Jeunes loups en péril, Rivages, Chris Ontheraodagain

 
hé mes agneaux,approchez,faut que je vous parle de ces jeunes loups.Bon ok,c’est des loups Irlandais,pas sûr qu’ils passent le contrôle sanitaire ,ils sont un peu enragés ,pas mal imbibés ,et à la moindre étincelle ils s’enflament .Ils carburent au Sky , à la bière pas étonnant qu’ils démarrent au quart de tour .

C’est des nerveux ces jeunes loups dans ces contrées sauvages ….Mais telle une meute ils sont à l’affut et protégent leurs louves et n’hésitent pas à montrer les crocs si nécessaire …

Ben oui,c’est pas des enfants de choeurs ,en même temps c’est pas la bible que je tente de te faire lire .Je te demande pas de faire ta priére ,mais te prie de lire ce recueil de sept  nouvelles,d’une grande noirceur,percutantes,violentes,mais où brille toujours une étincelle d’amour,une tendresse désespérée,pour ces cabossés de la vie aux blessures multiples ,en mal de vivre .

‘Ça se résume souvent à ça l’amitié.Ne rien dire au lieu de causer’

‘Il n’allait pas bien ,dans son crâne et dans sa poitrine,je savais qu’il pâtissait de la douleur que peut éprouver celui qui a un jour aimé une fille imprévisible

Colin Barrett (écrivain Irlandais) a une qualité d’écriture qui vous envoûte,un style direct,brut de décoffrage ,mais d’une grande sensibilité qui illumine toute cette noirceur .

Avec ce receuil de nouvelles ,il remporte le prestigieux prix’Frank O’Connor international Short Story.’….Le ‘First book Award ‘du journal The Guardian et le prix ‘Rooney ‘ de la littérature Irlandaise .

Ils rejoints les auteurs Irlandais que j’apprécie énormément ,tel que Colum McCann ,ou Colm Toibin que je vous invite à découvrir.

Un trés bon moment de lecture,même si Les quatres premières nouvelles restent mes préférées .J’ai adoré son style et j’aurai grand plaisir à le suivre .

Ambiance musicale .. En parfaite harmonie 🎶🎶🍻🍻🎶🎶

 

Christelle

Le livres des Ames james Oswald, Bragelonne

Mon âme de Corbac elle est pas très nette mais là quand même j’ai failli la perdre…

Non je n’ai pas dit que ce roman ne valait pas le coup, juste qu’il ne m’a pas passionné. Il ne m’a pas emmené ni promené dans les contrées obscures que j’imaginais. Il est propre; bien écrit et bien construit mais propre. Le récit mené avec doigté, en suivant enquête et quête se déroule peinard et pépère sans qu’il n’y ait trop de surprises. Le rythme est lent et tranquille, comme une ballade en campagne. le problème selon moi (pauvre oiseau de malheur) réside dans le fait que l’on a les fesses entre deux ou trois chaises: enquête, fantastique, chronique sur le deuil??? Que choisir? Chacun a ses goûts me direz-vous mais ça fait beaucoup! C’est dommage parce que si Oswald avait eu un parti pris choisi et définitif il se serait probablement beaucoup plus imposé. Je ne suis pas fondamentalement déçu, je reste juste sceptique et attend de voir ce qu’il nous produira d’autres. Quoi qu’il en soit celà ne reste qu’un avis; le mien.

C’est un sacré roman noir, limite gothique et fantastique à conseiller aux amateurs des mélanges de genre!

Pendant dix ans, à Édimbourg, un tueur a fait couler le sang à Noël, en abandonnant le corps d’une femme nue, la gorge tranchée, au bord de l’eau. Dix ans, dix femmes. La dernière était la fiancée d’Anthony McLean.

L’inspecteur se bat toujours avec ses démons quand soudain le tonnerre éclate dans son ciel d’orage : le « Tueur de Noël » vient de mourir en prison, et plusieurs femmes sont retrouvées nues, la gorge tranchée. S’agit-il d’un copycat ? La Criminelle aurait-elle arrêté le mauvais coupable ?

Empêtré dans plusieurs enquêtes et désormais en conflit ouvert avec son supérieur, McLean doit rouvrir l’affaire la plus difficile de sa carrière, au risque de devenir la proie du passé…

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaitre, Albin Michel par Chris Ontheroadagain

Suite à un accident où Rémi tout jeune garçon disparait ,Antoine voit sa vie basculée;Sa faute va changer sa destinée.Une lourde culpabilité l’accompagnera dorénevent et il devra vivre et vieillir avec cette épée de Damoclés ,cette peur permanente .

Pierre Lemaitre ,à travers ce fait divers,nous embarque dans un roman noir où l’accident devient un crime,le crime une tragédie.Page aprés page ,il séme des indices  et nous guide vers le sentier qui nous mènera à la vérité .

Tout un enchainement se met en place . » »Chacun est observé par celui qu’il observe »

Pierre Lemaitre place ingénieusement la tempête de 1999 au coeur du récit,une tempête qui dévaste et sauve à la fois .

Un roman qui m’a captivé,que je m’interdit  de comparer à ses précédents écrits.Car il faut du talent pour réussir à changer d’univers littéraire et toujours fasciner ses lecteurs .

Un trés bon roman noir qui nous happe de la première à la dernière page,de par sa qualité d’écriture et de part son histoire .

Trois jours et une vie  ,titre très évocateur de ce que sera la vie d’Antoine après ces trois jour de tempête dans sa si jeune vie .

Un magnifique roman noir à découvrir d’urgence .

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Magic Time, Doug Marlette, Editions du Cherche Midi 2016, Traduction Karine Lalechère

 

MAGIC TIME

« Pour Carter, c’était un drôle de paradoxe de devoir se faire expliquer son Etat natal par une New-Yorkaise, alors qu’il avait vécu là toute sa vie. Il commençait à prendre conscience de tous les préjugés avec lesquels il avait grandi. Autour de lui, il était admis que personne n’était  » responsable  » des souffrances des Noirs du Mississippi, à part les Noirs eux-mêmes, que la ségrégation faisait partie de l’ordre naturel des choses et qu’il était inutile de tenter d’y remédier »

Librement inspiré de l’affaire du « Mississippi burning », Magic Time revient sur les années de lutte pour les droits civiques aux Etats Unis et le déchaînement de violences sordides que ces combats ont dû affronter.

En juin 2005, Edgar Ray Killen, ancien responsable du Ku Klux Klan était enfin condamné pour avoir commandité l’assassinat de trois militants pour les droits civiques, 41 ans après les faits. James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner faisaient partie des centaines de jeunes descendus dans le sud des Etats Unis à l’été 1964 pour aider les citoyens Noirs à s’inscrire sur les listes électorales. Portés disparus, leurs corps présentant des marques de lynchage, avaient été retrouvés 44 jours plus tard.

Doug Marlette construit son roman autour de ce drame. En se servant de Carter, le personnage principal, il alterne le temps de la narration entre le présent de la réouverture du procès et le passé des faits.
Carter est journaliste chez New York Examiner. Sa vie a déjà l’air d’être sens dessus dessous au moment où un attentat à l’Institut d’Art Moderne suivi par une visite aussi inattendue qu’éprouvante le mettent KO. Son burn-out l’oblige à rentrer chercher le repos sur les terres natales, à Troy, Mississippi. Sauf que.

« Sally avait laissé le Troy Times à côté du lit. Carter lut ce qui concernait la libération de Lacey Hullender. En première page figurait un portrait de Mitchell Ransom vieux de vingt ans, du temps où il avait condamné Hullender à la réclusion à perpétuité. Il y avait une autre photo : la jeune femme du bureau du procureur qui avait rouvert l’affaire. L’article rappelait une fois de plus que Hullender et un autre membre du Ku Klux Klan, Peyton Posey, avaient été emprisonnés alors que Bohannon avait été relâché faute de preuves. Posey était mort derrière les barreaux. Et quand Hullender avait demandé sa libération anticipée, l’Etat avait déclaré qu’il ne s’y opposerait pas, si la commission d’application des peines rendait un avis favorable. »

Comme dans l’affaire de Mississippi Burning, on parle de la réouverture d’un procès qui, pour des raisons inexpliquées, n’avait pas poussé jusqu’au bout les recherches et les condamnations de tous les coupables. Carter en est partie prenante pour deux raisons : fils du juge qui avait instruit ledit procès et victime collatérale de l’incendie criminel de l’église qui avait vu périr quatre activistes.

Magic Time est un écrit de la résilience. Carter commence par prendre conscience de l’absurdité et de la violence du milieu dont il est issu – blanc, bourgeois, sudiste – en commençant à fréquenter le Magic Time, Quartier Général des activistes militant pour les droits civiques.
Des prémices de rébellion commencent à pointer chez lui lorsqu’il décide d’abandonner les études de droit auxquelles il était destiné par sa lignée, pour se consacrer au journalisme. Magic Time acheva de lui ouvrir les yeux. Grâce à l’amitié d’Elijah Knight, figure quasi- messianique, activiste coriace et l’amour de Sarah Solomon, jeune New-Yorkaise venue dans le Sud pour mettre sa pierre à l’édifice de l’été de la liberté, Carter Ransom réalisa son passage à l’âge adulte en transgressant le déterminisme de classe auquel il aurait pu céder.

Résilience encore lorsque 25 ans plus tard il doit revivre le traumatisme de l’été 1965 pour, cette fois-ci, pouvoir le dépasser.
« Carter pensa à Sarah, à toutes ces jeunes femmes et ces jeunes gens courageux et lumineux qui étaient venus chez lui, dans le Sud, un siècle après ce conflit meurtrier,
[ la Guerre de Sécession ] et qui s’étaient offerts en sacrifice pour une vérité qu’ils estimaient plus importante que leur vie. Des gens qui l’avaient transformé. »

Doug Marlette n’est, malheureusement, plus des nôtres. D’ailleurs Pat Conroy, l’un de ses meilleurs amis, vient de le rejoindre.
Magic Time est son premier roman traduit en France.

Magic Time, Doug Marlette, Editions du Cherche Midi 2016, Traduction Karine Lalechère

mon Géant de papier par Chris ontheroadagain

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Hep toi là devant ton écran, quand t’auras fini de lire ces lignes , fonce chez ton dealer récupérer cette came et je te garantis un voyage d’enfer .

Je vais pas te raconter ta prochaine ballade entre ces lignes assez noires , rêve pas ….. Par contre je peux te parler de mon voyage dans la cambrousse, où j’ai croisé une bande de jeunes et me suis encore dit … » Mais pourquoi je suis pas un garçon ? » Mais oui ils s’éclatent les mecs et leurs amitiés est vraies , c’est pour la vie , et puis y savent se battre et ça, ça me fait envie , foutre une déculottée aux vilains que j’ai croisé sur mon chemin…

»Si l’amitié était celle des âmes , les choix étaient ceux des hommes  »

« La douleur se proméne encore »

Quand tu lis Rural  Noir , t’es pas épargné, t’as tes souvenirs qui refont surface , et là tu sors les mouchoirs, parce que cette came te pique les yeux, te flingue ton maquillage ( ben oui suis une fille ),elle te fends le cœur cette histoire,elle glisse des sourires sur tes lèvres ,elle résonne en toi et te ramène à ton adolescence ( la galère) alors tu fermes les yeux ,t’enfourches ton destrier roulant avec ton Walkman vissé sur tes oreilles et ton Son à fond …toi la Walmaneuse de Maizieres….et tu te laisses porter par les lignes de Benoît vers son trip qu’il partage avec toi …et c’est Géant… En même temps t’as vu la tronche de l’écrivain ?

Bon tu vas le lire maintenant ce livre , t’en as envie..? C’est certain, sinon ben dommage pour toi , t’aurais passé un sacré bon moment…. Si c’est déjà fait et si t’es déjà en manque tu peux toujours lire ‘ les géants ‘ et viens pas me fire que c’est pour la jeunesse !!! T’as quel âge dans ta tête, pas dur le papier ?

Dernier mot avant la fin , Rural noir est une réussite totale, c’est aussi bon qu’un Sky 18 ans d’âge,un trip d’enfer , qui m’a mis la tête à l’envers… Suis déjà en manque… Vivement le prochain.!! Ben si obligé, trop de talent le mec , trop fort Mon Géant de Papier ‘ ‘

Rock’n’read !!!!

Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H . Winters ..édition super 8 par chris ontheroadagain

Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H . Winters ..édition super 8

Dans un climat pré-apocalyptique Hank Palace , jeune flic , mène l’enquête.Certains ont choisi de profiter des derniers jours pour s’éclater mais lui s’obstine à faire son boulot malgré son inexpérience . La fin du monde est annoncé et le mec continue de bosser . Un peu barge l’inspecteur …. Quoi que ..

Tout part en vrille, la survie s’organise et toute cette ambiance inquiétante soulève de nombreuses questions.
Que ferions -nous si la fin était si proche ?L’enquête avance mais les questions perdurent et taraudent le lecteur.on s’est attaché à Hank Palace, on n’a pas envie de le quitter maintenant.
Un polar très réussi dans une ambiance particulière qui nous laisse présager une suite tout aussi addictive .

Présage réussi J-77 ( la suite ) en main je continue l’aventure vers la fin du monde .L’astéroïde se rapproche. L’ambiance a changé pour un climat apocalyptique. Le climat est bien plus sombre , l’insécurité s’installe,la population s’arme , se protègent , trafiquent et se rebellent contre l’invasion des réfugiés. La fin est proche , la tension a monté en puissance, notre cher Hank Palace

Hank Palace notre flic continue ses enquêtes en indépendant.et les questions continuent à obséder le lecteur.

Un deuxième volume plus inquiétant, tout autant addictif qui nous laisse présager un final explosif .

Un troisième volume très attendu.

Un très bon moment de lecture avec ce polar on ne peut plus original.

 

Quand Marion Brunet me met « Dans le Désordre » par Perrine

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Ils sont sept.
Sept qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, et se lient d’amitié, refusant la vie calibrée et matérialiste que le monde leur impose. Parce qu’ils ont de la colère et de l’amour en reste, ils choisissent de vivre ensemble, joyeusement, en squat et en meute, avec leurs propres règles. Et au cœur de la meute, il y a Jeanne et Basil, qui découvrent l’amour, celui qui brûle et transporte, au milieu des copains – et dans l’intensité d’une vie nouvelle et différente.
Mais la lutte et l’engagement pour une vie « autre » ont un prix, qu’ils paieront très cher… et qui les transformera pour toujours. (janvier 2016, collection EXPRIM’ Sarbacane)
Des romans avec beaucoup de personnages c’est prendre le risque qu’ils soient uniquement survolés, mais Marion réussit à rendre vivants et profonds ces 7 protagonistes, révoltés, révolutionnaires, rêveurs, utopistes peut-être, avec des parcours de vie différents, plus ou moins dramatiques, qui se retrouvent liés inexorablement par l’amitié et l’envie de vivre autrement, de faire bouger les choses. A travers ces 7 personnages tout en nuances, en richesse, en sympathie, on touche du doigt la diversité des chemins qui peuvent mener au refus du système.
Outre l’aspect très révolutionnaire du roman qui donne envie de sortir dans la rue pour hurler ses envies de changement (ça tombe bien il paraît que ça gronde chez nous non ?) Marion raconte l’amour, le vrai, le fort, l’amitié, sincère, au-dessus du reste, la jeunesse (pas forcément celle de la carte d’identité mais celle de l’esprit). Comme un grondement sourd qui enfle et vous emporte, c’est un torrent d’émotions qui vous ravage : amusement, attendrissement, enthousiasme, colère, et puis les larmes. Parce que oui j’ai pleuré comme une madeleine, et j’ai dû expliquer à ma fille (qui le lira probablement dans quelques années j’y veillerai !) que oui un livre parfois ça vous émeut aux larmes, ça vous remue les tripes et ça vous pousse dans vos retranchements.
A l’heure où des manifestations se profilent, où la rage monte doucement mais sûrement dans les rues, où l’état d’urgence se prolonge et où l’on parle d’armer plus que les forces publiques, ce livre fait résonnance. Entre appréhension, envie de changement, honte parfois de sa petite vie tranquille et bourgeoise, Marion Brunet a touché tout un tas de petits points sensibles dans mon cœur d’adulte, et a ravivé une foule de sentiments (pas si lointains je vous jure) de mon cœur d’ado.

No one here gets out alive…

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« Je dépoussiérai une surface ronde un tout petit peu au-dessus de mes yeux, et de là, je descendis vers le nez, pour que mon double se montre enfin : il n’avait pas mûri le moins du monde. C’était la même tronche adolescente avec laquelle, selon toute probabilité, on m’enterrerait. Je me nettoyai un peu plus pour caser mes oreilles que j’avais libérées de derrière mes cheveux. Mon double se transforma en Mickey Mouse. Un Mickey Mouse sinistre. Et soudain, je compris avec horreur que j’avais vieilli. Dans le miroir, j’étais le même que cinq ans auparavant, mais à l’intérieur, il manquait quelque chose. Et étrangement ça se voyait. Mon effronterie habituelle avait disparu. A bien y réfléchir, en effet, cela faisait une éternité que je n’avais pas manigancé quelque chose, que je n’avais pas fait tourner les gens en bourrique. Et il y avait des siècles que l’on avait pas essayé de ma casser la figure à cause de ça.
– Hé hé, lançai-je à mon double, alors comme ça, tu deviens adulte ? Sors-toi cette idée de la tête, sinon on ne va pas être copain. »

Bon. « La Maison dans laquelle » est un sacré bouquin. Je défie quiconque de me trouver quelque chose d’équivalent, un livre qui s’immisce en vous avec une telle force, un roman dont les personnages vous accompagnent du matin au soir, même pendant les heures où le bouquin est fermé , éteint, en veille.
Rien à voir, mais jusqu’à présent le seul personnage de roman dont le sort m’inquiétait à toute heure de la journée, quelle que fut mon occupation du moment, et ce jusqu’à ce que son histoire soit finie, a été Raskolnikov. J’ai lu « Crime et châtiment » à l’adolescence et l’histoire de ce pauvre bougre m’obsédait en permanence, en soirée, à jeun, dès que le bouquin était fermé ou loin de moi. Allez savoir pourquoi. Mais je ne l’ai jamais oublié, la preuve, vingt ans plus tard je peux sortir son nom de mon chapeau même en dormant. Et là…
« « Hé toi là ! » Une femme en tablier, l’air revêche, interpella Fumeur. « Il est interdit de fumer dans le réfectoire. Donne-moi ton nom. Je vais informer la direction de ton comportement. »
Fumeur fit volte-face. La vieille femme tenait entre les doigts le minuscule mégot qu’avait laissé Sphinx. Fumeur fixait l’objet du délit. C’est pas vrai?! Elle a fait exprès d’attendre que je m’éloigne pour pouvoir le crier dans toute la Maison ? Il eut l’impression que son crâne venait d’être pris dans un étau.
« Ton nom ! Insista la bouche étroite comme une fente.
– Raskolnikov !… », lui cria le Fumeur. »

Voilà… il y a parfois des télescopages qui vous laissent muet. Tout ça pour dire que j’ai volontairement prolongé, prolongé, prolongé la lecture de « La Maison dans Laquelle » … je ne voulais pas en sortir. Ce qui tombe bien, les habitants de la Maison non plus, ne veulent pas la quitter. Nous avons donc résisté ensemble.

Et maintenant, le point nevralgique : La Maison.
Une inscription sur son mur vous accueille ainsi : « Salut à vous les avortons, las prématurés et les attardés. Salut les laissés-pour-compte, les cabossés et ceux qui n’ont pas réussi à s’envoler ! Salut à vous, « Enfants-chiendent » ! »

C’est elle, la Maison : celle qui accueille éclopés, manchots, aveugles, inadaptés ou présumés comme tels, tous mineurs, tous différents. En son sein des groupes, des bandes, avec chacune un chef à leur tête. Un microcosme autonome, régi par des lois tacites et dont l’organisation, sous couvert d’anarchie, est réglée comme du papier à musique. Mais pour la comprendre il faut en être.

Et c’est là la puissance de ce roman : il vous plonge de façon impitoyable dans vos propres souvenirs d’ado, aux moments où vous vous sentiez incompris par tout le monde et que vous pensiez détenir les Vérités absolues de tout ce qui vous entourait. Le moment où chaque émotion avait la force d’une éruption volcanique et que la Vie, la Mort, étaient infiniment moins importantes que l’amitié, la haine, l’amour, la bande… (complétez la liste à votre guise, la musique, la nuit, le samedi soir, un bouquin corné de partout…)

On dirait que chaque garçon sort des pages du roman pour vous raconter Sa version des faits, tellement ils sont palpables, présents, vrais, et c’en est moins étonnant lorsqu’on apprend que Mariam Petrosyan (qui, ceci dit en passant, n’avait acunément l’intention de faire publier son manuscrit au départ) avait d’abord dessiné des personnages avant de commencer à écrire leur histoire. Est-il important de vous dire que Fumeur passe son temps à croquer ses copains ?

« Mes amis ! Le temps est notre principal ennemi, c’est un adversaire impitoyable. Les années s’envolent, emportant leur dû. Les vieux se tassent, les enfants poussent. Les dragonnets abandonnent la coquille maternelle et braquent des yeux brumeux vers les cieux ! Des Log simples d’esprit se marient, sans songer aux conséquences ! De gentils garçons se transforment en de jeunes hommes grognons et rancuniers, enclin à la délation ! Nos propres reflets crachent sur nos cheveux grisonnants. »

Avec Monsieur Toussaint Louverture nous nous sommes déjà habitués à découvrir une nouvelle pépite à chaque publication, mais avec ce roman il prouve que ses choix éditoriaux sont vraiment au-dessus de la mélée. C’est un livre qui ne ne raconte pas, il se lit et ensuite il fera son travail, en vous… En ce qui me concerne, « La Maison dans laquelle » est sa meilleure trouvaille, un roman que je vais certainement relire encore et encore…

La Maison dans laquelle, Mariam Petrosyan, Traduction Raphaëlle Pache, Monsieur Toussaint Louverture, Mars 2016

Peur de l’ombre – Jean-François DELAGE poche

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Paris, été 2017. Alors que les autorités françaises ne parviennent pas à déjouer un attentat islamiste en plein cœur de la capitale, Mickaël Botton est enlevé au retour d’une mission périlleuse au Moyen-Orient. La vie de son épouse, Nora, bascule doublement ce jour-là : non seulement son mari est enlevé, mais elle apprend très vite que son fils est l’une des victimes de l’attentat. Commence alors pour la jeune femme un très lourd travail de deuil mais aussi d’enquête pour savoir ce que Mickaël est devenu – son enlèvement n’a jamais été revendiqué, et aucune trace n’a pu être trouvé. Une frustration immense pour Nora, agent de la DCRI en charge de l’antiterrorisme. Mais il lui reste sa petite fille, jumelle de son fils victime de l’ignominie ; pour elle, elle décide de se battre, de n’accepter aucun renoncement et de tout faire pour lui rendre son père. Pourtant, lorsque la preuve tant attendue de la survie de Mickaël est identifiée, c’est pour Nora le début d’une nouvelle épreuve : et si son mari et collègue était passé dans le camp ennemi et venait en aide au groupuscule responsable de l’attentat de l’été 2017 ? S’il avait contribué, toutes ces années, à élaborer celui que redoute toutes les autorités française quelques jours plus tard ? Aidé par le fidèle et tempétueux ami de Mikaël, Franck, elle décide de tout faire pour découvrir la vérité sur ce mari qu’elle découvre au fil des rapports dénichés.

Dès les premières pages, le ton est donné : tout comme le terrorisme que l’on connait aujourd’hui, celui poursuivi par les personnages principaux est impitoyable et redoutablement efficace. Même s’il est bien précisé que ce polar se déroule dans un futur proche, il est d’un réalisme terrifiant – d’autant plus que nous venons de vivre un épisode terroriste marquant – et d’une noirceur remarquable. Car il faut l’avouer, on plonge en frémissant dans ce texte mais on est rapidement happé par une sorte de curiosité effrayée, de sombre fébrilité qui nous tient en haleine sur … beaucoup de trop de pages ! Car la faiblesse de ce polar est (évidemment ?) sa longueur ! Si l’intrigue est passionnante, elle est par trop diluée, envahie de digressions et foisonnante de trop d’histoires connexes. Entre les secrets personnels de la Première Dame, ceux de Mickaël, les aspirations des terroristes, le passé des voisins (certes très attachants) de Nora, ses états d’âmes d’épouse, de mère et d’agent de la DCRI, les jeux d’enfants de sa fille, le secret de la filiation de Mikaël, … il y a bien trop de paramètres qui polluent l’intrigue principale. S’il est certes appréciable de connaitre les personnages qui peuplent un polar, plonger si précisément dans leur passé et leurs sentiments est préjudiciable. Enfin, on regrettera aussi que Jean-François Delage se soit laissé entrainer si loin que tout devient possible, y compris une visite du Pape à Poitiers ou des performances exceptionnelles avec 2 balles dans le corps.
Bref, ce polar fleuve se lit très bien mais ne se prête pas à une analyse trop poussée, et pour ma part je reste très sceptique quant à la valeur de la mention « Prix VSD du polar » en première de couverture…

TOKYO VICE de Jake Adelstein des Éditions Marchialy

 traduit de l’anglais (États-Unis) — inédit paru le 4 février 2016

Jake Adelstein est le seul étranger à avoir intégré la rédaction d’un des plus grands quotidiens japonais, le Yomiuri Shinbun. Pendant plus de dix ans, il suit les yakuzas, le trafic d’êtres humains et la corruption. Membre du Tokyo Metropolitan Police press club, sa proximité avec les enquêteurs le mène à sortir de son rôle de journaliste.

Le récit à la première personne croise journalisme d’investigation et polar nippon. Tokyo Vice est aussi le roman initiatique d’un jeune reporter américain qui fait ses armes dans le monde de la grande presse japonaise. Un témoignage nerveux, à l’humour subtil, sur la société japonaise et le choc des cultures.

Tokyo Vice est le premier ouvrage publié par les Éditions Marchialy. Une adaptation en série télé est en cours, avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal.

 

Acheté le jour même où j’ai parcouru un article sur ce livre

Félicitation à la famille Marchialy pour tout, bravo, c’est un très très beau livre, et pour nous l’avoir mis entre les pattes, encore merci, de la mise en page à la couverture, terriblement efficace

Deuxio, on arrive sur une nouvelle planète, le japon, de la manière de vivre

Dieu sait que j’ai horreur des reportages, …. On la refait j’ai dit une connerie, j’ai horreur des livres reportages sur la mafia, mais là, avec son écriture en mode, je, son style directe, on est accro comme à la première fumée de crack.

Nous allons tout partager avec jake, mais tout. l’empathie se fait dès le premier chapitre, putain de journaliste couillu, comme à l’ancienne…..Il va nous éponger, nous presser sur plus de  400 pages…

Nous allons suivre ce mec couillu, pugnace et tenace, de son arrivée au japon, à la parution de son article sur Goto. Extrêmement facile à lire, même si il y a des retours, des allers sans prévenir, on n’ait jamais lâché par l’auteur.

Livre très dense qui semble d’une intégrité notable. Un journaliste à l’ancienne, comme ceux du Watergate, à la jack London et compagnie. Au temps d’internet, cela semble si rare.

Comme toute Mafia; le cinéma ou la télé nous rempli la tête d’image, fausse la plupart du temps, les codes d’honneurs ou autres, et les dégâts causés par ces gens-là, ces bandits, assassins, trafic d’humains, extorsion de fonds la liste des méfaits est grande et est horrible, fin de la naïvetés et de la candeur.

c’est tête la première que nous entrons dans les premier chapitres, totalement happés. La construction du livre y est pour beaucoup. Et cette façon d’écrire, cette tendance à la réflexion permanente de la part de l’auteur sur ses actes, et son incroyable sens de l’humour et de l’autodérision.

Bref c’est à vous d’y aller, et d’honorer en lisant ce livre, l’auteur et la maison d’éditions.