oldies but goldies DANS LE GRAND CERCLE DU MONDE Joseph Boyden « Terres d’Amérique » Albin Michel

Chronique d’avril 2014

Joseph Boyden est un auteur canadien aux origines multiples : écossaises, irlandaises et surtout indiennes, dont c’est ici le troisième roman et quel roman ! Ses deux premiers ouvrages lui ont permis de faire connaître le peuple cree et la tribu anishnabe dont il est en partie originaire ou plus simplement les descendants des Algonquins ou des Amérindiens qui résidaient autour du lac Ontario avant l’arrivée des Européens en nous plongeant dans l’histoire d’individus issus de ces tribus au XXème siècle.

 Là, il nous convie à un fantastique voyage au 17ème siècle, aux origines du Canada avec la narration de la guerre fratricide entre les Hurons et les Iroquois. Les historiens ont donné plusieurs versions des origines de ce conflit et Boyden y  va de sa plume talentueuse pour nous raconter cette tragédie à sa manière, vue du côté huron-wendat. C’est un fabuleux voyage que l’on fait en sa compagnie et vous n’aurez certainement pas énormément d’occasions similaires d’éblouissement cette année.

Trois voix racontent cet épisode des débuts de l’histoire moderne du Canada car, outre Oiseau chef de guerre huron veuf par le fait des Iroquois qui ont massacré sa femme et ses deux filles, nous rencontrerons Chutes de neige, une enfant iroquoise enlevée pendant le massacre de sa famille pour devenir la fille de Oiseau et Christophe Corbeau (surnom donné aux missionnaires) prêtre jésuite breton, prisonnier des Hurons puis compagnon d’infortune de la tribu. Chaque voix donnera sa propre version poignante, partielle  des évènements qui se déroulent pendant plusieurs années précédant l’explosion finale et permettra de se rendre compte du fossé qui sépare l’ancien et le nouveau monde.

Outre l’épisode guerrier, le roman permet une connaissance des Indiens très loin du romantisme qui parfois les décrit encore. Il ne s’agit pas réellement des relations entre la France et ces « Sauvages » mais plutôt des conséquences humaines, philosophiques, sociétales, économiques et politiques de l’arrivée des Européens sur le sol américain. On voit très vite que les Indiens n’étaient déjà plus les « oies blanches » qui avaient vendu l’île de Manhattan contre de la verroterie de pacotille mais des gens intelligents qui voulaient se servir de ces nouveaux alliés pour commercer et se débarrasser des ennemis intérieurs.

Boyden, tout au long du roman, montrera les limites de cette « invasion » et de cette alliance avec l’arrivée des maladies en provenance d’Europe, la propagation du christianisme, la cupidité nouvelle de certains Amérindiens, l’alcoolisme destructeur, l’inadéquation flagrante entre les religions et croyances européennes et la réalité indienne, les armes à feu… Aucun discours moralisateur, juste une démonstration du choc subi par ces populations encore à l’âge de pierre entrant de façon anarchique dans le monde du XVIIème siècle européen.

C’est avant tout, mais pas uniquement, loin de là, un livre très dur parce qu’il est situé dans une période apocalyptique pour Hurons et Iroquois engagés dans une lutte cruelle et barbare. Il est bon de signaler que certaines pages de torture au milieu du roman sont particulièrement insoutenables. Il suffit, éventuellement, de les sauter quand vous saurez que le destin des prisonniers est définitivement scellé et de reprendre la lecture d’un roman magique, exceptionnel et unique et je pèse mes mots malgré tous les romans extraordinaires que j’ai pu lire déjà cette année. C’est une histoire de mort mais aussi de vie, de souffrance et de bonheur familial, de haine et de compassion, de partage et d’exclusion.

C’est un livre qui va devenir rapidement un classique. J’ai passé deux nuits en pays huron et c’est un séjour effroyable et fantastique tant l’histoire semble authentique, le décor vivant  et les personnages inoubliables (y compris et peut-être surtout le jésuite…).

Un chef d’œuvre de roman d’aventures et d’intelligence qui ouvre sur une grande réflexion sur le monde et ce que nous en faisons. Le titre original du roman est « l’Orenda » qui est l’équivalent de notre âme chez les Indiens, et ici c’est « l’Orenda » du Canada originel, cruelle, héroïque que vous offre Joseph Boyden sur 600 pages talentueuses, émouvantes, sauvages et magnifiques.

Wollanup.

 

C’EST L’HISTOIRE DE LA SERIE NOIRE 1945-1975 Gallimard

 

En cette année 2015 où la Série Noire a fêté brillamment ses soixante-dix ans avec un catalogue annuel de premier choix (partial? Oui !), il manquait un beau livre, une œuvre littéraire et plastique pour terminer cette heureuse parenthèse où les auteurs français ont prouvé par leurs beaux romans qu’Aurélien Masson avait su faire les bons choix.

Je l’ai déjà écrit mais ce bouquin est le cadeau de Noël idéal pour le beau-père qu’on veut séduire ou le grand-oncle Marcel qui se tape l’incruste pour le réveillon et dont on croit se rappeler vaguement qu’ils lisent des polars. Seulement offrir des polars à un amateur du genre, et vous le savez bien vous connaisseurs ayant peut-être déjà eu à subir le cadeau empoisonné que vous devez néanmoins accueillir avec moult manifestations de joie et de ravissement « oh, le dernier Harlan Coben, génial, merci, je voulais vraiment le lire!!! » est une expérience extrêmement périlleuse à laquelle je ne me risque plus. Pareillement si vous offrez un Sallis à votre beau-père qui ne jure que par S.A.S, l’effet négatif ne sera pas immédiat parce que la lecture de la quatrième de couverture ne l’aura pas nécessairement irrémédiablement abattu mais ne demandez jamais des nouvelles du roman lors des prochaines rencontres.

Alors qu’avec ce beau livre luxueux narrant l’histoire de la collection légendaire, culte mais aussi très tendance, vous ne pouvez faire que des heureux. Si on aime les polars, on aime la SN, c’est une évidence. Il y a eu des périodes plus creuses mais la SN, c’est un monument, une institution et ce bouquin, c’est un beau musée et en même temps un magnifique miroir de la France depuis sept décennies tout en étant, vous verrez, un peu votre madeleine de Proust. La SN a toujours fait partie de mon environnement culturel et a parfois initié en moi une certaine conscience politique et parfois encore la ravive ou l’entretient.

Et pour raviver vos souvenirs et vos combats,rien de mieux que ce roman qui au début fait la part belle à la création puis aux différentes évolutions de la collection qui débuta après guerre par l’édition de wagons de polars ricains pour aller ensuite timidement puis habituellement vers le polar français pour maintenant couvrir la planète polar.L’histoire,les combats,les convictions des différents directeurs sont racontées avec bonheur et précision tout en étant souvent agrémentées de remarques humoristiques.

Le manifeste de celle qui est souvent nommée amoureusement « la reine de la nuit » écrit en 1948 semble toujours d’actualité et décrit bien mieux que ma piètre prose la réalité Série Noire.

« Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte. L’optimiste systématique non plus. L’immoralité admise en général dans ce genre d’ouvrages uniquement pour servir de repoussoir à la moralité conventionnelle, y est chez elle tout autant que les beaux sentiments, voire de l’amoralité tout court. L’esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n’y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout. Mais alors ?… Alors il reste de l’action, de l’angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre. Comme dans les bons films, les états d’âmes se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse. Il y a aussi de l’amour — préférablement bestial — de la passion désordonnée, de la haine sans merci, tous les sentiments qui, dans une société policée, ne sont censés avoir cours que tout à fait exceptionnellement, mais qui sont parfois exprimés dans une langue fort peu académique mais où domine toujours, rose ou noir, l’humour. À l’amateur de sensations fortes, je conseille donc vivement la réconfortante lecture de ces ouvrages, dût-il me traîner dans la boue après coup. En choisissant au hasard, il tombera vraisemblablement sur une nuit blanche. »

L’imposant et magnifique portfolio qui suit vous fera vraiment entrer dans le monde de la collection. Y sont présentées les couvertures, mais aussi les 4 èmes, les bandes, les affiches ainsi que les adaptations cinématographiques ravivant des souvenirs que l’on croyait perdus à jamais.

 

Enfin, les annexes où figurent de nombreux courriers d’auteurs vous permettront d’entrer dans l’intimité de cette belle machine à rêves et à frissons.

Rien à jeter là-dedans, c’est beau, intelligent, évocateur, intime, réussi.Un bouquin qu’il faut avoir et chérir, à qui il faut trouver une belle place dans sa bibliothèque un peu comme « le dictionnaire des littératures policières » de Claude Mesplède qui a d’ailleurs participé à la création de ce beau musée de papier.

Et en citant A.Masson, actuel boss de la SN, reprenant Neil Young :

« Keep on rockin’in the free world ».

Wollanup.

 

 

 

 

 

 

 

Oldies but goldies CATARACT CITY de Craig Davidson/Albin Michel

« Duncan Diggs et Owen Stuckey ont grandi à Niagara Falls, surnommée par ses habitants Cataract City, petite ville ouvrière à la frontière du Canada et des États-Unis. Ils se sont promis de quitter ce lieu sans avenir où l’on n’a d’autre choix que de travailler à l’usine ou de vivoter de trafics et de paris.

Mais Owen et Duncan ne sont pas égaux devant le destin. Tandis que le premier, obligé de renoncer à une brillante carrière de basketteur, s’engage dans la police, le second collectionne les mauvaises fréquentations. Un temps inséparables, sont-ils prêts à sacrifier le lien qui les a unis, pour le meilleur et pour le pire ? »

 Il est des romans qui vous mettent une bonne claque dans la  tronche, des histoires qui vous happent contre votre gré, des écrivains qui vous prennent aux tripes sans pitié, des pages tendres, humaines et bonnes  qui succèdent à des scènes cruelles, barbares, des romans que vous n’oubliez pas une fois la lecture terminée tant les émotions nées de leur  lecture restent gravées dans votre cerveau peu habitué à de tels transports, des histoires avec  des héros très ordinaires habités par des sentiments extraordinaires…il en est assez peu, finalement, de ce genre de romans et « Cataract City » en est.

Craig Davidson est devenu célèbre grâce à l’adaptation cinématographique de sa nouvelle « Un goût de rouille et d’os » tirée du recueil de nouvelles éponyme et adapté par le maître du film noir français, Jacques Audiard. Nul doute que ce roman confirmera son statut d’écrivain hors norme.

Duncan Diggs et Owen Stuckey, gamins de prolos de Niagara Falls à la frontière avec les USA vont quitter ensemble le monde de l’enfance le soir de leur étrange rencontre avec leur idole « Bruiser Mahoney » catcheur dans un circuit professionnel de bas de gamme. Cet évènement  sera le point d’ancrage de leur amitié et par là même le moment de leur séparation. Chacun va prendre les voies qui lui semblent opportunes pour réussir à quitter « Cataract city ».Le début du roman est serein, offrant des pages attendrissantes sur l’envers du décor de cette triste foire qu’est devenu le site des chutes du Niagara et des gens qui y vivent toute l’année. Certains passages font penser à du Mark Twain de Tom Sawyer, du Tom Drury. Mais très vite, les choix de vie risqués de Duncan : courses de lévriers, combats de chiens, contrebande, combats à main nue font entrer le roman dans une autre atmosphère bien crade, un décor empli d’adrénaline et de testostérone, de sueur, de sang, de souffrance.

Sans dévoiler l’intrigue, il est évident que les deux amis vont se retrouver bien des années plus tard après s’être perdus de vue mais sans avoir jamais oublié ce que chacun devait à l’autre depuis l’enfance. L’amitié dont parle Davidson si talentueusement est tout sauf mièvre ou édulcorée tant elle est plus forte que la haine, plus puissante que la morale, la loi et l’ordre.

Le final, au premier abord redondant, s’avère époustouflant en nous projetant  dans un pur thriller. Certains souffriront peut-être, tant certains passages sont éprouvants et glauques mais si vous ne devez lire qu’un roman noir cette année, celui-là, c’est du très lourd et ce serait vraiment dommage de passer à côté.

Wollanup.

 

 

 

Pas de bilan …..Mais !!!

Juste un conseil…
pour les fêtes, si vous achetez des livres pour vous ou à offrir, n’hésitez pas à sortir des sentiers battus, chercher l’indépendance ne faites pas les moutons basiques SVP.

Baladez vous par là, des tas de livres qu’on a chroniqué….restez indépendants….

http://www.lavolte.net/

http://www.mnemos.com/

http://www.belial.fr/

http://asphalte-editions.com/

http://www.editionsdelaube.fr/

https://www.facebook.com/leserpentaplumes/

http://polar.jigal.com/

 

par exemple

tant-de-chiens-boris-quercia

53573-w250

 

Mise en page 1

et BD aussi

 

 

borb-par-jason-little

 

Oldies but goldies DÉFONCÉ de Mark Haskell Smith/Rivages

Chronique de juillet 2013.

 

C’est toujours le sourire aux lèvres que je retrouve cet auteur dont c’est le quatrième roman, tous édités en France chez Rivages et qui eut droit à la grande édition dès son deuxième essai.

Mark Haskell Smith est une sorte de Carl Hiaasen du fumeur de ganja, sa lecture provoquant chez moi autant d’hilarité que l’auteur floridien. Il fait preuve de la même fantaisie et de la même inspiration pour créer des situations absurdes où les héros pataugent étant trop éloignés de leur monde et ne comprenant pas la réalité s’offrant à leurs yeux.

L’inspiration de Mark Haskell Smith vient en partie de la consommation de cannabis, il ne s’en cache pas et il a eu la bonne idée de faire de cette plante l’héroïne de ce nouveau roman.

Miro Basinas, passionné de botanique, cultive avec amour et talent de la marijuana et a créé l’ « elephant crush » une herbe qu’il juge remarquable et unique. Il présente son bébé (dans un épais brouillard parfumé à la mangue) à la prestigieuse Cannabis Cup d’Amsterdam. Non seulement, contre toute attente, il remporte la compétition mais son produit devient immédiatement une légende et là bien sûr, vous l’avez compris, les ennuis vont commencer pour notre gentil naïf Miro. Une grande partie des déjantés et des criminels de la Cité des Anges va s’intéresser à son trésor.

Comme dans ses précédents romans, Haskell Smith va créer des situations loufoques, improbables et offrir un roman réjouissant, gentiment déjanté tout en nous présentant une Californie toujours aussi peu attirante. C’est aussi un peu l’équivalent comique de « Savages » mais sans les héros frimeurs, branleurs, bienfaiteurs de l’humanité du pourtant si grand Don Winslow. Ici, Miro et ses compagnons sont toujours un peu en décalage avec la réalité ce qui nous donne des grands moments comiques, eux aussi décalés et osés .Comme d’habitude il y a beaucoup de cul chez Smith, avec notamment une scène délirante et hilarante qui laisse aussi pantois devant l’inventivité de l’auteur.

C’est aussi un gentil plaidoyer idéaliste pour la légalisation du cannabis qui ne convaincra sûrement pas les opposants.

C’est enfin et surtout Los Angeles:des camions à tacos, la weed, des mormons en déroute, des passages à tabac, des crimes, un usage surprenant du gode-ceinture, un double meurtre sexuel particulièrement inventif, une créature mexicano-irlandaise dangereuse, du bondage, tout cela écrit comme dans un grand éclat de rire par un Haskell Smith au meilleur de sa forme ou sous « elephant crush ».

Quand même pas le chef d’œuvre indiqué en quatrième de couverture mais le roman idéal pour se défoncer,se défouler plutôt.

 

« Elephant Crush » testée et approuvée par The Growlers.

 

 

Bilan de l’année 2015.

Voilà, c’est l’heure des bilans des lectures de l’année et non du classement des meilleurs bouquins puisque simple humain tristement banal, malgré tous mes efforts, la vie prenant souvent le dessus, je n’ai pas pu lu lire tout ce que je voulais cette année, pas pu découvrir tous ces nouveaux auteurs et territoires qui s’offraient à moi. C’est donc tout simplement les meilleurs bouquins que la chance, le flair et les conseils avisés m’ont permis de découvrir en 2015. 

Alors, déjà,d’abord, dans cette sélection de dix bouquins, il y a PUKHTU de DOA et les autres,tout simplement, PUKHTU et puis les autres,point final…

Autre roman ambitieux et énorme surprise  Basse Saison  de Guillermo  Saccomanno et ses extraordinaires tragédies ordinaires.

Toujours dans les divines surprises,un faux décor ricain mais un vrai polar réjouissant de Jacques Bablon, Trait Bleu.

La cabossée et très touchante Amérique profonde avec le magique  Cry Father de Benjamin Whitmer qui sait rendre l’absence de Larry Brown moins douloureuse.

Brillante mercuriale de William H. Gass dont  Le Musée De L’ Inhumanité  se mérite vraiment mais la patience qu’il impose est finalement largement récompensée par tant de puissantes pages rageuses.

Aucun Homme Ni Dieu de William Gilardi un roman « autre », époustouflant de sauvagerie, dépaysant, qui va vous envoyer aux origines et limites de l’humanité, laissant un terrible écho pendant de longues semaines. Énorme.

 Six Jours de Ryan Gattis, un voyage hallucinant dans une guerre des gangs pendant les émeutes à L.A. Quand la loi de la rue remplace l’ordre public.

Dans une Nouvelle Orléans si souvent écrite,l’arrivée d’une nouvelle enquêtrice aux multiples addictions, au comportement surprenant et obsédée par des absences qui la rongent. Fantomatique et troublante Ville des Morts de Sara Gran.

Un diamant noir avec La Neige Noire  de Paul Lynch qui crée la tragédie du retour au pays,un affrontement sans merci, pernicieux de deux mondes opposés jusqu’au drame: la tradition contre le modernisme. Une histoire particulièrement éprouvante mais avec la plume magnifique de Lynch.

Et,un petit bijou, Une Plaie Ouverte  de Patrick Pécherot, mystère, poésie, rêve, désillusion, nostalgie et débuts de société capitaliste sur les ruines des révolutions terrassées. Un roman monstrueusement beau et émouvant.

Une petite liste mais de grandes heures.

Wollanup.

 

PERTUBATION ET MAINTENANCE

A force de courir, on se casse la marboulette, c’est ce qui m’arrive….
Je vous prie donc de m’excuser, pour le retard sur le site….

On se retrouve bientôt avec 2 entretiens pour finir l’année, des chroniques, et une présentation des livres de 2016 qui me sont arrivés dans la boite…

et un récap de 5 ans de site….

sinon let’s rock, avec un David Bowie qui continue de m’intriguer

Oldies but goldies UN CIEL ROUGE LE MATIN de Paul Lynch/Albin Michel

Traduction Marina Boraso

Chronique de mars 2014

L’Irlande regorge actuellement d’auteurs de noir de talent comme si le climat éprouvant et déprimant qui rend si belles les vallées et donne à la bière locale un goût incomparable déteignait vraiment sur les populations maudites d’une île si souvent blessée et dont on se demande si elle a un jour connu un âge d’or sans domination étrangère parce que les Britanniques sont loin d’avoir été les seuls envahisseurs au cours de l’histoire, et ainsi créait une ambiance propice à l’écriture d’histoires souvent bien tristes mais un peu pénibles aussi parfois par une certaine répétition de lamentations pérennes. Paul Lynch, à sa façon très originale, ajoute une pierre de taille, un mégalithe imprégné d’Histoire à l’édifice avec un roman extraordinaire. C’est une surprise de taille et c’est en même temps le printemps avant l’heure, car nul doute que l’on va retrouver Paul Lynch dans d’autres écrits brillants très prochainement. T.C. Boyle qui avait commencé avec « Water Music » n’a ensuite jamais pu écrire l’équivalent en puissance comme en beauté mais est resté un très grand écrivain.

Et ici, que ce soit l’histoire, les descriptions, les personnages, tout est réussi et tout s’enchaîne dans un déroulement somptueux de noblesse, d’humilité et de compassion pour ces pauvres gens, bannis sur leurs propres terres et partis vers l’inconnu, vers un destin qui ne pouvait être pire que celui qu’ils enduraient chez eux.

Extrait de la 4ème de couverture :

Printemps 1832. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il est expulsé avec femme et enfants de la terre qu’il exploite. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller voir l’héritier de la famille, qui règne désormais en maître. Mais la confrontation tourne au drame : Coll Coyle n’a d’autre choix que de fuir.

Roman grandiose d’une chasse à l’homme sur deux continents avec un méchant, Faller, à qui on peut presque attribuer un côté magique tant il est une incarnation du Mal avec des facultés physiques et intellectuelles immenses et développées uniquement pour répandre l’horreur et le malheur autour de lui et guidé par une haine inhumaine vis-à-vis de Coll, simple paysan qui a fait le mauvais geste au mauvais moment. C’est un suspense continu et de grande qualité sur plus de 280 pages. C’est dur comme du Cormac McCarthy, c’est raconté comme du James Carlos Blake. C’est simplement passionnant et époustouflant de classe ! Pas un chapitre, pas un paragraphe, pas une ligne pour reprendre son souffle. Trois parties pour trois lieux ;tout d’abord l’Irlande déshéritée ;terre de ce drame parmi tant d’autres et pourtant les années de la grande famine sont encore à venir puis une seconde partie à fond de cale sur l’Atlantique avec des pages bouleversantes tant par le malheur qui frappe des gens qui en ont eu pourtant leur dose depuis la naissance et tant par la beauté des sentiments et la noblesse de certains comportements et agissements quand l’humanité tend à disparaitre au profit de l’instinct de survie. Enfin, une troisième partie qui montre aux acteurs que leur Nouveau Monde tend à fonctionner comme l’ancien monde qu’ils ont fui et où la peine remplace très vite le rêve. La Cour des Miracles à l’échelle d’un continent !

Que l’Irlande miséreuse est belle sous la plume de Paul Lynch. Une style magnifique, une histoire écrite avec le sang de toutes les victimes de l’animalité des maîtres en Irlande et des balbutiements de l’histoire dans la terre promise de tant d’Irlandais, l’Amérique…si réelle et si virtuelle , aimée et tant haïe et dont tant de mentalités et de comportements actuels sont l’héritage culturel de ses ancêtres européens et du souvenir des temps difficiles où la solidarité autour d’un clocher, d’une communauté ou d’un drapeau pouvait vous sauver la vie et vous protéger un peu de l’adversité.

Un vibrant hommage aux migrants irlandais et de manière générale à ces populations européennes considérées comme la lie de la société et qui ont su créer un grand pays devenu la plus grande puissance mondiale du XXème siècle, juste revanche sur ceux qui les avaient bannis et persécutés. Et quand on pense à la tragédie de ces migrants que peut-on dire de l’horreur vécue par ces populations d’Afrique enlevées loin de leurs vies et réduites à l’esclavage et qui ont contribué bien malgré eux à l’élaboration de l’empire ?

Violent, Cruel, Terrifiant, Emouvant, Héroïque, Immensément Beau. Un grand roman .Une Saint Patrick avant l’heure !

Wollanup

News from hell acte II

aujourd’hui nous envoyons le bon à tirer….pour le livre
du retard
Mais on sera dans les temps, le 23 décembre , on aura touttttttttttttttttttttttttttttt

 

cd

TANT DE CHIENS de Boris Quercia chez Asphalte

 

Traduction : Isabel Siklodi

Un polar chilien déjà ce n’est pas banal, un polar chilien qui est le deuxième d’une série après « les rues de Santiago » au titre un peu passe-partout et qui semble avoir une côte élevée auprès des amateurs de polar, cela semble assez irréel et en même temps assez jouissif car il sort chez Asphalte et pour ce qui est des polars sud-américains intelligents, vous pouvez leur faire confiance. Et je ne peux que me joindre au chœur des louanges tant ce roman, garanti, c’est de la bonne came.

« Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d’une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos. Il était également lié à une « association de divulgation philosophique » aux allures de secte, la Nouvelle Lumière. Interrogé par les Affaires internes, Santiago a du mal à croire ce qu’on lui dit de Jiménez. En se rendant à la Nouvelle Lumière, par curiosité autant que par désœuvrement, il tombe sur la jeune Yesenia, qu’il connaît bien. Tous deux ont grandi dans le même quartier, puis leurs chemins se sont séparés. Entretemps, Yesenia a connu l’enfer : elle raconte à Santiago avoir été séquestrée et violée par son beau-père. Depuis, elle ne vit plus que pour une seule chose, et elle va demander à Santiago de l’aider, au nom de leur amitié passée : il s’agit d’abattre son bourreau… »

Une quatrième de couverture particulièrement réussie ne vous indiquant que le début des problèmes de Santiago Quiñones qui en verra des vertes et des pas mûres dans un court roman particulièrement explosif mais pas seulement parce que s’il a tout d’un hardboiled, il présente bien d’autres aspects positifs qui en font autre chose qu’un petit polar où ça défouraille à tout va.

Grâce au talent de Boris Quercia, on a ici un héros particulièrement intéressant car malgré les clichés habituels sur les policiers déglingués à moitié défoncés, on a néanmoins quelqu’un de terriblement humain, de lamentablement humain aussi. Santiago se défonce, a des jugements peu sûrs, perturbés par la coke qu’il s’enfile, ne sait plus vraiment où il en est dans sa vie amoureuse, n’hésite pas à baisouiller si l’occasion se présente quitte à le regretter après, pense de façon très émotive à ses parents, veut aider autrui mais doute aussi énormément et souffre de la mort de son partenaire dans une capitale chilienne qui ne semble pas être une destination de villégiature à privilégier. C’est ce côté faillible de Santiago qui crée une sorte de paranoïa tout au long de l’histoire. Santiago se montrant sympathique, on tremble pour lui qui donne l’impression de tomber de Charybde en Scylla et ceci, quoi qu’il fasse. Il m’a fait un peu penser à Milogradovitch dans « La Danse de l’Ours » de James Crumley qui connait lui aussi des moments de terreur incontrôlables dans des situations qui le dépassent.

En 200 pages bien souvent vitriolées (les lecteurs hommes vont sûrement se sentir visés, agressés), on a une histoire particulièrement bien montée, passionnante où n’est conté que l’essentiel pour offrir, comme dans le bouillant premier chapitre, certains tableaux apocalyptiques de première bourre mais aussi des passages plus intimistes très troublants, magnifiques malgré ou grâce à leur tristesse ou mélancolie. Beaucoup ont déjà dit avec justesse le bien qu’ils pensaient de ce roman et… je confirme, c’est très, très bien mais je m’en doutais un peu car j’avais déjà été bien époustouflé par « basse saison » de Saccommano cette année chez Asphalte qui est une maison d’édition, on ne le dira jamais assez, offrant toute l’Amérique latine et hispanophone version macadam dangereux dans des histoires bien noires et très pointues pour qui s’intéresse à cette partie du monde et bien sûr, à ce genre de littérature. Franchement, je n’imagine pas un quelconque vrai amateur de polars ne pas trouver ici son bonheur tout en découvrant un Chili bien mal en point si on juge la corruption et la criminalité. Ceci dit, dans quel pays la corruption est-elle absente? Elle est visible et médiocre dans les pays pauvres, souvent invisible et particulièrement rémunératrice dans les pays riches.

Un grand polar. Faut pas le rater celui-là!

Wollanup.