Patrick lee, Runner, chez Albin Michel

pour les profanes, l’auteur a édité chez atalante une trilogie explosive, que j’avais adoré.

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http://www.l-atalante.com/auteur/49/patrick_lee/detail.html

En ce qui concerne son dernier, il en est de même une 4 eme de couv bien réalisée, car elle cache beaucoup du suspense du livre et de sa profondeur. On n’est pas dans action action,, il y a toujours du plus avec Patrick Lee. De la réflexion, de la science, et de l’émotion. Même si l’action reste omniprésente. A jouer au chat et à la souris tout au long du livre, l’intrigue se révèle beaucoup plus complexe que prévu. méchants, bons, on ne sait plus parfois. Un livre très intelligemment fait qui va vous surprendre par  sa profondeur. Ceux qui qui connaissait Patrick Lee avant, eux le savent déjà !!!

 

on en reparle ?

9782226326140-j

Traducteur : Marina Boraso

Tout ce dont elle se souvient,
c’est qu’elle ne doit pas s’arrêter de courir…
Une fillette terrorisée, traquée par des hommes armés aux moyens considérables.
Un ex-agent des forces spéciales à la dérive.
Deux êtres traumatisés qui n’auraient jamais du se rencontrer, propulsés dans une course-poursuite infernale dont les enjeux les dépassent.

Entre Le Fugitif et Charlie de Stephen King, un thriller qui laisse le lecteur pantelant. Un triomphe aux U.S.A.

 

« Entre les rounds », Rodolphe Barry, Editions Finitude 2016

« Il s’engagea sur un sentier qui sinuait entre les prés, le ciel bleu et vide occupait tout l’espace. Il longea l’enclos d’une ferme, attentif au crissement de ses pas dans la neige. Il parvenait juste à la hauteur d’un box quand un cheval bondit dans un tel raffut et avec une telle puissance qu’il eut un mouvement de recul, le souffle coupé. L’Appaloosa galopa d’une extrémité à l’autre du pré, virant au plus près des clôtures comme pour battre un record de gymkhana. La buée qui sortait de ses naseaux flottait dans l’air après son passage. Dans un virage, il s’arrêta comme il avait surgi, le tapis sanglé qui le couvrait glissa sur son garrot, un éternuement déclencha un frémissement le long de son poitrail. Tout son corps était enveloppé de vapeur. Il fit demi-tour vers l’écurie avec la mine d’un boxeur qui rentre aux vestiaires, le peignoir mal ajusté, sans souvenir du combat. »

Six nouvelles, six existences devant six carrefours : Entre les rounds s’arrête sur ces moments-clé dans la vie où l’on prend son souffle avant une nouvelle offensive. Les moments où l’on décide si un changement de stratégie s’impose ou si on garde le cap.
C’est aussi l’occasion de se rappeler à son bon souvenir en tant qu’individu unique, avec les rêves, les espoirs et les aspirations que l’on nourrissait avant que la vie commence à enchaîner ses crochets et ses uppercuts, voir parfois ses K.O. meurtriers.
Malgré la référence pugilistique du titre, c’est tout en délicatesse que Rodolphe Barry fait évoluer ses personnages dans une Amérique consumériste et obnubilée par sa fuite en avant. Il sont là, au milieu de la foule, du monde, au centre de leur vie :

« Un speaker annonçait des promotions dans les boutiques de la galerie marchande, les bandes sonores saturées lui vrillaient les oreilles. Il faisait chaud. Partout on allait et venait et les yeux de Sam se mirent à papillonner. Il poussa son chariot jusqu’à un banc devant le marchand de donuts. Des ballons multicolores se balançaient entre les ventilateurs qui diffusaient une odeur d’huile. »

Sam décide : « Ça y est, le moment est venu pour de bon ! ». Il prend la route. Il a besoin de temps. Il a besoin d’espace. Il a besoin d’écrire. Une parenthèse entre ce que la vie aura fait de lui et celui qui continue d’exister au fond de ses tripes.

Lorsque Wanda part pour deux semaines dans le Milwakee, son mari se retrouve avec quinze jours de liberté devant lui. Elle va lui manquer. Il devrait trouver un boulot, la demande de prolongation des allocations sera à tous les coups rejetée.
« J’avais du temps devant moi. Quinze jours. Quatorze nuits. Assez pour qu’il se passe quelque chose. Sûr. Il le fallait. »
Son carrefour à lui sera un homme, l’écrivain qu’il rêve de rencontrer depuis dix ans : Cormac McCarthy. Et il partira à sa recherche.

Sterling, ange vagabond, fait du stop sur la Nationale 57. Il part faire les vendanges pour ensuite se mettre au vert et travailler à son roman. Bud, le routier qui va l’embarquer n’est pas n’importe quel transporteur et de cette rencontre les deux sortiront transformés. Le hasard, la route, le partage.
« C’était peut-être la lumière aveuglante, la poussière mauve, mais l’espace d’un instant, j’ai eu l’impression de voir un aspect caché du monde ou simplement de moi-même. Quelque chose que je n’avais jamais voulu connaître. »
Lumineux, poétique, délicat, ce recueil de nouvelles est une pure merveille dont on sort apaisé. Il est traversé de part en part par la certitude qu’il faille parfois « se mettre en veille », partir pour mieux revenir, être fidèle à soi-même pour être fidèle à l’autre. Ne jamais s’oublier.
L’ombre de Cormac McCarthy plane sur l’ensemble des textes, accompagnée par la voix enveloppante de Johnny Cash. En toile de fond…
« … la silhouette d’Henri Fonda au volant d’un camion en panne au bord d’une portion escarpée de la Route 66. Le cambouis qui lui couvrait le visage renforçait la clarté de son regard. »
Superbe !

« Entre les rounds », Rodolphe Barry, Editions Finitude 2016

Le coma des mortels , éditions Albin Michel

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 » On ne trouve pas le temps, il n’est pas caché quelque part, en revanche on peut décider de prendre celui qui passe sous nos yeux et d’en faire autre chose  »
Et si vous aussi, preniez le temps de vous pencher sur le dernier livre de Maxime Chattam, en acceptant de sortir des sentiers battus pour y découvrir une histoire des plus surprenante. Une ballade entre Mal et Diction.
Comme sur un bateau ivre ce livre fait déjà des vagues, il nage à contre courant, et malmène son lecteur tout en lui offrant un paysage littéraire des plus grandioses.
« Parce que les mots, une fois qu’on les a lus, on ne peut pas revenir en arrière, ça se plante dans la matière grise. Les mots sont les racines des arbres de nos pensées, et nul ne peut savoir jusqu’où ils vont grandir, et si un arbre ne donnera pas un jour une forêt. »
En remontant le temps, vous découvrirez l’histoire de Pierre, ce mec cynique, mythomane, parfois misogyne, mais aussi séducteur, pas complètement animal, ni complètement civilisé, bourré d’humour noir, un brin pervers, un caméléon original mais aussi assez barré, et de son entourage mortel.
 » Je ne suis ni un héros, ni un vilain; rien qu’un passant dans une case de bande dessinée. Un de ceux qu’on ne regarde même pas, nécessaire pour la vision d’ensemble, pour l’esthétique mais inutile en soi. C’est tout nous ça. Utile en gros pour donner du corps, une certaine inertie, mais fondamentalement vains en soi, individuellement. Chaque personne croit que sa vie compte, qu’elle est le centre de l’histoire, mais en fait non, chacun est à peine une ombre dans le coin d’une case paumée parmi des centaines de pages. Au mieux. »
Tout comme son personnage principal, ce dernier ROMAN bouleverse les codes du genre. L’auteur nous offre un roman noir, bourré d’humour, assez décalé, pertinent et tout en subtilité. Son histoire peut déranger car elle reflète bien notre société et rejoints bien souvent nos pensées profondes. Beaucoup d’émotion se dégage de ces pages.
« Les conversations sont moins chiantes quand elles sont remplies de mots . »
Alors oui c’est différent de ce que Maxime Chattam écrit d’habitude, et encore heureux sinon à quoi bon. C’est dingue cette intransigeance des lecteurs dés que l’auteur se renouvèle, comme au cinéma avec les acteurs qui devraient se cantonner à un rôle, un style de film.
Moi j’aime la diversité dans mes lectures et ça me plait d’être bousculée, de découvrir d’autres horizons, et là j’ai agréablement été servi. Je me suis éclatée avec cet humour noir, et même si Pierre est parfois un bel enfoiré, il n’en reste pas moins touchant quand il est amoureux.
« Le coma des mortels « un roman étonnant et prodigieux, aux rebondissements fréquents, captivant et dérangeant, à la poursuite de la vérité qui se dérobe sans cesse.
« Tout est dans la façon de raconter. »
Une belle réussite pour ce récit on ne peut plus surprenant.

Christelle

Peter Temple, La rose de fer, Rivages Noirs

 

 

Cela faisait un moment que je tournai autour de cet auteur, je m’y suis mis donc, pas de héros récurrent, impeccable donc pour débuter. Commençons par louer la traduction, Pierre Bondil bien sûr, magnifique comme d’habitude. De toute manière pour un auteur de cet acabit, il fallait un grand traducteur.

Il a de la chance le sieur faraday, d’être aussi bien entouré d’amis….Intrigue à tiroirs comme on dit. On part de la mort d’un ami de son père, pour s’introduire dans le passé, et de la corruption en Australie. Un livre sur le pouvoir de certains, la drogue, les filles perdus, tant et tant de choses déjà évoquées dans les livrés, mais ici sous la plume de Peter temple cela prend une ampleur démesurée. Une putain de plume ? Assurément oui.

J’ai été vite conquis par la narration, le style, tout ce qui fait ce livre, vraiment j’ai beaucoup, beaucoup accroché. Conquis par le style qui provoque l’empathie directement avec nous humbles lecteurs, conquis par ses descriptions, les intrigues qui n’en forment qu’une, à la Ususal suspects un peu.

A TEXTE FORMIABLE, TRADUCTEUR FORMIDABLE

Traduit de l’anglais (australie) par Pierre BONDIL

Le meilleur ami de Mac Faraday est retrouvé pendu au bout d’une corde. Mais Mac, tranquille forgeron de campagne et figure de la communauté locale, ne croit pas au suicide. Mac n’est peut-être pas non plus celui qu’il paraît être. Sa première vie était tout autre…

LeSystème nerveux de Nathan Larson, chez Asphalte

 

J’avais englouti son premier livre telle une vague tsunamiesque. Depuis je prends de cachetons, et je mets du Purcell sur mes mimines, et à gauche toutes.

Bon retour Décimal Dewey à la maison, à la bibliothèque devrai je dire, mais pourquoi avoir fait un détour chez le procureur, ça puait pourtant le roussi non ?

Et c’est donc reparti pour une course poursuite d’anthologie entre, beaucoup de gens qui sont à sa recherche. Combien de manteaux va ‘t-il perdre, de chapeaux, et combien de litre de sang notre héros va déverser. Pur moment d’action et d’adrénaline, avec cet humour fou qui habite le personnage. Sans compter ce regard acide sur la vie.

Par rapport au premier on va en apprendre beaucoup sur sa jeunesse, sur ce qu’il est devenu, la mémoire les évènements fera qu’eux……

Plus précis dans la narration, plus d’humour, plus abouti donc, comme la course de D D on dévore ce livre, très original loin des livres apocalyptiques récurrents

Bravo, une suite j’espère, tout s’y prête…héhéhéhééhéh

On en trépigne d’avance

 

 

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe-Girault .

Fictions

978-2-918767-61-9

22 €

Vient de paraître (juin 2016)

le livre

Après une série d’attaques terroristes, New York n’est plus que l’ombre d’elle-même. La célèbre Bibliothèque municipale, abandonnée comme tous les bâtiments publics, est désormais le repaire de Dewey Decimal, dandy amnésique expert dans le maniement des armes et du second degré. Pour survivre, ce mercenaire aguerri a mis au point un « Système » incluant, entre autres bizarreries, un lavage de mains compulsif et l’ingestion régulière de cachets mystérieux.
La découverte de documents compromettants impliquant un sénateur va mener Dewey Decimal dans la Koreatown de New York, véritable zone de non-droit. Cette plongée sans répit, périlleuse et drolatique dans l’univers de la mafia coréenne va mettre Dewey face à son passé. Et à Rose Hee, jeune femme aussi implacable que fascinante…

« Roman rock’n’roll et parano, Le Système nerveux est une leçon magistrale d’inventivité. J’ai envie d’en citer toutes les lignes. » Ken Bruen

Marilyn X de Philip Le Roy chez Le Cherche Midi by Chris

 


Imaginez un peu le tableau. Vous partez en duo faire un road trip aux USA et là, en plein désert, une maison brule. Votre curiosité vous y conduit et vous y découvrez des carnets en partie consumés. Une véritable boite de Pandore.
« Faites, ce que je vous dis! Lisez ces carnets avant de les confier aux fouille-merde . »
Mais, oh surprise, vous y découvrez des souvenirs liés à Marilyn Monroe .
« Tout est là: Le génie de la mise en situation, la menace inconnue, le complot auquel personne ne croit, les circonstances qui vont transformer un homme ordinaire en héros, la volonté et le hasard comme étincelles du destin. »
Philip Le Roy, que je découvre pour la première fois à travers ce roman, basé sur des faits réels, nous embarque dans un véritable scénario Hollywoodien qui aurait très certainement plu à notre belle Marilyn.
« Marilyn avait plein de choses à dire au-delà du POUPOUPIDOU et du HAPPY BIRTHDAY PRÉSIDENT. »
Avec génie l’auteur nous livre un portrait de Marilyn touchant, bouleversant, tout en nous baladant avec ce couple qui s’interroge autant que nous sur ces révélations. Il nous a ficelé une intrigue captivante qu’il nous est impossible de quitter avant la dernière page.
C’est étonnant comme on se retrouve piégé et l’on se met à rêver à certaines véracités du récit. Et si tout ceci était vrai ?
« Elle a créé un mythe qui embellit le monde  »
Nous sommes dans un véritable jeu de piste, en quête de vérité, à travers cette confession explosive. Un récit aussi renversant qu’innovant.
C’est magique, époustouflant, surprenant. Serait-ce un délire de l’auteur ou d’ultimes révélations ?

En attendant, ce récit ne peut vous laisser indifférent. Une construction hyper originale, une écriture fluide, un style accrocheur, et une intrigue absolument géniale. Que vous y croisiez un indien, ou une vieille connaissance, vous verrez, vous ne pourrez pas oubliez ce voyage.
Marilyn :-Je n’ai jamais su être heureuse car je suis trop consciente de ce qu’est la réalité. Il faut croire aux mensonges et à l’illusion pour être heureuse. Et l’illusion je sais très bien ce que c’est pour en être une moi-même . »…….
Venez rêver comme moi sous la plume de Philip Le Roy, et laissez vous porter sur cette route 66 aussi Mythique que Marilyn. Étrange, jusqu’au bout; quel talent cet auteur!

Christelle

Le Fleuve des Brumes, Valerio Varesi, traduction Sarah Amrani, Editions Agullo 2016

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« Commissaire, vous le voyez, le Pô ? Ses eaux sont toujours lisses et calmes, mais en profondeur il est inquiet. Personne n’imagine la vie qu’il y a là-dessous, les luttes entre les poissons dans les flots sombres comme un duel dans le noir. Et tout change continuellement, selon les caprices du courant. Personne parmi nous n’imagine le fond avant de s’y être frotté et la drague fait un travail toujours provisoire. Comme tout ici-bas, vous ne trouvez pas ? »

 

Le titre ne ment pas : l’ambiance de ce roman est humide et froide, on y est balancé dès les premières lignes et on y reste, impuissant lecteur, frissonnant, même si l’on est blotti dans son canapé.

 

Le Pô traverse l’Italie sur toute sa largeur, depuis le Piémont jusqu’à l’Adriatique. Il est le personnage principal du roman, celui qui donne le ton à chaque bouleversement dans le fil de la narration. Le Fleuve des Brumes.

 

Lorsque nous faisons sa connaissance, il pleut depuis quatre jours : beaucoup plus de pluie qu’il ne peut tolérer. Il gonfle, il pousse, il grimpe. Des hommes suivent l’évolution des eaux à partir du cercle nautique du village. Plus curieux qu’inquiets : ce sont des bateliers, leur relation au fleuve est basée sur le respect et l’expérience d’une vie entière à naviguer sur ses flots. Barigazzi. Vernizzini. Torelli. Ghezzi. Leur calme tranche avec les ordres d’évacuation imminente que la Préfecture fait transmettre en cette nuit de déluge.

Un incident finira par provoquer l’inquiétude même parmi eux : la péniche de Tonna Anteo, quatre-vingts ans, batelier de son état, prend la route sous le regard abasourdi des quatre compères. Personne ne sait qui est à bord, la lumière s’allume et s’éteint. Et le fleuve qui continue à monter.

La péniche sera retrouvée vide. Plus de trace de Tonna.

 

Le lendemain matin un homme de soixante-seize ans est trouvé défenestré dans la cour d’un hôpital. Soneri, le commissaire en charge de cette enquête pencherait volontiers pour un suicide sauf que le défenestré s’appelle Tonna Decimo et que les journaux parlent déjà de la mystérieuse disparition d’un autre Tonna, Anteo.

«Deux frères au centre de deux affaires à quelques kilomètres de distance. L’un qui vole par la fenêtre, l’autre qui disparaît alors que sa péniche dérive le long du fleuve en crue. Il se figura le Pô et toute cette eau lui rappela qu’il pleuvait sans trêve depuis cinq jours. »

Les Tonna partagent beaucoup plus qu’un lien de sang : ils ont en commun un passé de militants fascistes pendant et après la seconde guerre. Et cette vallée de Pô a été un lieu important pour la résistance :

« Notre terre a été une zone de frontière, il y en avait qui s’enfuyaient et d’autres qui passaient le fleuve pour rejoindre leurs pairs. Des gens égarés et souvent peu dignes de confiance. Des fascistes de la République de Salò déguisés en résistants. Des résistants déguisés en Chemises noires, des personnes jouant un double jeu, des espions… Nous en avons vus de toutes les couleurs. »

Commence alors une enquête qui progressera au fil de la descente des eaux du Pô. Est-il possible que des faits ayant eu lieu cinquante années auparavant puissent avoir encore des conséquences ? La plupart des résistants sont morts. Les anciennes Chemises noires se sont rachetées une conduite et se sont rendues « fréquentables ». Le commissaire Soneri est obligé de remuer des tas d’ossements, des souvenirs douloureux. Et pendant ce temps les eaux qui baissent en dévoilant de plus en plus leurs secrets…

Le Fleuve des Brumes est une réussite absolue : au-delà de l’intrigue qui met face à face passé et présent dans un combat muet, l’écriture est absolument superbe ; la métaphore de l’eau, toujours présente et les descriptions somptueuses de cette vallée du Pô pleine de mystères constituent un véritable plaisir de lecture qui devrait convaincre même les lecteurs qui n’ont pas l’habitude du polar.

Mention spéciale pour les clins d’œil gastronomiques et oh combien appétissants !

Vivement le prochain Soneri aux éditions Agullo !

Le Fleuve des Brumes, Valerio Varesi, traduction Sarah Amrani, Editions Agullo 2016

HIRANO Keiichirō, La dernière métamorphose, par Sébastien Raizer

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photo de S. Raizer

Ce roman magnétique s’ouvre sur la métamorphose d’un jeune homme, le narrateur, en hikikomori : cela fait deux semaines qu’il n’est pas sorti de sa chambre.

Les hikikomori constituent un phénomène social au Japon : adolescents ou jeunes adultes, de sexe masculin pour plus des deux tiers, ils développent ce que l’Occident appelle une phobie sociale, notamment au moment d’entrer dans la vie active ou au début de leur carrière. Ils vivent chez leurs parents, ne quittent leur chambre que pour satisfaire des besoins corporels, ne parlent à personne, pas même à leur famille, et ce pendant des mois, quand il ne s’agit pas d’années. Certains passent leur temps à dormir, à regarder la télévision, ou deviennent des otaku : les jeux vidéo et l’informatique sont leur seule forme de communication (anonyme) avec le monde extérieur. Cette réclusion a des effets dévastateurs sur leur psychisme : le refus d’exister socialement peut engendrer le refus d’exister tout court, ou au contraire provoquer des comportements violents vis-à-vis d’autrui, voire meurtriers (envers les parents le plus souvent).

« Tout me semblait fastidieux. Le moindre mouvement m’était affreusement désagréable. Je me contentais de sortir de temps en temps, en rampant à quatre pattes comme un énorme cancrelat, pour porter à ma bouche la nourriture qu’on m’apportait et aller faire mes besoins, à l’abri des regards de ma famille. »

Pourtant, à travers ces « mémoires », le narrateur ouvre un panoramique lumineux sur son intimité et sur la société – japonaise, mais pas seulement, grâce à la finesse de perception de l’auteur.

Après un parallèle entre sa situation et celle de Gregor Samsa, le héros de la nouvelle de Kafka, qui donne lieu à une analyse singulière – la métamorphose en cancrelat comme avènement de sa nature profonde –, le récit alterne le quotidien, l’abandon de son travail, l’inquiétude et la honte de ses parents mais surtout, creuse le passé du narrateur en traquant les causes de sa réclusion volontaire et de cette idée absurde qui s’est peu à peu emparée de lui : la recherche de son véritable moi.

« Quand j’y pense, déjà, tout petit, j’étais hanté par le fantasme que je recelais peut-être une faculté extraordinaire dont je n’avais pas encore eu la révélation. La découverte et le développement de cette capacité enfouie m’apparaissaient quasiment comme une mission. »

Au fil de ces 173 pages, excellemment traduites par Corinne Atlan, Hirano Keiichirō cible, analyse et radiographie la succession de fantasmes qui peuplent la vie de son narrateur, de son enfance jusqu’au moment où il rédige les lignes que nous lisons. L’école, les relations sociales, le sexe, les mondes virtuels, le travail, le regard des autres : dans un irrésistible crescendo, ces « mémoires » hallucinés par la recherche du véritable moi prennent tour à tour des airs grotesques, drôles, empathiques, violemment lucides ou complètement absurdes.

« Si seulement mon ego gras comme un porc se faisait un peu plus discret, je serais peut-être capable de m’en tenir toute ma vie à un rôle modeste de “citoyen anonyme”. Mais c’est absolument impossible. Ah, ma mégalomanie aussi, ne serait-ce pas la maladie de l’époque ? Quand l’être humain devient “petit” à un point qui l’effraie lui-même, il n’est pas dans sa nature d’accueillir ce fait d’un simple éclat de rire ! N’est-il pas normal de souhaiter grandir soi-même en importance, en accord avec un monde qui enfle démesurément ? »

La dynamique du récit est emmenée par un irrépressible besoin d’aimer le monde, contrarié par une profonde détestation de soi et des rôles standardisés qui oblitèrent la nature profonde de chaque individu.

« Tous les gens, sans exception, veulent être “intimement compris”. Peu importe ce qu’on comprend. Tant qu’il s’agit d’un élément qui n’est pas manifeste en apparence, ça leur fait palpiter le cœur ! Si ce qu’on leur dit correspond à l’image qu’ils se font d’eux-mêmes, ils seront pleinement rassurés sur l’existence de leur véritable nature. »

Dans des pages jubilatoires, Hirano va encore plus loin, interrogeant la nature profonde du véritable moi de son narrateur, qu’il croit trouver dans la virtualité du web sous le pseudonyme d’EARL (pour « real ») : « J’avais commencé à me “forger de toutes pièces” un véritable moi… »

Roman singulier, La dernière métamorphose peut se lire comme une illustration d’un essai d’Hirano, Qui est moi ? De l’individu au dividu – le « dividu » étant un « moi divisible » – « bunjin » en japonais, concept plus courant que celui d’« individu » (« kojin »), apparu seulement durant la période Meiji (1868-1912).

« Chacun est un dividu qui peut être divisé en plusieurs personnalités : elles sont toutes vraies mais différentes selon les contextes », explique-t-il. « J’aboutis à la conclusion qu’il n’y a pas de moi unique et indivisible, mais que le vrai moi est le cumul de tous ces moi qui diffèrent en fonction des situations et des personnes. Ces moi ne sont pas pour autant des interprétations de rôles en surface. En pensant ainsi, on se défait de l’interrogation de savoir qui est le vrai moi et même de croire que l’on est parfois un moi mensonger. »

Auteur d’une œuvre abondante, grand lecteur de Mircea Eliade et de Mishima Yukio (auquel il a consacré plusieurs essais, non traduits en français), plus jeune récipiendaire du prix Akutagawa en 1998 pour L’éclipse, Hirano est une nouvelle voix dans la jeune littérature japonaise, dont l’écho est international. Son Conte de la première lune a également été traduit en français.

 

HIRANO Keiichirō, La dernière métamorphose, Picquier poche, 8 euros, traduction de Corinne Atlan.

Jazz Palace de Mary Morris, Liana Lévi

À Chicago dans les années 20, Benny, un jeune garçon de 15 ans, livre des casquettes pour le compte de son père. Ces livraisons, à travers la ville et dans certains quartiers, lui font découvrir une nouvelle musique, le Jazz. Lui-même pianiste, cette musique l’interpelle.
« Elle venait de derrière les portes, elle sortait par les fenêtres isolées où des hommes en tricot de corps blanc jouaient de la trompette, les soirs d’été . »
Les noirs avaient débarqué avec cette musique dans leurs bagages.
La ville n’était pas dangereuse, les gangsters, les bootleggers, et les maquereaux n’avaient pas commencé à faire la loi.
Benny n’a de cesse d’en découvrir davantage, mais les blacks se méfient des blancs qui tentent de leur voler leur musique, leur blues. Ils les appelaient  » Les oiseaux moqueurs  »
« Ce sont des arnaqueurs, des escrocs qui viennent vous piquer vos arrangements,vous chaparder vos chansons . »
Benny rencontre Napoléon Hill un trompettiste de grand talent. Une amitié indestructible s’installera et les mènera sur la scène du Jazz Palace, où Benny retrouvera une jeune femme qui les relie à un souvenir commun douloureux.
« Ce garçon jouait comme un noir. Les noirs n’avaient rien à perdre et ils le savaient. C’est pourquoi ils jouaient du blues. Ils lui donnaient leur corps et leur âme. Mais les jeunes blancs ont tous possédé quelque chose, et s’il jouent du blues, c’est qu’ils l’ont perdu. Ce sont des enfants à qui l’on a pris leur jouet. Jamais ils n’atteindront où l’on a rien eu depuis le départ. Ils ne savent pas que la tristesse réside au fond d’un puits profond. Ni que si vous creusez autour, vous pouvez faire jaillir autant de beauté. »
À travers ce récit, vous allez swinguer en compagnie de merveilleux bluesmen, découvrir l’histoire de Benny et de sa famille juive, et sa passion pour la musique qui souffrira de l’incompréhension de ses parents.
La naissance du Jazz. Cette musique chargée de souffrance qui la rend si bouleversante.
« Ce gars-là c’est pas un minus.Il est ce qu’il est. »
Le destin de tous ces personnages suit le rythme effréné des années folles où l’arrivée de la prohibition donnera naissance à des trafics en tout genre. Al Capone mais aussi Louis Armstrong sont déjà dans la place.
Alors si vous aimez le Jazz et le Whisky, les destins hors du commun des immigrants, les triomphes et parfois les défaites des laissés pour-compte, laissez-vous porter vers Chicago, ville emblématique de l’Amérique des années 20, où la mafia et le jazz imposaient leur rythme endiablé.
Et n’oubliez jamais, comme dirait Lavilliers « La musique est un cri qui vient de l’intérieur. »
Une saga passionnante et enivrante, mais aussi bouleversante, contée magnifiquement par Mary Morris, le premier de ses six romans publié en France pour notre plus grand plaisir.

Christelle

Nouvelles d’Amérique chez Albin Michel

Pour les 20 ans de Terres d’Amérique, Francis Geffard, directeur de cette collection chez les éditions Albin Michel, nous offre un magnifique recueil de nouvelles, d’auteurs déjà célèbres ou en passe de le devenir . De magnifiques plumes originales, affirmées, d’une grande richesse de style, qui combleront tous les amateurs de ce genre littéraire.
Une belle balade à travers tous les États d’Amérique, accompagnée des états d’âmes et ri(s)ques, qui croiseront notre regard au travers de ces 21 nouvelles.
« Entre vingt et trente ans, je n’ai cessé de me dire que ma vie aurait fait un film formidable. C’est seulement quand j’ai commencé à la raconter que je me suis rendu compte qu’elle se résumait à peu de choses. Ce n’était qu’une succession de faits isolés. » Dan Chaon
Une belle citation extraite d’une nouvelle de Dan Chaon qui donne un véritable aperçu de ce qu’est la nouvelle. Une histoire limitée, concentrée, lié à un seul évènement.
Des histoires courtes mais intenses, comme des souvenirs égrenés au gré des rencontres, qui captivent et suscitent une vive impression, sans obligatoirement de vastes décors.
Chaque nouvelle a son lot de scènes étranges. Un vrai spectacle de la vie quotidienne des américains.
« Des paumés qui n’avaient nulle part où aller, et de toute façon pas de boussole pour les y mener . » Jon Raymond
« Ce pays, il fallait l’aimer suffisamment pour vouloir mourir pour lui, ou sinon le quitter. » Elwood Reed
Tous ces auteurs dessinent un portrait fort et sensible de leur pays. L’Amérique dans toute sa splendeur, dans toute sa noirceur. Ces textes nous parlent d’ hommes et de femmes, de famille, d’amour, de haine, de vie, de mort, de rédemption, de fuite, de douleur, de combat pour vivre et survivre.
À chacun son style. Pour certains plutôt poétique, tout en douceur, lumineux, pour d’autres plus brutal, plus cruel, plus noir.
« Huit millions de façon de mourir, c’est ce qui donne à la vie toute sa valeur. » Elwood Reid
« Les vieux souvenirs, on ne peut ni les bruler ni les noyer. » Joseph Boyden
La nouvelle est une belle entrée en matière pour les jeunes écrivains, et pourtant ce n’est pas un exercice de style des plus facile. Mais les auteurs américains s’y complaisent et nous le confirment avec tous leurs recueils d’où sont issues ces magnifiques nouvelles. Un moyen de découvrir la plume et le style de tous ces auteurs contemporains.
Par rapport à la France, qui reste frileuse pour ce genre, l’Amérique regorge d’auteurs de nouvelles très talentueux, et qui bien souvent après avoir fait leur classe, nous concoctent de magnifiques romans.
Alors, n’hésitez pas, lisez des nouvelles, lisez ce recueil, ce concentré d’émotions, de plumes,et comme le dit si bien Francis Geffard « Défendre la nouvelle, c’est défendre la littérature. »
Nous aussi défendons la ! Et franchement 21 histoires pour seulement 14€ c’est déjà un cadeau avec le bonheur de lire en plus . Sans oublier la magnifique nouvelle inédite de Callan wink qui présage un superbe recueil pour septembre 2017, et le talent de tous ces traducteurs qui nous permettent de découvrir les pépites de l’Amérique. Le filon est toujours là, pour combler tous les amoureux de la littérature américaine, tel que moi .

Christelle