Rien ne se perd, Cloé Mehdi, Jigal 2016

Alerte pépite !

Mise en page 1

Cela faisait longtemps que je n’avais pas avalé un livre en une journée (non ce n’est pas une BD !), qui plus est un roman noir. D’ordinaire je prends le temps de faire des pauses pour respirer, pour assimiler la noirceur du sujet, pour me remettre de mes émotions. Là, je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu lâcher Mattia, j’avais l’impression de tenir sa main et de l’abandonner chaque fois que je posais le bouquin. Mattia c’est un petit garçon de onze ans, personnage principal de Rien ne se perd, écrit la plupart du temps à la première personne. Je dis la plupart du temps parce que dans ce roman on change de point de vue régulièrement, celui de Zé, de Gabrielle, de Gina, de ceux qui entourent et aiment ce petit garçon même si ce n’est pas toujours facile et pas de façon conventionnelle. Grâce à ces incursions avec les autres personnages on glane un tout petit peu plus d’information que Mattia à qui on ne dit rien, parce que tu comprends on ne dit jamais la vérité à un gamin. Mais Mattia c’est un petit garçon très intelligent, très sensible, dont le père s’est suicidé et dont la mère l’a abandonné. Il ne fait rien à l’école Mattia parce qu’il ne voit pas à quoi ça sert, il voit une psy fabuleuse, parce que lui aussi a eu des problèmes, et il veille sur Gabrielle qui veut partir, en s’ouvrant les veines ou en sautant par la fenêtre peu importe, puisque la vie est tellement laide qu’il n’y a plus rien à y faire.
Bref, la vie de Mattia ce n’est pas une sitcom, et s’il en est là c’est à cause d’un «incident», un «fait divers», une bavure, un gamin massacré à coup de matraque par un flic qui a craqué, une «anecdote» qui s’est passée il y a quinze ans et que tout le monde a oublié. Tout le monde ? Non, parce qu’il y a la famille de Saïd, parce qu’il y avait le père de Mattia, éduc spé qui ne s’en est jamais remis, parce qu’il y reste des habitants dans le quartier qui bombent les façades pour hurler qu’ils n’oublieront jamais. Mais Mattia il a du mal à comprendre tout ça, et puis on ne lui dit rien, alors il cherche, il écoute aux portes, et patiemment, il reconstitue l’histoire, même s’il a l’impression de devenir fou comme son père.
Rien ne se perd m’a bouleversée, parce que Cloé Mehdi avec ses mots elle te colle directement dans la peau d’un gamin de onze ans, qu’elle dose avec précision les émotions qu’elle te fait ressentir. Ce n’est pas larmoyant, pas agressif malgré le sujet, c’est juste, vraiment juste, avec ce sentiment d’impuissance face au système qui n’incite pas vraiment à la révolte et à la violence gratuite non plus (peut-être parce que la révolte est justement portée par des femmes ?), et cette vision de la dépression aussi poignante que difficile à accepter.
Donc voilà tu prends ton sac et tes clés et tu fonces dans ta librairie préférée, parce que ce roman-là, sincèrement, il ne faut pas le laisser passer.

Spada de Bogdan Teodorescu aux Éditions Agullo

À Bucarest règne un climat d’insécurité, des Tziganes opérant en dehors des lois sont retrouvés assassinés. Un sérial Killer baptisé POIGNARD joue les justiciers.
 » Depuis plusieurs mois, un homme a dégainé un poignard pour faire ce qu’il croit être juste. Pour corriger ce qu’il croit être injuste. »
Le pouvoir actuel se montre incapable de faire face. La délinquance augmente de façon inquiétante, et la population souffre. (En France? Non,non…En Roumanie.)
« Il y a plus de pauvreté dans nos maisons et plus d’insécurité dans nos rues. »
Les journalistes ne sont pas en reste, les coups bas pleuvent de tous cotés. Trahison et rébellion, entrainent un conflit social et ethnique. Une animosité divise les Roms et les Roumains.
« Le bruit et la fureur reprennent dans une population étonnée et indifférente, attentive aux détails mais se désintéressant de tout, inquiète pour le lendemain, dégoutée d’hier et lasse d’aujourd’hui … »
Un sacré panier de crabes que nous offre Bogdan Teodorescu (journaliste, professeur, écrivain) avec ce roman de politique-fiction. La Roumanie en toile de fond, un sujet plutôt universel assez brulant qui en insurgera certains et plaira à d’autres.
Un roman qui te permet d’en savoir un peu plus, toi qui déteste les informations télévisées et la politique.
Autre pays, autre écrivain, autre sujet, les Éditions Agullo sortent des sentiers battus, et nous proposent un second roman au style nerveux et engagé.
Un roman qui tient ses promesses, faut juste aimer la politique, mais la qualité de l’écriture et de l’histoire vous fera oublier ce coté un peu assommant.
Un lecture que j’ai apprécié, un auteur que je suivrai très certainement et une maison d’édition adoptée.
« Le Poignard a eu du courage …Je vous dis que c’est le seul moyen de nettoyer la Roumanie! »

Christelle

Sang Froid, une revue hors norme !

Une fois n’est pas coutume ce n’est pas d’un roman mais d’une revue dont j’avais envie de vous parler. Son concept hautement original m’avait séduite avant même sa sortie officielle. L’idée est de mélanger investigation, judiciaire et polar bien sûr. Un savant équilibre entre réalité, fiction, actualités, sociologie, coups de cœur littéraires et nouvelles exclusives.
Je suis personnellement moins intéressée par les articles à la « enquête exclusive » comme celui sur les failles de la médecine légale où la face cachée du scandale de la BAC de Marseille, mais j’ai par contre été passionnée par celui sur la mise en place d’une aide psychologique au tribunal de commerce et ai beaucoup aimé la nouvelle apocalyptique de Caryl Ferey (même si les nouvelles me frustrent toujours parce que c’est trop court mais c’est comme toujours touchant, bien écrit et juste, au moins autant que déprimant).
Bref je pense que tout le monde peut trouver son compte dans un numéro de Sang Froid, inspiration pour un prochain roman, pistes de lectures, un peu (beaucoup) de culture G… Le tout en 4 numéros par an que vous pouvez vous procurez par abonnement ou par numéro chez votre libraire ou sur un salon ! (Je sais j’ai raté ma vocation de vendeuse au télé-achat).
A découvrir donc !
www.revuesangfroid.fr

sang froid

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi aux Editions Agullo

« Ici sur le PÔ, il y a beaucoup de choses : on en voit certaines, on en raconte d’autres. Les premières vont de soi, pour les secondes, c’est une question de croyance. »
Au nord de l’Italie, une pluie interminable menace le fleuve PÔ de débordements. Une nuit, en plein brouillard, une barge dérive dangereusement jusqu’à l’ensablement. Son pilote a disparu. Un moment plus tard un autre batelier est retrouvé mort, il s’avère être de la famille du disparu. Le commissaire Sanori entre en scène. Son enquête va le mener vers une période qu’il croyait révolue, mais les rancunes sont tenaces.
« Dans les méandres du PÔ pouvaient survivre des communistes encore fidèles à Staline et des fascistes irréductibles. »
Une brume persistante donne au récit une atmosphère poisseuse, étrange, inquiétante.
Sanori mène l’enquête sans s’éloigner du fleuve, et tente de découvrir les secrets qu’il nous cache .
 » Ne vous laissez pas abuser par les apparences, poursuivit le batelier, on agite le passé quand on a plus confiance dans le présent. »
Quel trafic cache ces disparitions? Que cachent les bateliers?
Ce récit nous captive par son mystère, on savoure son écriture, on dérive entre les pages, on traverse la brume, on vogue sur le fleuve et le voile se lève.
 » La mort rôde autour de nous et quelquefois elle prend l’apparence de l’innocence. »
Agullo, toute nouvelle maison d’édition, avec déjà 3 livres sur le podium, Italien, Russe , Romain .Le fleuve des brumes est le premier que je découvre, et je suis déjà accro, un plaisir d’autant plus grand que je retrouverai Sanori en 2017, et prochainement la suite du palmarès Agullo. Une jeune maison qui a déjà tout d’une grande, je lui prédis un brillant avenir. Ma boulimie livresque est à son comble.
Rejoignez – moi pour ce voyage Italien, vous verrez Sanori a tout pour vous plaire.
Un sacré bon Polar , que Valero Varesi nous offre, une plume italienne de talent que j’ai hâte de retrouver.

Christelle

Les Salauds Devront Payer, Emmanuel Grand, Editions Liana Levi

Les Salauds Devront Payer : Grand, par Grand

 

«  Edouard, vous êtes un combattant et j’aime ça. La guerre est le ferment de l’homme. La guerre, entendez-vous, et non la guerre d’Algérie. Celle-ci est perdue, et il faut tourner la page. Car une autre bataille se profile. Nous avons basculé dans un nouveau monde, où les maîtres mots sont production, expansion et progrès et, bien entendu, nous ne sommes pas les seuls à vouloir notre part du gâteau. Cette nouvelle guerre a ses armées, ses champs de bataille, ses morts et ses estropiés. C’est à cette guerre moderne que je vous propose de participer. A mes côtés. La guerre économique, Edouard. Une guerre qui ne dit pas son nom, mais qui, croyez-moi, peut s’avérer plus sanglante que celle qu’on mène avec de la poudre et des canons. »

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Ce visionnaire qui s’apprête à embaucher un ancien OAS en tant que chef du personnel, s’appelle Devrard. Il est le directeur de Berga, site métallurgique pourvoyeur d’emploi pour des centaines de familles de la région, avant de devenir principale source de chômage une fois les portes définitivement fermées.

 

Pour les générations nouvelles qui biberonnent à la « mobilité professionnelle », au free-lance et autres « web-jobs » il est peut-être difficile de saisir combien les conséquences de la mise à mort de l’industrie seront longues à disparaître. Quel est leur poids dans notre vie actuelle. L’immensité de l’ombre qui étouffe les régions qui en dépendaient il n’y a pas si longtemps. Les vies bousillées. Les familles éclatées. La misère qui en découle. La violence inouïe d’un présent dont l’avenir s’est fait la malle.

 

Dans Les salauds devront payer Emmanuel Grand arrive à parler de tout cela et plus encore sans tomber dans les travers d’un roman « à charge ». C’est important : factuel, en posant en perspective le contexte historique, il nous donne une vue globale de ces derniers cinquante ans tout en construisant l’ensemble autour d’une intrigue policière solide.

 

Entre la France et la Belgique, une enquête pour meurtre a priori rien plus simple à élucider, lance le commandant Erik Buchmeyer et son lieutenant, Saliha, dans les méandres d’une vengeance complexe et sanglante.

 

Lu d’une traite, souvenir persistant après lecture, envie de revoir Erik et Saliha dans un prochain Emmanuel Grand. Excellent !!

 

Les Salauds Devront Payer, Emmanuel Grand, Editions Liana Levi

 

 

 l’orée du verger de Tracy Chevalier aux Editions La table ronde , quai voltaire .

« On ne vivait pas grâce à cette terre, non ! On était en vie malgré elle. »


Au coeur de l’Amérique, au 19 éme siècle ,la famille Goodenough s’installe dans l’Ohio sur les terres marécageuses de Black Swamp.Chaque année les moustiques déciment une partie de la famille .
 » Cette terre cherchait à avoir notre peau, que ce soit avec les moustiques, la fièvre, la boue, l’humidité, la chaleur ou le froid. »
James, le père et Sadie, la mère cultivent des pommiers , l’un pour le fruit et l’autre pour l’alcool. Ils rivalisent l’un envers l’autre de subterfuges pour bien se pourrir la vie , surtout Sadie une garce maléfique, aucune once de bonté en elle . Ce n’est ni un cadeau pour son mari, ni pour ses enfants.
 » Il lui a coûté cher, son père l’a fouettée.J’étais toute prête à rigoler et à le taquiner parce que ses pommes chéries avaient été gâchées dans la tarte, mais le châtiment de Martha a un peu enlevé son piment à la plaisanterie. J’ai terminé ma part, sans réellement apprécier mon dessert. En fait, les tartes sont toujours meilleures avec des pommes à cidre, même sans sucre. Après cuisson, le goût acidulé rend mieux que le sucré. »
Leur vie n’est pas un conte de fée, ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants mais ils cultivèrent les pommes de la discorde , point de pomme d’amour à l’horizon .
Ils ont croqué la pomme, bien après Adam et Ève, pour un tout autre paradis .
Robert, un des fils part à la conquête de l’ouest et un secret l’accompagne.Sa route sera jalonnée de différents métiers , plus ou moins lucratifs jusqu’à une rencontre qui le mènera à son tour vers la plantation d’arbre . Les sequoias géants.
Ma passion pour l’Amérique m’a conduite une fois de plus vers une magnifique histoire, naît sous la plume de Tracy Chevalier.
L’auteur nous offre un beau portrait de l’Amérique en plein développement, bien avant les gratte-ciel de notre époque.
Une belle page d’histoire se dessine à travers cette famille de pionniers, une fresque humaniste pleine de souffle avec un style où se mêlent désespoir et passion .
De l’Ohio à San Francisco, en passant par New-York ,l’Amérique se bâtit , grandit , et rien n’aurait été possible sans ces hommes et ces femmes qui y ont mis tout leur cœur, tout leur courage .
Un récit captivant, enrichissant, entre passé et présent , entre faits historiques quelque peu romancés,on découvre une histoire grandiose.
Un ouvrage aussi passionnant et aussi fort que fut la naissance des Etat-Unis.
Une plume sublime que je continuerai à suivre . Une très belle découverte et un joli coup de foudre . Une fois de plus une histoire de l’Amérique qui m’a conquise.
C’est beau , c’est fort , c’est grandiose , c’est comme l’Amérique et ses sequoias….

Christelle

Landfall d’Ellen Urbani aux éditions Gallmeister

« Tout le monde appartient à quelqu’un . Tout le monde vient de quelque part. »


L’ouragan Katrina a frappé la Nouvelle Orléans. La Louisiane est plongée dans la désolation. C’est le chaos total.
Rose, une jeune fille blanche de 18 ans, accompagne sa mère en voiture pour faire dons d’objets personnels pour aider les sinistrés. Elles croiseront la route d’une jeune black, Rosy, mais hélas une autre catastrophe surgit . Et le destin de ces deux jeunes filles déjà au cœur de la tourmente changera à tout jamais.
Pour comprendre le présent, il nous faut remonter dans le passé.
 » Il n’empêche, certains secrets mettent des décennies à être révélés. »
Comme pour le 11 septembre, il y a un avant Katrina et un après. Entre passé et présent, le destin croisé de ces deux jeunes filles se révèle.
À travers ces portraits de femmes Ellen Urbani nous emporte en plein cœur de l’Ouragan parfois avec humour:
« Parce que l’eau dans laquelle on traine là, c’est pas que de l’eau de pluie, vous savez. L’aut’moitié c’est de la pisse de tous ceux qui se sont fait dessus quand ils ont vu la vague qui leur fonçait dessus! »
Mais aussi avec une certaine émotion plutôt bouleversante.
« Elles attendaient, hantées par le tintement qui ponctuait le chagrin de Maya, tandis que du dehors leur parvenait la rumeur des pertes subies par d’autres: des explosions ponctuelles de cris, de sanglots ou de chocs. Elles attendaient en silence.Elles attendaient sans dormir, trop troublées pour trouver le sommeil. »
La Louisiane est meurtrie, sa population souffre et tente de survivre dans ce décor apocalyptique. Pendant quatre jours et quatre nuits ils lutteront et essuieront hélas énormément de pertes humaines en plus des pertes matérielles. Des vies entières anéanties.
Ce premier roman est magnifique. Tout en étant bouleversant, il recèle également beaucoup d’humour ce qui aide à supporter cette noirceur et de ne pas tomber dans le pathos. Derrière ce drame, se cache une histoire de femmes, des femmes fortes, battantes. Le portrait d’un coin d’Amérique qui souffre une fois encore, une fois de trop.
« Je ne veux pas prier pour être protégée des dangers, mais pour avoir la force de les affronter; Je ne veux pas supplier pour que passe ma douleur, mais pour avoir le courage de la surmonter. »
Une conteuse de talent, un roman tout en émotion, une plume superbe, une histoire où chaque détail à son importance dans le récit, des personnages hors du commun, un roman puissant et incarné.
Un coup de cœur qui rejoindra mes autres romans préférés sur le même thème: Ouragan de Laurent Gaudé et Zola Jackson de Gilles Leroy.
Encore une belle plume que nous propose les éditions Gallmeister , à suivre et à lire indéniablement.

Christelle

Obia, Colin Niel, Le Rouergue (2015)

Résumé de l’éditeur :
Clifton Vakansie court dans les rues de Saint-Laurent, sa ville natale, sur les rives du Maroni, en Guyane. Il court dans un paysage de tôles et de parpaings, en direction de Cayenne et de son aéroport, dont le séparent des fleuves qu’il faudra franchir à la nage, des barrages de gendarmerie, des pistes tracées à travers la forêt. Il court pour l’avenir de sa petite Djayzie, sa fille qui vient de naître, lui qui est à peine un homme. Il court à travers sa peur et des jeunes de son âge tombent autour de lui. Mais plus tu es déchiré, plus les chiens te déchirent, c’est ce qu’on dit. Et Clifton a beau être sous la protection de l’obia, rendu invincible par la magie des Noirs-Marrons, à sa poursuite il y a le major Marcy, un Créole, un originaire comme on dit, colosse né ici qui sait tout des trafics et des hors-la-loi, homme emporté qui n’a pas volé sa réputation de tête brûlée. Et il y a aussi le capitaine Anato, un Ndjuka comme Clifton, un type étrange, aux yeux jaunes, dont personne pas même lui ne sait d’où il vient vraiment. Clifton l’ignore encore, mais dans sa fuite vers l’est il ne va pas tarder à croiser des fantômes. Ceux de la guerre du Suriname. Des fantômes qui tuent encore. Qui ne cessent pas de tuer.
En ranimant les souvenirs de la guerre civile qui provoqua à la fin des années 1980 le passage de milliers de réfugiés sur les rives françaises du Maroni, Colin Niel nous plonge dans une Guyane qui voudrait tout oublier des spectres de cet oppressant passé. Alors qu’au Suriname les gros bonnets de la drogue ont remplacé les Jungle Commando, le destin de trois jeunes hommes va se trouver pris dans le double piège des cartels de la cocaïne et des revenants d’une guérilla perdue.

Obia, c’est 500 pages pour une série de claques. La première (et pas celle dont je suis la plus fière) a été « Au fait c’est où la Guyane ? », la seconde « mais il s’est passé ça en Guyane ??? », la troisième «c’est qu’il écrit bougrement bien notre cher Colin Niel » et la dernière «mais comment est-il possible de croiser des intrigues à ce point et de ne rien mais alors rien pouvoir voir venir !».
Bref, Obia c’est un roman que j’ai savouré, que j’ai lu lentement par la force des choses, mais dont je n’ai pas décroché une seconde, et pourtant elle est riche, en descriptions, en faits historiques, en personnages qui sont eux même profonds, touchants, et humains. J’y ai découvert tellement de choses qu’en dresser la liste ne rimerait à rien, vous n’avez qu’à le lire vous verrez il élargira votre horizon, nourrira votre culture, vous fera réviser votre histoire et votre géographie, et vous y prendrez du plaisir, c’est satisfait ou remboursé (ce n’est pas pour rien qu’il a obtenu le Prix des lecteurs Quai du polar 20 minutes 2016) !

les deux coups de minuit de Samuel Sutra Éditions Flament Noir

J’ai commencé à voler si jeune que je me demande si je ne suis pas sorti d’un oeuf !  » Tonton .

Tout le monde connait Les Tontons Flingueurs, mais connaissez-vous Tonton et son équipe de branquignoles nés sous la plume talentueuse de Samuel Sutra. Si ce n’est pas le cas c’est une grave erreur que je vous invite à réparer rapidement, car cette équipe vaut le détour et c’est rien de le dire. Il faut le lire pour comprendre et je vous assure que vous passerez un sacré bon moment avec ces polars où les voyous sont en première ligne. Car ici ce n’est pas Flic ou Voyou ? C’est Voyous ! Et ça flingue à tout va!

Avant tout braquage, on se réunit pour les formalités d’usage.

« Autour de l’immense table du salon l’équipe venait d’assécher une douzaine de bouteilles parmi les plus propices à vous courber les semelles. »

« Gérard semblait être celui qui résistait le mieux aux mélanges ingurgités. »

On est de suite dans l’ambiance et on se régale avec la verve de l’auteur. On se retrouve projeté dans l’univers cinématographique d’Audiart et c’est l’éclate assurée.

Dans cette nouvelle aventure, Tonton et son équipe de branques se retrouvent piégés. On essaye de la lui faire à l’envers au Tonton, et même si ça vole bas dans son équipe, ce sont de vrais durs et ils ne lâcheront pas l’affaire si facilement. le baron Gayrlasse d’îles-Mourut sur Seine lui a pas fait de cadeau avec ce plan.

« Si l’oseille a disparu, crois-moi c’est que les emmerdes commencent. »

Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises, autant par le récit que par le verbiage utilisés. Samuel Sutra manie à merveille le langage des Titis parisiens. On sent derrière chaque phrase le travail minutieux de l’auteur, bourré d’humour. Un style redoutable, efficace, des dialogues irrésistibles, des jeux de mots hilarants, bref c’est un délice.

« Soignez les détails…C’est important les détails. »

Jugez-vous même:

« Alors, bourrique ! Enfin seuls, comme dirait l’autre.Quatre ans que je te fais la danse du ventre, à foutre des collants presque propres et à peine filés. Que je prends une douche deux fois par semaine, histoire de sentir bon.Que je fais tremper mes gaines dans la baignoire, manière de t’émoustiller le sensoriel. Que je me bourre le sous-tif de gravier pour avoir une paire bien arrogante. Et toi? Rien. Pas une main aux miches, pas un regard dégueulasse à mon égard. Irréprochable, que t’es . Ah mais, espèce de fumelard, j’en ai ma claque qu’on me respecte, moi, t’entends ? J’en ai ma claque ! Je veux qu’on m’baise, qu’on me secoue, qu’on me colle le museau contre le bois de lit et qu’on me tape dans la cantine jusqu’à je perde des bouts et qu’on reconnaisse plus rien. J’suis quand même une baronne, merde! J’ai le droit qu’on me chahute ! »

C’est pas des enfants de coeur mais sérieux j’adore leur compagnie.

L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, « Les deux coups de minuit  » est la sixième aventure de Tonton. Encore quatre à découvrir pour ma part. J’avais fait sa connaissance avec « Les particules et les menteurs »(Deuxième aventure) et c’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai dévoré ce dernier, sur une journée avec peu d’entracte. Une aventure livresque aussi bonne qu’une séance cinéma. Les tontons flingueurs étaient là, bien présents, Samuel a trouvé une belle façon de leur rendre hommage, et de nous ravir avec plusieurs tribulations.

À découvrir aussi « Kind of black »autre polar magnifique de l’auteur dans l’univers du Jazz (Prix du Balai d’or 2014)

L’auteur est édité chez Flamant Noir, une maison d’édition qui réunit des romans de qualité où j’ ai repéré de belles plumes, telles que Muriel Houri « Menace » Ellen Guillemain « Esprit-de-Famille »

Alors si vous avez envie de passer un bon moment, de découvrir le magnifique travail de Samuel avec la langue Française, de vous bidonner cet été, foncez lire les aventures de Tonton et les canailles qui l’accompagnent.

« On nait. On meurt. Entre les deux, on boit » mais surtout on n’oublie pas de lire et de rire.

Money Shot de Christa Faust, Gallmeister

Traduit par Christophe Cuq

Amis puritains, passez votre chemin sinon : »OH My GOD , I’M SHOCKED »,vous voilà prévenus !

 

« Rappelez-vous, avant d’en prendre plein les mirettes, il faut montrer les pépettes. »

 

Par ici la monnaie,pour entrer dans l’antre de la perversion sexuelle. Avec seulement 17€50 ,tu vas t’en prendre plein les yeux.

 

Voici la terrible histoire de Gina Moretti ,une Nana plus connue sous le nom d’Angel Dare . Actrice de film X dans sa jeunesse,mais désormais c’est du passé. Pourtant à la demande d’un ami elle se laisse attirer par un money shot (Plan à fric) .

 

Serait-ce la tentation d’un fruit tout jeune qui réveille ses vieux démons ou une façon de voir si sa jeunesse qui se fait  la malle, plaît encore ? Hélas,cet écart de conduite ne va pas l’emmener au paradis mais tout droit en enfer .

 

Angel se rendra vite compte que le coffre d’une bagnole comme scéne de jeu,ce n’est pas le top….

 

« On pourrait croire qu’il existe un stade, passé lequel,le corps humain souffre tant, en tellement d’endroits,qu’il décide d’accrocher à sa porte une pancarte COMPLET et refuse d’accueillir toute nouvelle douleur. Visiblement, il n’en est rien . »

 

Avec l’aide de Malloy ,elle va entamer une véritable vendetta pour retrouver ceux qui l’ont mis dans cette galère .

 

« Une rage folle et étouffante se remit à bouillonner en moi, plus forte que jamais.J’avais envie de tout pêter . »

 

L’univers  du Porno est un milieu bien pourri,ça on s’en doute. Même s’ils se vautrent dans la soie , rien n’est fait dans la dentelle. La violence est partout,et ce roman noir la dépeint avec un réalisme surprenant. L’envers du décor est vraiment peu reluisant.

 

« le Sex Shop…Beaucoup de gens sont surpris que de tels endroits continuent de prospérer, compte tenu du fait que tout est disponible sur Internet. La vérité,c’est qu’il y a encore des tas de mecs qui partagent leur ordinateur avec leur femme,certains qui n’en sont pas équipés et d’autres encore qui préfèrent tout simplement payer leur porno en liquide. »

 

Christa Faust nous plonge dans ce milieu du X avec une narration remarquable. La tension monte crescendo . Angel ,l’héroïne n’a pas froid aux yeux, elle est même plutôt coriace .Et sa soif de vengeance n’a pas de limite. Une bombe féministe ,indépendante ,futée,et terriblement courageuse.

 

Un roman noir puissant,une verve pleine d’humour, une tension présente tout le long du récit,un rythme soutenu ,et même si parfois, vu le contexte c’est insoutenable ,la plume de l’auteure donne au roman une force exceptionnelle .

 

Christa fait une  entrée remarquable et remarquée chez Gallmeister ,et même si elle laisse ses talons au vestiaire,elle est à la hauteur des pointures déjà bien dans la place.

 

Messieurs,une grande dame du noir vous a rejoint chez NEONOIR ,faites-lui la place qu’elle mérite, soyez courtois,et faites gaffe quand même,sous sa plume se cache une sacrée Nana .

 

Son premier chez Gallmeister ,mais déjà onze romans à son actif.Il me tarde de les découvrir.Je ne peux que vous inciter  à découvrir ce « porno-livre « ,et l’histoire d’Angel,belle féministe rebelle avec une sacrée paire de c……. Si si,vous verrez ….