Sandrine sous le feu des questions de l’équipe

Après les chevaux qu’est-ce qui est le plus important à tes yeux, et pourquoi ? [Bruno D.]

En fait, avant les chevaux, il y a ma famille. Je suis beaucoup plus famille que copains-copines. Attention, je parle du noyau dur familial, pas de toute la famille au sens élargi ! Je crois que j’ai une compréhension presque viscérale de ce qu’on appelle les liens du sang ; je ne dis pas que parfois, on est un peu déçu par ce qui se passe, mais sur des événements très difficiles, j’ai vu à quel point la famille pouvait faire bloc, devenir une carapace protectrice – ou un cocon, comme on voudra. Je trouve ça extrêmement précieux : savoir que ces gens-là ne vous abandonneront jamais.

©Sud Ouest

Comment une femme aussi souriante, attentive aux autres et resplendissante de gentillesse peut-elle nous faire partager des sentiments aussi violents et parfois même révoltants ? [Le Corbac]

Héhéhé. D’abord, il faut se méfier des apparences. Je ne suis pas « gentille ». Je suis épouvantablement rancunière, et en plus, j’ai une mémoire d’éléphant. Mais c’est sympa, cette présomption d’innocence, cela me donne une certaine naïveté. Enfin, pour répondre un peu à la question, d’abord je crois avoir vécu – comme beaucoup d’autres, mais quand ce n’est pas soi, on ne se rend pas compte, quoi que l’on dise – quelques événements terribles dans ma vie. Je l’avais déjà, mais j’en ai gardé (ou aggravé ?) une peur latente, une sorte d’effroi permanent face au monde. Ce sont ces angoisses, et toute la violence que cela suscite pour les endiguer, ou au contraire quand on cède, que je cherche à écrire, parce que je sais qu’elles font sens. Elles sont partagées par plein de gens. Je vais gratter du côté de nos peurs d’enfant, de nos révoltes, de nos impuissances. C’est une immense source d’inspiration.

Pourquoi aucun de tes livres ne se ressemblent ? [Le Juge]

Je crois en fait qu’ils se ressemblent. Bien sûr, il n’y a pas de personnage récurrent, l’histoire est différente, le lieu change. J’y prête une attention particulière en pensant à ces critiques qui disent qu’un peintre peint toujours le même tableau : je n’aimerais pas qu’on dise la même chose de mes livres, qu’ils se ressemblent tous. Ce qui m’aide, c’est que je m’ennuie vite. Lorsque je termine un livre (il me faut environ un an), je suis pressée de boucler, je connais l’histoire par coeur, il n’y a plus de surprise, je n’attends qu’une chose : passer à un nouveau livre. Donc à quelque chose de complètement différent. Mais je me rends  bien compte aussi qu’il y a des thèmes qui reviennent : la folie, la fratrie, l’enfermement, les grands espaces…

Quel est le sujet sur lequel tu ne pourrais pas écrire ? [Perrine]

La pédophilie, je crois que je ne pourrais pas. Parce que je ne suis pas sûre que dans ce cas, on puisse éviter la violence gratuite qui, pour moi, est rédhibitoire. Quand on écrit de la violence, il faut que cela serve à quelque chose dans le livre, à expliquer ce qui se passe cent pages après, à faire arriver un autre personnage, à faire disparaître quelque chose, etc. Mais la violence pour la violence, non. Je ne suis pas voyeuse. J’ai du mal avec ce que je considère comme malsain et je ne veux pas l’exploiter, pas me complaire dedans, pas l’étaler dans un roman. Je veux bien que ce soit dur, mais pas malsain. Evidemment, nous avons chacun nos seuils…

La nature, les paysages et le territoire au sens large sont toujours très présents dans tes histoires.  Les conçois tu comme un personnage à part entière,  un élément qui influence directement le récit ou simplement comme un facteur qui apporterait une plus value au roman ? [Sébastien] 

Très souvent comme un personnage à part entière au sens où la nature, qui peut être belle mais d’une beauté dangereuse, hostile, façonne mes personnages. Pour vivre dans ces environnements-là, il faut être de la même trempe. Ou alors, on est contaminé. Ou alors, on meurt. C’est un élément très intéressant à mettre en scène, la nature : elle n’a pas de volonté propre, mais l’homme peut croire que si. Comme les pompiers qui expliquent qu’ils ont l’impression que le feu est vivant, et qu’ils ont l’impression, quand ils le combattent, qu’il réfléchit, qu’il cherche à les encercler, à les surprendre. On sait que ce n’est pas vrai, mais dans une situation extrême, on arrive à y croire.

Si on te demandait de choisir entre écrire et tes chevaux qu’ est ce que tu choisirais et pourquoi ? [Mme Corbac] 

Ah non mais il y a déjà des choix impossibles dans Juste après la vague, alors n’allez pas m’en demander d’autres !  Eh bien, je crois que je deviendrais menteuse. Je ferais semblant de choisir l’un et je continuerais à faire les deux. Parce que si j’arrête les chevaux, je serai triste ; et si j’arrête d’écrire, je serai dingue. Mais comme j’ai le choix, je ne serai ni l’un ni l’autre. C’est aussi pour cela que j’ai quitté mon travail pour l’écriture : pour avoir la paix. Pour réduire au minimum les contraintes, qui sont quelque chose que je déteste. Les chevaux et l’écriture, il n’y a pas de choix : il y a un tout.