Zeimet, la dernière pépite Jigal

RETOUR À DUNCAN’S CREEK, Nicolas Zeimet par Bruno D. 

Avec ce Retour à Duncan’s Creek, l’auteur nous emmène vers un voyage à plusieurs strates. Un  voyage au cœur de l’ouest américain, un voyage au cœur de l’enfance et de l’amitié, un voyage nostalgique au cœur des années 80 et un voyage vers le monde adulte à la sortie de l’enfance.

 

Sam Baldwin, Jake Dickinson et Ben McCombs sont trois gosses, puis trois adolescents vivant à Duncan’s Creek, coin paumé de l’Utah. Une amitié profonde autant qu’une insouciance due à leur jeune âge leur permet de couler des jours paisibles et heureux dans cette espèce de trou du cul du monde. Oh, tout n’est pas rose bien sûr, ils ont chacun leurs coups durs, leurs blessures cachées, mais le temps passe, au rythme des saisons, très froides et neigeuses en hiver, chaudes et suffocantes en été, inexorablement jusqu’à ce que le destin frappe à leur porte lors d’une soirée Halloween.

Magistralement mise en scène par un Nicolas Zeimet inspiré, cette sortie brutale de l’enfance vient sonner le glas de toutes les espérances et va à jamais modifier la vie de nos adolescents.

Avec un découpage sur deux époques tout au long du roman, hier et aujourd’hui, on suit la vie de ces trois mômes devenus adultes sur une période de 30 ans tout en traversant les superbes paysages des quatre états américains Californie,Arizona,Nevada et Utah .

De Los Angeles à Duncan’s Creek, une plongée moite et quelquefois crasseuse au cœur des States, là ou le vent balaie les buissons d’arbustes dans un ballet intemporel jusqu’au pied des stations service abandonnées et des diners apparaissant soudainement au détour d’un mirage, d’un virage ou plutôt d’une longue ligne droite.

Passé enterré, au propre comme au figuré, tentative de reconstruction de chacun, volonté d’oublier, de vivre autre chose, fuite en avant ou repli sur soi, les retrouvailles ne sont jamais simples et le passé est toujours lourd à porter. Quelquefois, il refait surface et emporte tout, quelquefois il laisse au mieux une trace indélébile.

Il y a du Clint Eastwood dans ce roman, celui de Mystic River, et du Benoît Minville ,celui de Rural Noir. L’amitié comme moteur, déclencheur ou accélérateur d’une vie est ici un thème superbement traité.

Décor magique et plume virevoltante, Nicolas Zeimet, trace la route d’une épopée folle oscillant entre passé et présent, lumière éclatante et noirceur profonde. J’ai aimé ces personnages complexes et touchants, à la destinée violente et inévitable. J’ai aimé le périple de Jake a bord de sa Chevy et à la recherche de la vérité mais j’ai encore plus aimé la mise en scène que nous propose l’auteur.

Un roman noir, dans la plus pure tradition des grands romans noirs us, c’est cela Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet. Alors ne boudons pas notre plaisir, c’est français et c’est chez Jigal Polar… Cocorico !