Retours de lecture de Power

Par Yann : 

Alors que les tensions entre population afro-américaine et forces de l’ordre défraient encore régulièrement la chronique aux Etats-Unis, Michael Mention revient, avec Power, sur l’histoire du Black Panther Party.

Après les très remarqués Bienvenue à Cotton’s Warwick (Ombres Noires) et Sale temps pour le pays (Rivages), ce nouveau projet paraît aux toutes jeunes éditions Stéphane Marsan et devrait en toute logique attirer l’attention.

D’abord, on l’a dit, parce que, même si la situation a clairement évolué depuis les années 1960, le combat du BPP reste pertinent de nos jours, en particulier si l’on considère l’aspect social de son action (distribution de repas et de vêtements, cliniques gratuites,…). Cette facette, occultée pendant des années, permit à l’époque au BPP un essor rapide et une grande popularité au sein de la population afro-américaine.

Ensuite, parce qu’en plus d’être précis et documenté, Power est avant tout un roman noir, écrit dans un style sans fioritures, qui entraîne le lecteur dans un tourbillon de bruit, de fureur et de musique, ne laissant à aucun moment la tentation pédagogique prendre le pas sur le plaisir de la narration.

Le récit court de 1965 à 1971 et s’attache aux trajectoires de trois personnages : une jeune militante, un flic et un infiltré. Les regards croisés des protagonistes donnent une vision assez complète des enjeux de la lutte entre BPP et  gouvernement. Même si l’on sait comment l’histoire se termine, il est bon de remettre en lumière l’incroyable brutalité avec laquelle le FBI, dirigé par Hoover et mandaté par le président Johnson, répliquera aux premières actions du BPP. Alors que l’on a longtemps attribué la violence au seul BPP, Michael Mention rappelle en quelques scènes l’ampleur des moyens mis en oeuvre pour stopper la progression du mouvement, souvent en dehors de toute légalité.

Cet acharnement, ajouté à des tensions internes, des avis divergents sur la façon de mener la lutte, des excès de drogue dans certains cas, finira par venir à bout de ce mouvement dont nous devons, avec le recul, reconsidérer ce qu’il a pu représenter pour des centaines de milliers de personnes à l’époque. Michael Mention ne tombe pas dans le piège de la glorification à tout prix des gentils révolutionnaires contre les méchants flics et s’applique au contraire à nuancer ses personnages, dont le seul point commun est d’être précipités tête la première dans le tourbillon de l’histoire. Aucun n’en sortira indemne.

Power est sans aucun doute un roman à lire et pourrait, en cette période où l’on tourne mai 68 à toutes les sauces, remettre en perspective les enjeux d’une révolution inachevée mais ô combien exaltante. Si son livre devait susciter des vocations d’agitateurs, on imagine aisément que Michaël Mention n’en serait pas chagriné outre mesure.


Par Perrine : 

J’ai déjà eu l’occasion de dire à quel point Michaël Mention m’impressionne par sa capacité à écrire des romans de veines totalement différentes. On retrouve cependant dans Power son penchant pour les dessous de l’histoire, et sa volonté de rétablir certaines vérités.

Aucun doute que ce roman est extrêmement bien documenté et m’a donné envie de replonger dans des archives purement historiques pour en apprendre encore plus sur le BPP. Michaël Mention maniant habilement fiction et documentaire, je me suis surprise à me demander régulièrement s’il n’exagérait pas par ici où si c’était vraiment arrivé par là, avec une envie profonde qu’il soit en train de nous mentir. C’est malheureusement on ne peut plus réel et réaliste, et même ses trois personnages sont d’une épaisseur et d’une profondeur à vous retourner les tripes. On se prend en pleine face leur rage, leur colère et leurs frustrations. Petit bémol sur Neil le flic, qui m’a passionnée pendant la moitié du roman puis m’a perdue (je ne peux pas développer pourquoi sans déflorer l’histoire mais on en parle en privé quand vous voulez !) A l’inverse Tyrone l’infiltré est une pure merveille, un personnage torturé comme je les aime !

Pari réussi pour ce roman qui nous impose de regarder l’histoire en face, peut-être pour ne pas oublier qu’elle n’est qu’un éternel recommencement ? 


Par le Boss : 

Hum, que sait-on finalement du mouvement Black Panther ? En ce qui me concerne, mis à part deux trois films vu au Mali, et le groupe de détroit MC5 , pas grand chose…

Des images de blacks avec une casquette, trop jeune, trop loin, trop vieux, enfin, Angela Davis a été acquitté  il n’y a pas longtemps.

https://rebellyon.info/Angela-Davis-la-rebelle-condamnee-a-mort

Une des blagues préférés d’un de mes amis dans les années 90, c’était de dire, que l’Afrique du sud était le seul pays libre ! Tu enlèves 20 ans et tu remplace par USA.
Cette manière étrange d’avoir la mémoire courte que nous avons nous caucasiens, surement un défaut dans notre ADN vicié.

Alors bienvenue dans ce passé récent, ou les afro américains n’avaient pas beaucoup de droits, remarquez vu les brutalités policières actuelles, pourquoi parler du passé ?

Michael Mention notre petit génie d’écrivain s’attaque donc à reconstituer l’atmosphère politique, sociale, des la fin des années 60, en suivant la création du mouvement des Black Panthers.  A travers différentes voix, 4 ou  5, il alterne les chapitres suivants les protagonistes. Même si la situation est assez manichéenne, ses « héros » ne le sont pas… Ce livre a dû coûter à l’auteur, au niveau recherche et documentation, car il est d’une précision suisse. On en apprend beaucoup, surtout sur la manière et façon dont procédait les black panthers, leurs motivations et les problèmes intra-muros, les tergiversions internes, externes, et notre ami de toujours J. E. Hoover, grand Faust devant l’éternel si l’on peut dire.

Une époque pas si lointaine, en plein Vietnam, sombre comme la ville de Détroit, un livre en forme de devoir de mémoire, qui réussit à atteindre sa cible, en plein cœur pour moi. 

Joli coup Michael, l’écriture devient de plus en plus sophistiquée, bref elle devient dense, à l’image de ce livre qui oscille en documentaire et roman historique et noir, renoi ?