrons, cela fait un an qu’il préserve son abstinence.

 

Simon Holly, agent de l’ATF, débarque un jour dans le bureau du shérif pour lui laisser entendre qu’il y aurait une possibilité de faire sortir de la course le dernier frère Burroughs en vie, sans trop de casse. A Clayton de se charger des négociations.

 

Sur ce premier plan narratif situé en 2015, se greffent des flash-back qui déconstruisent le passé des Burroughs jusqu’à ce que nous, lecteurs, soyons en mesure de le reconstruire pour mieux saisir les enjeux du présent.

 

Rye, Cooper, Gareth, Halford, Clayton, autant de branches sur un tronc pourri par la racine. La question est : y a-t-il une possibilité de rédemption ? Comment dépasser sa condition lorsqu’elle est marquée par le sceaux du péché originel ?

 

En lisant ce roman, ces questions tourneront sans cesse dans votre tête parce qu’ici tout a un sens et plus vous avancerez dans la lecture, plus vous comprendrez la profondeur de ce sens.

 

Bull Mountain est un roman d’une noirceur magistrale. Brian Panowich a très bien fait de se mettre à l’écriture, son talent est indiscutable. On a dû le lui faire savoir d’ailleurs, il est en train de préparer la suite de ce premier opus ! Et ça, c’est une super nouvelle.

 

« Elle songea plusieurs fois à changer de direction, à partir vers un nouvel endroit. […] Elle maintint le cap vers Bull Mountain. C’était chez elle. »

 

Bull Mountain, Brian Panowich, Trad. Laure Manceau, Actes Sud 2016

 

 

Fabrika de Cyril Gely, Albin Michel ed., 2016, by Monica

«  Andreï habite un bel immeuble près de la station Poshtova. Quatrième sans ascenseur. Il est ravi de m’héberger. Sa femme, Svitlana, l’est aussi. Et je passe en leur compagnie trois jours paisibles. Le modem que l’agence Safran m’a dégoté marche à merveille. J’ai sélectionné une petite dizaine de photos qu’elle n’a eu aucun mal à revendre. Pourtant les journaux s’intéressent peu à cette guerre. Aucun gros titre, uniquement quelques entrefilets ça et là. Andreï ne comprend pas. J’ai de mon côté plus l’habitude de ce genre de rejet. L’Ukraine n’est qu’à deux heures de l’Allemagne, et à trois de Paris, mais ce qui se passe ici n’intéresse personne. Qui connaît sa capitale, Kiev ? Avant de partir, j’ai été surpris du peu de publications à son sujet. Deux guides seulement existent sur l’Ukraine, quand on en compte vingt ou trente sur l’Italie, l’Espagne, ou la Russie. »

 

Durant la lecture de Fabrika je me suis retrouvée à remercier son auteur à plusieurs reprises d’avoir souligné avec autant de pertinence le symptôme « deux poids deux mesures » dont souffre notre bas monde.

En effet, dans ce thriller très bien ficelé, qui vous laisse à peine le temps de respirer, tellement le narrateur s’en prend plein la figure, la toile de fond géopolitique est le prétexte pour soulever un certain nombre de questions essentielles de notre époque.

 

Le sujet principal du roman : le trafic d’organes et ses inépuisables sources dans les zones de guerre, les territoires sinistrés, les populations pauvres. L’enquête que Charles Kaplan, le narrateur, se retrouve à mener, presque par hasard, à partir de Kiev, le conduira de plus en plus à l’est, en faisant une boucle par Prague, Budapest, Bucarest pour piquer droit vers la Turquie et ensuite la Chine.

 

J’aimerais beaucoup savoir combien de temps Cyril Gely a consacré au travail de documentation, l’enquête de Kaplan est absolument passionnante, même si le sujet donne froid dans le dos à plusieurs reprises, à chaque fois où l’on se rend compte du côté absolument abjecte d’une certaine nature humaine.

 

Entre ceux qui n’ont rien d’autre à vendre à part un morceau d’eux-mêmes, comme Lucian, le Roumain qui obtient 8000 euros pour un rein, unique possibilité pour accéder aux études d’architecture et ceux dont la vie ne tient qu’à un fil et qui payent 75 000 euros le même rein, à l’autre bout de la chaîne, d’autres qui se servent parmi les victimes de guerre, séisme, j’en passe et des meilleures pour abreuver un marché de plus en plus juteux, d’autres encore, quantités négligeables, SDF, prostitués, orphelins, invisibles, dont l’absence subite n’inquiétera personne mais contribuera à maintenir en vie de riches inconnus…

 

Mais Fabrika est d’abord un thriller et les nombreux rebondissements vous le rappellent constamment: le périple de Kaplan, le lecteur l’aura aussi dans les pattes une fois qu’il aura tourné la dernière page ! Les personnages, majoritairement des femmes (une dans chaque port ) parviennent à adoucir l’univers plombant dans lequel évolue le narrateur. Les ressorts romanesques sont très bien maîtrisés, c’est la partie agréable de la lecture, on se fait balader et on aime : on sursaute même parfois.

J’ai aimé la tendresse du regard que le narrateur pose sur les pays qu’il traverse : ici pas de clichés faciles ou de battements de cils enamourés devant un pseudo-exotisme fantasmé. Kaplan voit les pays à travers les rencontres qu’il y fait: Andreï et Raïsa, les Ukrainiens, Nina, Sofia, Lucian, les Roumains, Nuray Shafak et le professeur Eyüboglu en Turquie, la jeune Li-Ming en Chine. Chacun a une histoire qui est intrinsèquement liée à l’histoire de son propre pays.

 

« Je mitraille la scène sans savoir si ces clichés intéresseront Safran. Il y a un pas tout de même entre des photos de guerre et des tissus congelés. C’est certain que les seconds sont moins spectaculaires. Mais il me semble qu’on ne peut pas laisser passer ça. Ne rien dire, ne pas témoigner, serait criminel. Pour Sofia, que l’on sache est essentiel ! Elle compte sur moi.

Comme toujours c’est une lutte contre l’oubli. »

 

Last but not least : à travers Kaplan, Cyril Gely rend hommage à tous les photo-reporters dont le travail est rendu de plus en plus pénible par la quête irrationnelle du sensationnel dans les médias. Le traitement inégal de l’information en dépit des risques inouïs pris par les professionnels sur le terrain tient souvent de l’obscène.

Et c’est important de ne pas l’oublier.

 

« Là-bas, sur un conflit, tout est simple, plus de loyer à payer, plus de quotidien, personne ne vous dit ce que vous avez à faire. Votre job c’est de sauver votre peau et de ramener les plus belles photos. Car Safran veut du scoop ! Tout le monde veut du scoop ! En moyenne, la durée de vie d’un reporter s’échelonne sur cinq ans. Ensuite, neuf fois sur dix, il tombe en dépression, dans l’alcool, la dope, ou sur une mine. La guerre, ça vous change ou ça vous tue. »

 

Fabrika, Cyril Gely, Albin Michel ed., 2016

 

 

 

 

 

L’amante d’Étretat de Stanislas Petrosky, par le corbac, éditeur L’atelier Mosésu (2016)

Isabelle et Frédéric vivent une des plus belles histoires d’amour qui soit, passionnée et fusionnelle. Mais un jour où Frédéric part s’adonner à sa passion, la planche à voile, il disparaît corps et bien en mer. Isabelle va doucement mais sûrement sombrer dans la folie sans Lhomme qu’elle aime.
Stanislas Petrosky nous entraîne dans les méandres de la dépression. Jusqu’où le manque de l’être aimé peut-il mener ?
Mais l’auteur venant du monde du polar, il se pourrait que L’amante d’Étretat ne soit pas qu’une simple histoire d’amour tragique.

 

C’te claque qu’il a pris le Corbac! Il en reste bec béant, les ailes déployées et les pattes dans le vide.
Petrosky ( alias Sébastien Mousse) l avait déjà agréablement surpris avec son Ravensbrück, mon amour. Mais là… Là on est plus dans la même gamme. On est passé du rayon chic de Prisu au rayon choc des Galeries Lafayette…
C’te claque qu’il a pris le Corbac, même que ça l’a collé en plein vol! Arrêt sur image comme un couillon de volatile stupide qui planerait à 12 000…
Déjà c’est tout aussi bien écrit que son premier opus; c’est dire! On y retrouve les justes mots, sans chichis ni excès de zèle. Des sentiments justes et justifiés, voire justifiables. Des émotions prenantes et envahissantes qui te laissent les larmes aux coins des yeux ou la bouche entrouverte, la gorge nouée ou la boule au ventre au point que tu ne sais pas si t’as envie de te rouler en boule pour chialer ou te jeter du haut d’une falaise pour t’écraser comme une souillure sur un rocher!!!
C’te claque qu’il a pris le Corbac! Il en est tombé en plein vol et s’est écrasé au sol…
Faut dire qu’il sait manier les maux et le suspens le Petroski! Il arrive, sympa, avec sa bonne bouille et son grand sourire avenant et il te dit: « Viens petit, j’vais te raconter une histoire. » Toi, sympa, tu dis OK et tu le suis. Alors il t’emmène. Il t’emmène découvrir le chagrin et le malheur, la dépression et le deuil, la souffrance et le poids des souvenirs. Il te fait braire les chaumières que ça ferait presque un raz de marée. Toi, t’es là comme un couillon avec déjà deux paquets de kleenex usagés dans les pognes et tu te dis mais j’en peux plus! Mais ça va s’arrêter et tu renifles, essuyant la morve de ton nez qui s’écoule comme la lave du Vésuve, ravageant tout sur son chemin.
Mais t’avances, tu t’accroches tu veux en sortir de ce chagrin, de ce deuil, de cette tristesse oppressante, de cette douleur omniprésente alors tu tournes les pages…
Et là… Pan tu te prends un coup de grenaille que t’en réalise pas tout de suite que c’est fini! Tu te dis non! Pas vrai? Pas possible! Il a osé ? Il a pas fait ça !!! Tu sais pas si tu dois le détester ou l’encenser. Tu lui en veux que tu lui arracherais les ongles avec les dents mais en même temps tu peux pas t’empêcher de le remercier.
Le remercier de t’avoir emmené et de t’avoir égaré avec tant de finesse et tant de talent. De t’avoir rappelé combien l’amour c’est beau et fort, combien l’amour est tellement puissant qu’il efface tout….
Tu lui dis alors merci de t’avoir fait redécouvrir la force de ce sentiment si important.
Merci…

L’homme posthume, Jake Hinkson, Néonoir Gallmeister

Les choses ont vraiment mal tourné quand Elliott s’est suicidé. Ou plutôt quand il a raté son suicide. Car après être resté mort pendant trois minutes, le voici ramené à la vie. Et il y a cette jeune infirmière un peu étrange qui prend soin de lui. Il n’a toujours rien à perdre alors pourquoi ne pas faire un bout de chemin avec elle. Mais une fille comme ça ne voyage jamais seule, alors Elliott devra composer avec des jumeaux débiles. Et Stan the Man

Traduit par Sophie Aslanides

Et pan après un long roman qui a été une bonne déflagration, l’auteur revient avec un court…roman benzur Une bonne grenade dans ta tête, le tout sur 24 heures avec des thèmes  récurrents, comme dans son premier, mais pas que….. récit court, mais dans le temps aussi, l’action se passe en une journée, la vie d’un éphémère…

Etrange histoire que celle-ci, avec cet auteur on  n’est toujours dans l’introspection, la bible, le reste, le cul du monde des moins que rien.

Si parfois le rythme ralenti, on décolle un peu du livre, il n’a pas  la force de frappe du premier, et mis à part le héros, les personnages manquent de profondeur ,je dis bien mais, mais, il y a une fin,  qui comme dans un dessin animé de tex Avery, vous laissera la mâchoire au sol….

 

 

 

 

Le cimetière des hirondelles – Mallock (Fleuve noir)

 

Sans que personne ne comprenne pourquoi, un jeune homme brillant traverse soudain le monde pour aller assassiner un homme qu’a priori il ne connait pas. Que cette victime soit la pire des ordures ne change rien : ce professeur en archéologie semble avoir disjoncté pour une raison inconnue de tous… et peut-être même de lui-même. Le voilà enfermé et blessé dans un hôpital de Saint Domingue, où il n’aurait jamais du mettre les pieds. Et Mallock n’aurait jamais du être mêlé à cette affaire non plus si son bon cœur (qu’il tente de cacher le reste du temps) ne l’avait pas fait promettre à la sœur du meurtrier, qui n’est autre que sa proche collaboratrice Julie, de le ramener en France pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Voici Mallock obligé de songer à s’acheter un bermuda et à lui-même prendre l’avion pour cette destination qui ne le fait absolument pas rêver, et au début d’une nouvelle affaire complexe et complètement folle, teintée de folie et de violence.

Quelle plume mes amis ! Si elle n’occulte tout de même pas la qualité de l’intrigue de ce superbe thriller, elle n’en reste pas moins ce qui page après page nous ravit. Etiquetté Thriller littéraire, ce texte est un plaisir de chaque ligne ; fascinante, l’intrigue nous tient en haleine dès le premier chapitre d’introduction et nous plongeons avec plaisir et impatience dans le tourbillon d’événements dans lequel plonge Mallock, ce personnage si particulier et qui pourtant trouve toute sa place dans le panthéon des commissaires vedettes de polars et thrillers ! Très imagée, l’écriture nous dépeint l’atmosphère poisseuse de Saint Domingue et de l’enquête et la beauté de cet environnement exotique et sauvage. La violence est incontestablement amplifiée par la beauté de la plume, créant un contraste magnifique et complètement addictif.

Bref, on a aimé tant est plus Le cimetière des hirondelles, et quelque chose me dit que vous aimerez aussi : foncez !

Psychiko chez Mirobole Éditions par Paul Nirvanas.( déjà là ça promet du plaisir…)

Le Corbac ne tourne pas le dos aux Grecs, on lui a dit que ça pouvait faire mâle…et franchement ça lui a déchiré les zygomatiques.
Si si il y a des romans noirs qui font rire et celui ci en fait partie.
Pourtant il ne devrait pas tant le personnage machiavéliquement imbu de lui même est pitoyable. Pitoyable dans sa stupidité, pitoyable dans son attitude vis à vis des autres, pitoyable dans sa quête de reconnaissance et pitoyable dans son sentiment de supériorité.
Le pouvoir des médias, les obligations politiques et judiciaires pour répondre aux fantasmes et attentes d’une opinion publique qui fait la pluie et le beau temps, la corruption qui règne dans les prisons… Tout cela n’a pourtant rien de risible.
Le meurtre abominable d’une jeune femme, la disparition de la présomption d’innocence, la paresse du système policier qui ne fait pas son travail et se contente de prendre ce qu’il voit ou entend pour argent comptant, le sensationnalisme mis en avant comme mode de vie…ça non plus c’est pas drôle !
Avec tous ces éléments Psychiko aurait pu être un roman terriblement sombre, un Citizen Kane grec par exemple. Mais Paul Nirvanas en fait tout autre chose. On est plus proche d’une satire à la Montesquieu ou Voltaire. Tous ces ingrédients sus-cités sont passés à la moulinette de l’ironie et du cynisme pour dénoncer les travers d’une époque qui ressemble beaucoup à la nôtre.
Son Candide grec croit en lui et en la puissance de son charisme et de sa beauté mais de fil en aiguille il devient une simple perle sur un collier….manipulé et manipulable, orienté et désorienté, mesquin et vil, bassement centré sur son petit nombril il cherche à tout pris son quart d’heure de gloire.
Ce qui rend drôle cette pathétique et sombre histoire de meurtre c’est cette écriture naïve plus proche d’un conte Perse que d’un roman d’ Agatha Christie (qu’est ce que vient faire là cette brave dame???). L’autre plaisanterie de ce livre c’est la construction de l’enquête : au lieu de chercher un coupable véritable, la presse et la police utilisent l’innocent individu pour trousser tout autour sa culpabilité.
Il y a de l’absurde et une sacrée critique de la presse et du système judiciaire dans ce livre.
Il y a un côté ridicule dans les agissements de ce personnage qui se fait passer pour un criminel mais qui se conduit comme un adolescent pré pubère qui veut que tout le monde l’aime et qui à la première difficulté se met à pleurer et à geindre.
Il y a énormément de choses et plus encore dans ce livre drôlement sombre sur la nature humaine, qui alors même qu’il date de 1928, trouve à notre époque sur médiatisée une excellente résonance avec notre quotidien connecté et avide de voyeurisme.
Un petit bijou d’humour noir, à la plume acide à lire en écoutant Jean Schultheis…

Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky Éditeur : L’atelier Mosésu (2015)

Le Corbac trouve qu’il y a du Merle(Robert cf La Mort est mon métier ) dans ce premier roman…
Le sujet est fort et le traitement violent. La réalité est dure et l’Histoire terrible. Mais ce qui aurait pu être un sempiternel bouquin sur les camps est en réalité une ode.
Ode à la vie, à l’amour, à l’espoir, et à l’art…
Pas l’art mortel de l’humiliation et de la perversion, ni celui de la souffrance et de l’ignominie. Encore moins celui d’un régime frénétiquement en quête d’extermination.
Non l’art de survivre et l’art de garder son humanité, celui de se préserver et de trouver dans chaque petit geste d’un quotidien imposé et noirci par les fumées des fours une once d’humanité.
Avec une plume taillée comme un crayon de graphite Stanislas Petrosky nous dessine une galerie portraits. Des haineux et des amoureux. Des forts et des faibles. Des dominés et des dominants. Des lâches et des courageux. Des humanistes et des avilis. Des charcutés et des opérés. Des battus et des massacrés. Des détruits et des qui tentent de se reconstruire…Après.
Parce que même si cela ne prend qu’une vingtaine de pages, le plus dur reste après.
Comment en sortir? Y survivre? Se reconstruire ? Re vivre si c’est possible…
Entre fusain et nature morte, planches anatomiques et dissection de la folie d’une époque Stanislas nous offre une peinture…fine et ardente, brûlante et terrifiante mais si belle!
Un roman sombre et noir que nos enfants devraient lire pour comprendre de quoi est fait l’Homme.

Condor, Caryl Férey, Gallimard Série Noire, mars 2016 par Monica

« Il faisait nuit le jour : des marées noires comme du charbon, qui vous salissaient les doigts. Le gras du gaz, filles du grisou.

Pour ça il en était mort par comités, tous les derniers ouvriers, des maigres à n’y plus voir, des emportés par le courant, des nés victimes qui n’avaient pas eu le choix, des qui n’étaient même pas au courant.

Les autres avaient suivi, les employés, les syndiqués.

Mais la casserole où on les avaient jetés accrochait… ils s’étaient mis à geindre, puis à crier… Pas malheureux pourtant jusqu’alors, ils avaient cru à leur part.

Fallait pas croire.

Enfin, ils n’étaient pas les seuls : d’autres encore avaient suivi, les petits cadres, les professeurs, c’était comme le charbon qui alimentait la locomotive, de l’extrait de croissance qui prendrait des directions hyperboles, de la machine qui s’emballe certifié pur capital… Des pauvres gens, qui avaient été carbonisés les premiers. »

 

André Jarlan, prêtre de l’Action Catholique Ouvrière est né dans l’Aveyron et meurt, abattu par balle, dans la « poblacion » de Victoria à Santiago en 1984. Son tort ? Aider les démunis, les opprimés, combattre le fascisme et la dictature, au Chili, sous Pinochet.

 

Victor Jara, artiste insoumis, est exécuté en 1973 au Stade National, en présence de plus de 5000 autres prisonniers politiques. La dictature n’a pas de limites, pas de marge, pas d’états d’âme. Elle est assoiffée de sang et de pouvoir. Et elle infiltre l’histoire par tous ses pores même lorsqu’on la pense anéantie. Les murs de Victoria, quartier obstiné en périphérie de Santiago, en témoignent encore aujourd’hui.

 

« La Victoria était la poblacion la plus pauvre de Santiago, celle où la répression s’était acharnée. Pour mater les révoltes, on l’avait plongée tête la première dans la misère, appliquant la technique du sous-marin des tortionnaires à une population entière. Une asphyxie. Quand la détresse menaçait d’exploser en émeutes, les carabiniers jetaient des grenades lacrymogènes par les fenêtres des bicoques, tiraient sur tout ce qui bougeait, les hommes, les femmes, les chiens. Soixante-quinze morts, un millier de blessés, six mille arrestations, La Victoria avait payé cher sa résistance à Pinochet. »

 

Victoria, pauvre, rebelle, insoumise, est l’un des personnages principaux de Condor. Derrière elle s’alignent Gabriela, Stefano, Esteban, Edwards, Patricio… autant d’histoires individuelles que la grande Histoire a emportés dans sa course folle.

Caryl Férey a le talent rare de nous obliger à nous intéresser à autre chose que nos pauvres nombrils. Avec lui on ne sait jamais où finit le documentaire et où commence la fiction… et c’est tant mieux, ça nous oblige à chercher.

 

Après Mapuche, Férey reste sur le continent latin. Prochaine cible, le Chili. Mais ce n’est pas le seul point commun avec le précédent roman, il y en a un autre, plus charnel, plus intime, que vous découvrirez à la lecture de Condor.

 

La toile de fond est politique, bien sûr. Les résonances du passé crèvent les tympans et font de nouvelles victimes. Le style est pourtant résolument poétique, peut-être plus que jamais, malgré la violence brute qui suinte à presque chaque page.

 

La trame du roman est bien celle d’un polar : des gamins tombent comme des mouches, une enquête officielle bâclée, une enquête officieuse qui déterre d’autre cadavres… Mais là ce n’est que le squelette de la narration. La chair, le sang, la matière, ce sont l’Histoire, les personnages qui vous font traverser des montagnes russes de sentiments contradictoires, une histoire d’amour magnifique, les amitiés sans concession et les vengeances implacables.

 

Je n’ai aucune envie de vous raconter l’histoire du Condor, ce sera à vous de la découvrir, il n’y a que de cette manière que vous apprécierez à sa juste valeur le retour de Caryl Férey. Il est assez exceptionnel. Et il sera en librairie le 17 mars prochain.

 

« Les gamins de la décharge étaient sans armes mais une lueur étrange perçait entre leurs paupières cernées de noir.

  • Regarde leurs yeux, Daddy, regarde comment ils ont faim.   

 

  • L’ogre recula mais il était encerclé. Il ne voulait pas comprendre, pas encore. »

Jeunes loups en péril, Rivages, Chris Ontheraodagain

 
hé mes agneaux,approchez,faut que je vous parle de ces jeunes loups.Bon ok,c’est des loups Irlandais,pas sûr qu’ils passent le contrôle sanitaire ,ils sont un peu enragés ,pas mal imbibés ,et à la moindre étincelle ils s’enflament .Ils carburent au Sky , à la bière pas étonnant qu’ils démarrent au quart de tour .

C’est des nerveux ces jeunes loups dans ces contrées sauvages ….Mais telle une meute ils sont à l’affut et protégent leurs louves et n’hésitent pas à montrer les crocs si nécessaire …

Ben oui,c’est pas des enfants de choeurs ,en même temps c’est pas la bible que je tente de te faire lire .Je te demande pas de faire ta priére ,mais te prie de lire ce recueil de sept  nouvelles,d’une grande noirceur,percutantes,violentes,mais où brille toujours une étincelle d’amour,une tendresse désespérée,pour ces cabossés de la vie aux blessures multiples ,en mal de vivre .

‘Ça se résume souvent à ça l’amitié.Ne rien dire au lieu de causer’

‘Il n’allait pas bien ,dans son crâne et dans sa poitrine,je savais qu’il pâtissait de la douleur que peut éprouver celui qui a un jour aimé une fille imprévisible

Colin Barrett (écrivain Irlandais) a une qualité d’écriture qui vous envoûte,un style direct,brut de décoffrage ,mais d’une grande sensibilité qui illumine toute cette noirceur .

Avec ce receuil de nouvelles ,il remporte le prestigieux prix’Frank O’Connor international Short Story.’….Le ‘First book Award ‘du journal The Guardian et le prix ‘Rooney ‘ de la littérature Irlandaise .

Ils rejoints les auteurs Irlandais que j’apprécie énormément ,tel que Colum McCann ,ou Colm Toibin que je vous invite à découvrir.

Un trés bon moment de lecture,même si Les quatres premières nouvelles restent mes préférées .J’ai adoré son style et j’aurai grand plaisir à le suivre .

Ambiance musicale .. En parfaite harmonie 🎶🎶🍻🍻🎶🎶

 

Christelle