Thomas Day, Entretien sur women in chains

Je vais vous dire un truc, mieux vaut se tromper en faisant un signalement que de rien faire.

http://www.sosviolenceconjugale04.org/urgence.htm

Après cet aparté, on revient

il y  un an ou presque on finissait l’entretien avec M.Day avec cette  éternelle question ?

Votre avenir livresque ?

Je l’ignore. Comme je le disais précédemment, je travaille sur plusieurs projets de front et je ne suis pas sûr de finir tous ces projets. J’ai tellement avorté de projets de par le passé, pour les enterrer définitivement ou les transformer. En ce moment, je travaille sur :

 

1/ Un recueil de quatre textes sur les violences faites aux femmes, mais je me demande très sérieusement si je ne vais pas écrire un cinquième texte. Il y aurait de quoi écrire soixante textes. Pour le moment, j’ai traité la superstition (« Tu ne laisseras point vivre… »), le viol (« Nous sommes les violeurs »), les meurtres de femme en Amérique centrale (« La ville féminicide ») et l’esclavage moderne (« Love Hotel », en cours d’écriture). Si je devais rajouter un cinquième texte, ce serait sur les femmes battues.

 

2/ Un recueil de futurs proches qui dans mon idée se compose de cinq nouvelles ; une sur l’Europe, une sur l’Amérique du nord (« Lumière Noire ») ; une sur l’Afrique ; une sur l’Australie et une sur l’Asie du sud-est (Ethologie du tigre).

 

3/ Un scénar de polar, extrêmement radical. Un peu à la limite de la science-fiction, mais sans aucun effets spéciaux nécessaires.

 

4/ Un fix-up (un roman composé de nouvelles) autour de l’Ecosse et des dragons

 

Pas de vrai roman pour le moment, même si La voie du sabre 3 se profile à l’horizon.

2012 le retour, avec 2 actu pour l’auteur, un auteur dont j’ai presque tout lu, et qui m’a encore, oui encore surpris par la qualité de  ces 2 livres

alors il a eu la gentillesse, de revenir en parler , surtout du livre Women in chains

Play doc :

1 Bonjour M. Day, ce n’est pas une contrepèterie, alors qu’avez-vous à déclarer sur la reprise de notre entretien de l’année dernière ?

A part pour le projet de recueil « futurs proches » qui avance doucement (je suis dans le travail de recherches), ne sera pas 100% futur proche et devient peu à peu un recueil de nouvelles écolo-inquiètes, j’ai surtout bossé sur des scénars BD qui eux avancent bien, avec au moins un contrat qui devrait se signer cette année pour une série de 3 ou 4 albums (à la demande de l’éditeur, je réfléchis à redécouper mon histoire en 4×48 pages plutôt que 3×56). Je me sens très attiré par la BD depuis quelques mois et c’est vrai que j’ai des projets dans tous les sens, j’ai réservé mon hôtel pour Angoulême (une première). La BD a été ma révélation de 2012. Dieu merci, c’était pas la scientologie.

2 actualités, cette année, une chez folio SF l’autre chez actusf, hasard des calendriers ?

Non, non. J’ai proposé une parution simultanée à ces deux éditeurs pour avoir des focus en presse, ce qui a plutôt pas mal marché. Là, on voit l’influence de l’éditeur (que je suis par ailleurs). Je n’aurais pas souhaité de parution simultanée dans le cas de deux romans inédits. Et puis dans mon esprit Women in chains était un truc pas vraiment fait pour être lu, un projet tellement personnel, cohérent et agressif (n’ayons pas peur de l’adjectif). Il y a eu des mauvaises critiques, des critiques mitigées, pour le moment toutes signées par des hommes. En fait, je suis le premier surpris du nombre de critiques/chroniques/recensions que j’ai eues pour ce petit bouquin. Je sais pas pour les filles et les gars d’Actusf (qui, contrairement à moi, ont des contraintes économiques sur ce livre), mais moi je suis ravi.

3 Pourquoi le sujet de la violence faites aux femmes vous a t’il intéressé, si la question semble simpliste, moi cela m’intéresse, raison il y a ?

Les raisons sont personnelles, je n’ai pas tellement envie de m’étendre sur les racines du projet. A un moment, c’est devenu important pour moi que tout ça sorte, et le livre s’est construit en un an, même si j’ai eu l’idée d’ « Eros-Center » il y a dix ans environ, j’ai même commencé à la rédiger à ce moment-là. « Poings de suture » est venu boucler le recueil alors que j’avais fini la rédaction et les dernières corrections des quatre autres textes.

4 Je ne vais pas revenir sur chaque nouvelles, vous êtes assez explicites en fin de livres, juste un petit truc, pourquoi une telle délocalisation de la violence. Avec des nouvelles, pourquoi pas tout concentrer dans un seul roman ?

Ecrire un roman sur le sujet ne m’intéressait pas.

Me cantonner à la France ou un autre pays ne m’intéressait pas non plus.

Je voulais que ça crépite ; pas un truc long, localisé, profond, comme une chute libre dans un puits.

Je pourrais presque faire un director’s cut du recueil avec un texte supplémentaire sur les femmes chinoises qu’on avorte de force dans les 7,8 et 9e de grossesse et qui se font prendre en photo avec leurs fœtus mort. Le sujet des violences faites aux femmes est sans fonds, mais de là à y revenir tout de suite, je crois pas.

(Ce bouquin m’a épuisé, je n’ai toujours pas réécrit depuis que j’ai mis un point final à « Poings de suture » il y a un an).

Par contre, le sujet que je m’étais toujours interdit d’aborder, la pédophilie, parce qu’il me semblait tellement délicat et déjà traité à toutes les sauces, est au centre d’un de mes prochains textes (sans doute un court roman).

Je ne sors pas de la violence, ça m’est impossible.

5 En ce qui concerne les couvertures et autres 4 eme de couv vous êtes associé ou vous déléguez ?

L’éditeur que je suis ne peut pas s’empêcher de mettre son grain de sel. C’est pas toujours évident à gérer. Je ne suis pas forcément le mieux placé pour vendre ma soupe. Sur Woman in chains, je suis beaucoup intervenu. Mais c’était un dialogue, du moins de mon point de vue.

6 La préface de Catherine Dufour est éloquente, vous l’avez invité ou c ‘est à sa demande, car nous humbles lecteurs, on ne connait que peu le fonctionnement de la deus machina librae ?

J’ai demandé à Catherine si elle voulait bien lire les textes pour savoir si ça lui disait de faire une préface. Je voulais que ce soit une nana, et une nana qui possède une vraie vision du féminisme. Évidemment, fidèle à son côté enthousiaste, Catherine a dit oui avant de lire l’intégralité des textes.

Je peux pas (re)lire sa préface, je me sens pas au niveau des gens qu’elle cite… Chaque fois que je lui envoyais un texte, j’avais peur de sa réaction.

7 Vous avez tout axé sur la violence physique, pourquoi n’avoir pas plus développé la violence psychique sociétale ?

Je ne suis pas d’accord avec votre analyse, divers type de violences psychologiques sont mis en scène dans le recueil, injures, coercition mentale, rabaissement systématique, lavage de cerveau, manipulations, poids de la religion. Mais évidemment ce qui reste (ce qui frappe) : ce sont les viols, les dents brisées, l’urine et la merde.

Il y a une clé que je peux donner maintenant sur « Tu ne laisseras point vivre… », Cassandra connaît le destin qu’elle connaît, non pas parce qu’elle est une sorcière, mais parce qu’elle assume sa sexualité que certains jugent révoltante, c’est comme ces femmes qui refusaient de coucher dans les villages et qui finissaient brûlées en tant que sorcières. La convoitise a toujours été mon pêché préféré. Ici ce qui est convoité, c’est bien une « psychologie » particulière.

8/ Actusf, c’est avant tout un site, pourquoi avez vous décidé de publier votre recueil de nouvelles chez eux ?

Je les aime bien, on avait fait This is not America ensemble et j’étais vraiment content du résultat. Je savais que chez eux je pourrais faire le livre que je voulais, et qu’en retour leurs risques financiers seraient raisonnables. J’aurais pas pu faire ce livre-là chez un grand éditeur… Il aurait fallu que je fasse des concessions sur certains trucs, tout le contraire du projet.

9/ J’ai trouvé que votre écriture s’est largement améliorée , ou évoluée, depuis vos derniers livres, je me trompe surement ?

Je viens de relire Sympathies for the devil qui va reparaître en Folio-SF et je ne me reconnais pas dans l’écriture ; j’ai vraiment l’impression que c’est un étranger qui a écrit ces textes (politiquement aussi, j’ai pas mal grincé des dents). J’ai eu, page après page, une furieuse envie de tout réécrire, tout refondre, couper, développer. Ce sont des nouvelles qui ont quinze ans pour la plupart et c’est sans doute les quinze années qui comptent le plus dans une vie d’auteur, 25 à 40 ans… Et en même temps je jalouse l’énergie de l’auteur que j’étais à 25 ans, il y a des trucs que je fais mieux aujourd’hui et clairement des trucs que je fais moins bien.

Stylistiquement, Women in chains est ce qui m’intéresse le plus, aujourd’hui, car chaque texte avait sa contrainte, et que les contraintes me placent dans une situation où chaque mot compte, où tout devient vite très difficile et étranger à toute forme d’automatisme. Après, écrire « Eros-center », ça m’a pas pris le même temps qu’écrire un roman ; je peux me donner ce temps parce que je me suis toujours foutu de savoir ce que ce texte allait me rapporter en termes de fric. C’est un confort de « riche ». Je fais tout pour essayer de m’améliorer et, en même temps, je ne choisis que des sujets de funambule où au moindre faux-pas on se casse la gueule dans le ridicule. Women in chains est un livre excessif, c’est ce que je voulais, mais j’espère qu’il n’est jamais ridicule. Banal, sans portée, avançant de guingois, je m’en fous ; ridicule, c’est l’échec absolu.

Je vous rassure, alors, n’ayez pas peur d’etre ridicule, d’autres s’en chargent !!!!

Merci, et ne changez rien,

à votre prochaine lecture…..

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