par Chris C, Simon Lelic, rupture folio gallimard

En attendant la rentrée !

Il n’y a pas à dire, Folio policier rend de grands services en nous offrant en poche des romans qu’on a laissés passer au moment de leur sortie et celui-là qu’est-ce qu’il est bien. Bon, il faut juste ne pas se fier à la couverture hideuse, une nouvelle habitude déplaisante chez Folio (cf la mort au crépuscule).

Ce premier roman d’un auteur anglais Simon Lelic est une franche réussite et devrait être le livre de chevet ou de plage de tout futur prof ou prof débutant tant il est salutaire de savoir ce qui peut se passer entre les quatre murs d’une classe ou d’un établissement scolaire.

L’action se passe en Angleterre mais est aisément transférable à la France…

« Que s’est-il passé dans ce collège anglais par un après-midi caniculaire? Pourquoi le prof d’histoire, monsieur Szajkowski, a-t-il ouvert le feu sur ses élèves et ses collègues avant de retourner l’arme contre lui? Dépression nerveuse? Pétage de plombs? Schizophrénie? L’inspecteur Lucia May se voit confier cette enquête sous l’œil de sa hiérarchie. Médias et politiques s’y intéressent de près… Pourtant, au fil des témoignages des adolescents, de leurs parents, des professeurs, quand Lucia pose les bonnes questions – forcément dérangeantes – se dessine une vérité complexe. Derrière la brutalité des faits rôde une violence insidieuse et meurtrière. »

Les tueries dans les écoles sont souvent le fait d’élèves ou de personnes étrangères à l’institution et la première réussite de Lelic est donc de donner le rôle de bourreau à un enseignant. Il y a eu néanmoins un précédent célèbre dans l’actualité avec le massacre de l’université Concordia à Montréal en 1992 où Valery Fabrikant a tué quatre de ses collègues et blessé grièvement une autre parce qu’il considérait (entre autres) qu’il était victime d’un complot qui l’empêchait d’être titularisé.

Ici, on a donc une tuerie et un coupable. L’enquête est donc très facile pour l’inspecteur Lucia May mais ce n’est pas suffisant pour elle et elle va s’employer à trouver les raisons de ce drame, trouver les vrais responsables qui s’ignorent ou qui se cachent.

La deuxième réussite et la plus importante est l’art de la narration de Simon Lelic (même s’il a rebuté certains lecteurs) qui fait se succéder des passages narratifs classiques à la troisième personne et des monologues de témoins qui parlent de l’affaire et où sont absentes les questions de l’enquêtrice.

Petit à petit, à son rythme, Simon Lelic va assembler les pièces du puzzle pour nous faire comprendre la réalité et elle n’est pas jolie, jolie…Le plus terrible, c’est que la plupart des « acteurs » ne comprennent pas leur part de responsabilité. C’est une fiction mais la description des comportements et des témoignages de chacun sonne vraiment vrai. On pointe bien là où ça fait mal : le mépris de l’autre et de ses différences, la peur de l’étranger, la responsabilité individuelle, la stigmatisation.

En lisant ces pages, je ne pouvais m’empêcher de penser à tous ces jeunes profs qui vont rentrer dans l’arène en septembre sans formation ou sans réelle formation et qui vont connaître des moments difficiles, voire très douloureux dans l’indifférence, parfois de collègues, mais surtout de l’administration.

Un grand roman extrêmement noir mais surtout un ouvrage d’utilité publique pour comprendre le malaise de certains profs. Une superbe réussite pour un premier roman.

Par Chris Cornec

 

2 Responses

  1. Hannibal le lecteur Says:

    Une tuerie ce bouquin, dans tous les sens du terme.
    Un gros coup de cœur, à découvrir ABSOLUMENT !
    http://hanniballelecteur.over-blog.com/article-rupture-simon-lelic-63919986.html

  2. La Petite Souris Says:

    Un des meilleurs bouquins que j’ai lu à l’époque de sa sortie! A avoir dans sa bibliothèque,assurément !

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